Exclusif. L’homme d’affaires, le « DPR » et monsieur « H » : le scandale de l’été de Sonatrach

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Les autorités algériennes apportent des changements dans plusieurs secteurs comme les remplacements décidés aujourd’hui mardi 1er septembre dans le secteur des télécommunications, mais étrangement, un immobilisme général et intriguant règne encore dans le secteur des hydrocarbures, le secteur clé du pays, celui qui est pourvoyeur de toutes les devises de l’Algérie. Et pourtant, la Sonatrach, le poumon économique du pays, est en grand danger à cause des scandales successifs et des pratiques occultes de mauvaise gestion ébranlant sa direction générale. 

Cette fois-ci, trois personnages principaux ont joué dans un véritable feuilleton qui a duré tout l’été. Profitant de l’anarchie suscitée par la crise sanitaire du coronavirus COVID-19 au plus haut sommet de l’Etat, le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, alias Monsieur H, a opéré des changements très dangereux au sein du pôle amont, à savoir l’exploration, le forage et la production de Sonatrach, la principale activité qui permet à l’Algérie de continuer d’extraire encore des hydrocarbures pour les exporter à l’étranger et tirer des revenus en devises.

Profitant du black-out général imposé à ce secteur névralgique, Toufik Hakkar a totalement écarté son vice-président chargé de l’activité Amont, à savoir exploration et production avec lequel il entretient des relations envenimées. Et pour cause, Mohamed Slimani a refusé catégoriquement de valider les « combines » mafieuses du sieur Hakkar lequel tente depuis son arrivée à la tête de Sonatrach au mois de février dernier de généraliser des pratiques illicites afin de favoriser certains fournisseurs internationaux au détriment des règles de transparence régissant la réglementation interne de Sonatrach.

Pour les besoins de ces forages et travaux d’exploration ou la maintenance de ces sites de production, la Sonatrach dépense chaque année des centaines de millions de dollars. Ce qui représentent des marchés très onéreux qui font saliver les fournisseurs internationaux du matériel pour l’extraction du pétrole et du gaz. Et naturellement, de nombreux intermédiaires algériens connectés à des lobbys sécuritaires du pouvoir algérien tentent de rafler leurs parts du gâteau. C’est justement ce qui est en train de se produire à la Sonatrach. Pour mettre sur la touche Mohamed Slimani sans le limoger et provoquer ainsi un scandale médiatique au risque d’attirer l’attention des autorités suprêmes du pays, Toufik Hakkar travaille directement avec Taleb Messaoud l’homme qui l’avait nommé au mois de main dernier comme directeur de la division production (DPR).

Or, ce directeur est totalement dépassé par les enjeux de ses fonctions et ses compétences sont très limitées en matière de gestion des puits et rationalisation de l’exploitation des gisements gaziers ou pétroliers. Par ailleurs, il a manqué cruellement de réactivité pour intervenir lorsque des problèmes techniques ont apparu au niveau de plusieurs sites de production de Sonatrach au sud du pays. Taleb Messaoud est un ancien cadre la direction régionale de Sonatrach (région de Stah) d’In-Amenas (Illizi). Il n’est, malheureusement, pas habitué à gérer des situations de crise très compliquées comme celles auxquelles fait face en ce moment Sonatrach. Peu importe, Taleb Messaoud est docile et contrairement à Mohamed Slimani, il aime les affaires !

Toufik Hakkar place autour de Taleb Messaoud plusieurs conseillers et cadres dirigeants qui lui vouent une allégeance absolue. Il s’agit notamment de Fidali Nacer-Eddine, M. Ghrib et Messikar Réda. Ce dernier, justement, constitue à lui seul l’objet d’un scandale inédit à Sonatrach.

Messikar Réda occupait auparavant les fonctions de directeur  des achats au niveau de la direction Amont de Sonatrach. Mais il a été relevé discrètement de ses fonctions parce qu’il avait été débusqué en train de communiquer à des sociétés étrangères des informations confidentielles et secrètes de Sonatrach. L’homme a été donc limogé sans faire du bruit. Depuis son lieu de retraite à Skikda, Toufik Hakkar le rappelle pour le nommer conseiller auprès de Taleb Messaoud et ce dans le seul but de faire plaisir à un certain… Mohamed Remam, un milliardaire controversé et l’un des lobbyistes les plus sulfureux du secteur des hydrocarbures.

Remam est propriétaire et associé dans l’entreprise française ICAT, l’un des plus importants sous-traitants du géant américain Halliburton en Algérie. ICAT est basée à Paris où Mohamed Remam possède de nombreux biens immobiliers notamment au 12e arrondissement. ICAT réalise des études dans l’amont pétrolier au profit de Halliburton. En vérité, ICAT mettait à la disposition de Halliburton du personnel étranger pour la réalisation des études. Selon plusieurs sources concordantes, il s’agit de marchés de plusieurs dizaines de millions de dollars par an car la rémunération de cette prestation dépasse le seuil de 3.000 dollars par personne et par jour pour les besoins de ces contrats d’études.

C’est Mohamed Remam qui a présenté Messikar Réda à Toufik Hakkar pour le réhabiliter à Sonatrach. Et Messikar Réda est devenu officiellement l’intermédiaire entre Toufik Hakkar, Taleb Messaoud et le businessman Mohamed Remam dont plusieurs membres de sa famille travaillent à Sonatrach à l’image de son frère Redouane qui avait été recruté justement pour le compte de la division production à Alger.

Mohamed Remam rencontre régulièrement Toufik Hakkar et traite avec lui de plusieurs dossiers qui concernent naturellement les marchés de la fourniture du matériel pétrolier et équipements gaziers. Pour gagner la confiance de Mohamed Remam, Toufik Hakkar a accordé des avantages onéreux et inexpliqués à son « poulain » Messikar Réda : voiture de fonction et hébergement dans un hôtel prestigieux à Alger où chaque nuit est facturée à Sonatrach plus de 20 mille Da ! L’homme d’affaires, le DPR et Monsieur H ont créé une véritable nouvelle « Issaba » dont le seul but de verrouiller tous les marchés de fourniture des poses des pipelines, matériel de forage pétrolier ou exploration des gisements de gaz. Et pendant ce temps-là, le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, fait la tournée des médias faisant mine de ne rien savoir de ces pratiques totalement illégales et immorales.