Malgré la faillite du secteur public, l’Etat algérien continue de nationaliser les entreprises

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L’Etat algérien est un très mauvais élève. Malgré la faillite avérée de la majorité des entreprises publiques ou étatiques ainsi que le poids lourd du secteur public qui consomme des budgets colossaux d’argent public, l’Etat algérien continue de vouloir nationaliser les entreprises et érige même ces nationalisations en exemple à suivre pour le développement du pays. Une absurdité inédite. 

Hier jeudi 19 novembre, le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar a inspecté l’entreprise publique «El Mahroussa » pour la production des huiles alimentaires, une unité récupérée et transférée au groupe public des industries alimentaires « Agrodiv ». Le ministre algérien a exprimé fièrement sa satisfaction érigeant cette nationalisation en succès.

En effet, au cours de cette visite, M. Zeghdar a passé en revue les différentes unités de l’usine d’huile de table de l’entreprise, suspendue depuis plus de deux ans, et les travaux d’extension des capacités de production, en plus d’un projet de production de sauce, qui entrera en phase de production en avril prochain. Pour rappel, le transfert de cette entreprise s’ est inscrit dans le cadre de la récupération des biens confisqués des personnes physiques et morales poursuivies par la justice, contre lesquelles des jugements définitifs ont été rendus, et en exécution des directives du Président de la République et le plan d’action du gouvernement pour rétablir toutes les entreprises suspendues.

Le transfert effectif de ces biens est intervenu en exécution des décisions du Conseil des Participations de l’État lors de sa 171ème session tenue le 03 novembre 2021, qui ont stipulé le transfert effectif de la Société de l’Industrie des Huiles Végétales de Safia au secteur public commercial et industriel, a précisé le même communiqué. L’huile prive Safia a ainsi disparu pour céder sa place à l’huile étatique « El Mahroussa ». Nous sommes en 2021 et en Algérie, c’est toujours l’Etat qui produit de… de l’huile.

Pis encore, l’Etat algérien gère et possède même des Hammams comme l’établissement public thermal de Hammam Righa. Nous sommes en 2021 et l’Etat algérien gaspille encore et toujours de l’argent dans des projets économiques qui relèvent ni de sa compétence ni de ses missions régaliennes. Sans oublier qu’il doit toujours financer de très nombreuses entreprises publiques défaillantes et en faillite. A tous ces échecs, il faut rajouter de nouvelles entreprises nationalisées qui deviendront, certainement, demain de nouvelles… sociétés en faillite qu’il faudra renflouer et financer pour sauver les emplois.

Il est à noter que les entreprises publiques sont un véritable lourd fardeau pour l’Algérie qui pénalise sérieusement son développement. Même le Premier-ministre algérien Aïmene Benabderrahmane, a reconnu récemment cette vérité amère contre laquelle les autorités algériennes semblent impuissantes. Preuve en est, durant ces 30 dernières années, les entreprises publiques algériennes ont coûté à l’Etat algérien plus de 20 milliards de dollars de dépenses et budgets consacrés à leur soutien et l’assainissement de leurs dettes.

En réponse aux députés de l’Assemblée populaire nationale dans le cadre du débat sur le Plan d’action du gouvernement, le Premier ministre a révélé effectivement qu »en dépit du soutien de l’Etat à ces entreprises, celles-ci sont restées dans une situation difficile » et l’enveloppe financière affectée à leur assainissement depuis 1991 jusqu’au 30 juin 2021 s’élève à près de 2790 milliards de DA, à savoir l’équivalent de 20,72 milliards de dollars.

Une somme colossale avec laquelle l’Algérie aurait pu se reconstruire ou lancer de nouvelles gigantesques infrastructures qui auraient pu permettre au pays de rattraper son sous-développement économique.

Il faut savoir rien qu’en Algérie, rien qu’en 2017, l’Etat avait accordé près de 40 milliards de dollars de crédits bancaires aux entreprises publiques. Une enveloppe budgétaire considérable dont personne ne peut mesurer encore sa rentabilité.

C’est le gouverneur de la Banque d’Algérie qui le révèle : les crédits bancaires accordés en 2017 au secteur publique ont atteint les 4.237,4 mds de DA, ce qui représente une croissance de 7,22% par rapport à 2016. Cette somme représente bel et bien l’équivalent de 40 milliards de dollars.

74,5% de ces crédits accordés sont des crédits à moyen ou à long terme. Ce qui signifie que les banques algériennes, majoritairement des entités publiques, ont pris un pari très risqué en misant sur des entreprises étatiques dont la performance est toujours comprise en raison de leur management hasardeux. Ces banques doivent attendre des années en espérant se faire rembourser. Certains de ces crédits ne seront jamais remboursés puisque cet argent aura servir à renflouer les caisses des entreprises publiques entièrement déstructurées, endettées et ne dégageant aucun bénéfice.

En 2007, 150 entreprises publiques étaient complètement en faillite. En revanche, il reste encore 992 entreprises publiques économiques qui demeurent en grande difficulté. En 2014, un diagnostic confidentiel établi par un bureau du ministère de l’Industrie avait conclu que pas moins de 900 entreprises publiques économiques présentaient des actifs nets négatifs. Si on applique scrupuleusement les articles du Code de Commerce, ces entreprises devraient être placées en cessation de paiement.

Malgré toutes ces péripéties financières et économiques, l’Etat algérien reproduit les mêmes erreurs et renforce encore davantage le tissu public et agrandit son patrimoine économique sans se soucier de la rentabilité financière et du retour sur investissement. D’autres milliards de dollars seront gaspillés et gâchis au moment où notre pays traverse l’une de ses cruelles crises financières.

 

 

5 COMMENTS

  1. « En 2014, un diagnostic confidentiel établi par un bureau du ministère de l’Industrie avait conclu que pas moins de 900 entreprises publiques économiques présentaient des actifs nets négatifs.  » Donc il y a largement plus de 1000 entreprises publiques!!!! Ce chiffre a minima est hallucinant. Quel est le vrai chiffre au pays des stats fausses?
    Dire que l’economie administrée algérienne est de type soviétique est donc en deçà de la réalité. Le pouvoir algérien s’est arrêté au temps de Brejnev! On savait ce pouvoir dingue etait bête mais à ce point en 2021 au temps de la mondialisation c’est effrayant! Est-ce le rôle d’un Etat de produire de l’huile et des sauces? ET d’ailleurs il y a pénurie d’huile… et de matière grise.