Le ratio de dépendance démographique : les conclusions inquiétantes d’un indicateur stratégique pour l’avenir de l’Algérie

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Le ratio de dépendance démographique est un indicateur largement méconnu en Algérie. Et pourtant, il s’agit d’un concept stratégique qui permet de mesurer l’évolution du développement d’un pays et de dévoiler ses principales faiblesses qu’il faut corriger pour éviter un appauvrissement de la population ou une déstabilisation du pays. 

Le ration de dépendance démographique est le rapport entre l’effectif de la population d’âges généralement inactifs (enfants et personnes âgées) et l’effectif de la population en âge de travailler. En clair, le rapport de la population combinée de jeunes (personnes âgées de 0 à 19 ans) et de personnes âgées (personnes âgées de 65 ans et plus) à la population en âge de travailler (personnes âgées de 20 à 64 ans). Il est exprimé sous forme de nombre de « personnes à charge » pour 100 « travailleurs ».

Il s’agit de savoir combien de  jeunes (de 0 à 19 ans) + personnes âgées (65 ans et plus) sont à prendre en charge pour 100 travailleurs (de 20 à 64 ans). Pourquoi cet indicateur est important ? Parce qu’une part appréciable des personnes âgées de 65 ans et plus et d’enfants et de jeunes âgés de moins de 20 ans sont susceptibles d’être socialement ou économiquement dépendants des personnes en âge de travailler et peuvent avoir davantage besoin de services de santé. Le rapport de dépendance démographique mesure la taille de la population « à charge » par rapport à la population « en âge de travailler » qui, en théorie, fournit le soutien social et économique.

Dans les pays où le chômage bat son plein, le nombre de travailleurs pourrait ne pas suffire pour financer les pensions des personnes à la retraite ou les prestations des services publics nécessaires à la prise en charge des catégories qui ne travaillent pas comme, par exemple, l’éducation des enfants âgés de moins de 16 ans.

En Algérie, il faut savoir que le ratio de dépendance a fortement baissé entre 1990 et 2015, passant de 81,3 % à 43,8 %. C’est une véritable performance puisque ce taux relativement faible montre que la population en âge de travailler est plus du double de la population encore incapable de travailler. Cette attitude crée une charge sociale relativement faible pour la société.

Cependant, l’Algérie commence à subir une hausse de ce ratio entre 2010 et 2015, avec une valeur de 40,4 %. Ceci est dû à un accroissement important de la natalité, alors que la population active a relativement moins progressé. Ainsi, alors que le pays peine à créer suffisamment d’emploi, l’accélération de la croissance démographique posera des enjeux majeurs en matière de besoins économiques et sociaux. Depuis 2019, le taux de Dépendance Démographique est de 66, 6%.  Il s’agit du ratio le plus élevé depuis 2001 en Algérie.

Plus précisément, l’Algérie enregistre depuis 2019 plus de 50 personnes âgées de moins 15 ans à charge pour 100 travailleurs. Et notre pays enregistre également près de 16 personnes âgées de plus de 60 ans à charge pour 100 travailleurs. Ces données sont en forte augmentation depuis 2004 et démontrent que l’Algérie fait de plus en plus de bébés alors qu’elle créé de moins en moins de nouveaux emplois. La croissance économique est beaucoup plus faible que la croissance démographique. Et c’est un constat inquiétant, voire alarmant puisqu’il menace les futurs équilibres économiques et financiers du pays.

La pression démographique est très élevée et importante en Algérie. La transition démographique a marqué un arrêt à partir du début des années 2000. Alors que le taux de fécondité était passé de 4,5 en 1990 à 2,5 en 2002, il a connu une phase de croissance jusqu’à 2013, atteignant 2,9 enfants par femme. En l’espace de 10 ans seulement, entre 2008 et 2018 compte tenu de la forte natalité, la population algérienne s’est accrue de 7,63 millions d’individus. L’année 2017 a été la 4ème année consécutive où le nombre de naissances vivantes a dépassé 1 million, avec 1,06 million de naissances, contre 580 000 au début des années 2000. Les projections de l’Office national des statistiques indiquent que la population algérienne devrait atteindre ainsi 57,8 millions d’individus en 2040.

Le pays devra donc offrir plus de logements, d’infrastructures publiques, d’écoles, universités, hôpitaux, routes et surtout… énormément de nouveaux emplois car si le taux de chômage demeure élevé en Algérie, la productivité sera faible et la croissance économique encore dérisoire ce qui ne permettra pas de financer tous les investissements nécessaires à la prise en charge des besoins des algériens dépendants pour se nourrir, se loger ou se soigner. C’est pour cette raison que les autorités algériennes doivent faire très attention à cet indicateur hyper-stratégique pour la planification du développement du pays.

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