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vendredi, février 3, 2023

Enquête. Pourquoi l’Algérie a besoin réellement d’un baril de 140 dollars pour continuer à fonctionner comme elle le souhaite

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Les Algériens ont souvent entendu cette vérité, mais personne n’a daigné leur expliquer les tenants et aboutissants réels de cette information qui en dit long sur les équilibres économiques et financiers de leur pays. En effet, pour pouvoir surmonter les crises financières chroniques auxquelles elle est confrontée depuis 2014, année du choc pétrolier, l’Algérie a régulièrement besoin d’un prix de baril de pétrole élevé.  Mais pour que l’Algérie puisse continuer de fonctionner en maintenant son modèle de gouvernance, elle a besoin d’un baril de pétrole dont le prix doit être fixé à… 140 dollars. Mais pourquoi l’Algérie a besoin réellement d’un prix aussi élevé du baril de pétrole ? Enquête. 

En vérité, l’Algérie est encore debout grâce à son système de transferts sociaux qui permet de tenir les équilibres sociaux et garantir une certaine stabilité politique même si elle est plus au moins ébranlée depuis la crise ayant débuté le 22 février 2019. Un rapport international vient de sortir et explique brillamment la dépendance dangereuse de l’Algérie vis-à-vis de son système de transferts sociaux.

C’est l’Institut Montaigne qui est à l’origine de ce rapport international. Ce think tank fondé en 2000 par Claude Bébéar, longtemps PDG d’Axa et figure tutélaire du patronat français, a la vocation «d’élaborer des propositions concrètes dans les domaines de l’action publique, de la cohésion sociale, de la compétitivité et des finances publiques». L’Institut Montaigne et sa quinzaine de salariés sont financés quasi intégralement grâce aux adhésions d’une centaine d’entreprises, dont plusieurs sont membres du CAC 40, à savoir le principal indice boursier de la Bourse de Paris. En clair, ce think tank est très influent en raison de sa proximité avec les décideurs des plus grands groupes économiques français.

Ses rapports internationaux sont très suivis et appréciés par les chercheurs et divers spécialistes. L’Institut Montaigne vient de publier un nouveau rapport intitulé : « la stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe ». Dans ce rapport, ce think tank français a expliqué que « les 6 millions de Français originaires du Maghreb font aujourd’hui que le destin de la France est lié à cette région du monde. Face à la crise, renforçons notre coopération économique et financière ».

Dans l’un des nombreux chapitres de ce rapport de 59 pages consacrés à l’Algérie, les experts de l’Institut Montaigne expliquent clairement que l’un des vecteurs historiques de la stabilité sociale et politique de l’Algérie repose depuis la fin des années 1990 sur ses dépenses sociales. Dans les années 1990, l’Algérie était confrontée au terrorisme à grande échelle et à des difficultés économiques importantes, qui nécessitaient l’intervention du FMI (1994-1997). À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la situation sociale algérienne est demeurée très tendue.

Le PIB par habitant s’est effondré entre 1990 et 1999, passant de 3 524 dollars en 1990 à 1 550 dollars en 1999, en raison d’une croissance démo- graphique (1,6 % par an environ) bien supérieure à celle du PIB (0,5 % en moyenne sur les dix dernières années). Plus de 190 000 ménages, soit environ 1,6 million de personnes (5,7 % de la population) vivaient en deçà du seuil de pauvreté alimentaire (183 euros par an). Parallèlement à la mise en œuvre des mesures d’ajustement structurel, la progression du chômage s’est accélérée, passant de 1,7 million de chômeurs en 1994 à 2,1 millions en 1999, soit 27,8 % de la population active. Le système algérien de sécurité sociale ne semblait alors pas en mesure d’endiguer la crise sociale latente, et les autorités décidèrent en 2001 l’augmentation de 33 % du salaire national minimum garanti (revalorisé à 8 000 dinars par mois, soit environ 50 euros) et de 15 % des salaires de la fonction publique.

La décennie des années 2000 a connu une augmentation tendancielle des prix des hydrocarbures, ce qui permit au gouvernement algérien de bénéficier d’une manne financière importante. Un fort accent a été mis sur la création d’emplois. Les aides à la création d’entreprises et l’instauration de travaux d’intérêt collectif ont permis de créer 1,7 million de nouveaux emplois entre 2000 et 2005. Entre 2000 et 2010, le taux de chômage est passé de 28,9 % à 10 %. Les salaires ont été revalorisés à la fin de la décennie 2000 : entre 2007 et 2011, le salaire minimum a connu une augmentation de 50 %, tandis que la solde des fonctionnaires était doublée.

Parallèlement, l’État s’est engagé dans des chantiers sociaux structurants. Au cours des années 2000, près de deux millions de logements ont été construits, en général par des entreprises chinoises ou turques. Une politique ambitieuse de sécurisation des approvisionnements en eau a été conduite, en réhabilitant des barrages et en investissant 14 milliards de dollars pour la construction de 13 usines de dessale- ment de l’eau de mer pour lutter contre les pénuries d’eau potable des populations, de plus en plus urbaines et concentrées sur le littoral.

Cette méthode s’est poursuivie jusqu’aux lendemains des printemps arabes en 2011. Les contestations sociales sont alors contenues par une forte mobilisation  de l’outil budgétaire et des transferts sociaux, via la mise en place d’allocations pour les jeunes chômeurs, et la subvention quasi intégrale des produits de première nécessité (huile, pain, sucre).

Ces canaux de politiques sociales ont pâti en 2014 d’une baisse importante des prix des hydrocarbures, pesant sur le budget algérien et diminuant ses marges de manœuvre financières. L’effondrement des prix du pétrole au début de l’année 2020 a ainsi mis en péril un système de transferts sociaux essentiels pour la stabilité politique du pays, dans un contexte de difficultés économiques accrues.

Les transferts sociaux directs en Algérie représentent 8 % du PIB par an environ (un peu moins de 1 800 milliards de DA budgétés pour 2020, soit environ 12 milliards de dollars, ce qui représente quasiment 8 % du PIB algérien). Ces montants sont supérieurs aux pays de la région, les dépenses de transferts s’élevant à 6 % du PIB en moyenne pour les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et 8 % pour les pays de la région exportateurs de pétrole (chiffres du FMI, 2018). À ces dépenses s’ajoute un taux d’emploi public très important : 37 % de l’emploi total, contre moins de 10 % pour les pays en développement et 25 % pour les pays exportateurs de pétrole de la région.

Les dépenses sociales au sens large représentent environ 25 % du PIB, et recouvrent les transferts directs, les prestations, les aides sociales et les subventions, les dépenses de redistribution et d’éducation pour tous les aspects de la vie quotidienne (selon la Direction générale du Trésor, 2020). Ce montant est considérable : en 2018, les dépenses sociales publiques s’élèvent à un peu plus de 20 % du PIB en moyenne dans l’OCDE, soit au sein des pays les plus avancés et développés économiquement. En France, les dépenses sociales publiques représentent 31 % du PIB en 2019. À titre de comparaison avec un autre pays exportateur d’hydrocarbures de la région, les dépenses de transferts sociaux, de santé et d’éducation représentent en Arabie saoudite près de 100 milliards de dollars, soit 12 % du PIB.

A la lumière de toutes ces données, on peut conclure aisément que la soutenabilité de ce système de redistribution massive via les transferts sociaux en Algérie, principal facteur de stabilité sociale, est conditionnée à un prix élevé du baril de pétrole. Ainsi, avec l’Iran, le prix théorique du baril permettant d’équilibrer le budget algérien est le plus élevé de la région Afrique du Nord-Moyen-Orient (140 dollars en 2020, alors que le cours moyen s’est élevé à 40 dollars). Ce prix du baril permettant l’équilibre budgétaire est inférieur à 80 dollars pour l’Arabie saoudite, inférieur à 70 dollars pour les Émirats arabes unis et proche de 40 dollars pour le Qatar, conclut enfin le rapport savant de l’Institut Montaigne.

 

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10 COMMENTS

  1. Les nations avec du génie, une élite et des leaders patriotiques et visionnaires, un peuple vaillant et valorisant le travail n’ont pas besoin de pétrole.
    Dans le pays de DZ, nous avons un cocktail de médiocrité, d’égoisme, de haine de l’autre, de matérialisme malsain, d’inculture, d’intolérence, d’orgueil mal placé et d’hyprocrisie, qu’un baril à 1000 $ ne nous suffira pas.

  2. Y a Semar arrêtez SVP de colporter les écrits de certains journalistes véreux payés par le makhsen pour cacher ses propres misères. Vous parlez souvent du pétrole de l’Algérie et jamais du gaz,dont l’Algérie et le 7 ème producteur et le 3 ème producteur du gaz , l’ Algérie a beaucoup de dollars mais caché pour le peuple. Venir nous faire croire que l’Algérie est pauvre ce n’est pas vrai. Vous Mr Samar ça ne fait pas longtemps que vous ici vous avez la mentalité de la bas qui ont toujours vu que les algériens d’ici ne sont que des illettrés qui ne savent ni lire ni écrire ni informés , et bien détrempé vous , aujourd’hui les algériens d’ici ils sont très intelligents et n’essayez pas de leur avaler n’importe quoi , sauf que vous sur ordre de homo6 ,et pour le satisfaire , vous êtes obligé de nous raconter n’importe quoi bien sûr il faut justifier son salaire.

  3. Et oui ZEMMAR oui 2 millions de logement sociaux ont été distribué en 20 ans…
    L’Univesrsité est passé à moins de 500.0000 étudiants à 1, 8 millions
    Même Tindouf à son université , son hôpital , l’eau courante , au Gaz de ville , l’électricité et un aéroport

    Moi jy »ai passé qlq années dans les 70…c’était un trou…un no man’s Land…on partait uniquement en convoie sur des pistes de peur de rester en panne et de rester bloqué plusieurs jours
    J’ai aussi vécu à Oran…je ne l’ai plus reconnu …on habitait à coté de champs d’oliviers , à la limite Est de la ville « quartier Gambetta » …maintenant il faut rouler des dizaines de km pour sortir de la ville…des barres d’ immeubles de haut standing, hôtels 5 étoiles à pertes de vues , des centres commerciaux, périphériques , trémis, ponts, échangeurs même en ville ( port, pêcherie, front de mer)…l’aéroport lui n’a pas changé…il ressemble hangar
    Et le trafic voiture…c’es vrai qu’Alger c’est pire….mais c’est fou le nombre de voiture de marques allemandes
    Désolé, mais l’argent coule à flot…40 % de marché noir…l’extreme majorité des « trabendistes » , « affairistes », « smasra », « intermédiaires » …ne paient pas un centimes d’impôts contrairement aux salariés et aux fonctionnaires
    Qui en europe achète une voiture allemande cash ? un appartement cash?

  4. Si le pouvoir algérien ne change pas de logiciel en adaptant son économie aux échanges extérieurs et aux impératifs économiques pour drainer de vrais investissements productifs extérieurs et internes attirés par une stabilité fiscale et juridique, rien ne changera.
    Même à 300 dollars si le pouvoir continue à gérer l’Algérie comme une épicerie de quartier les désordres structurels continueront.
    La règle des 49/51% est un repoussoir aux capitaux étrangers, ainsi qu’une justice corrompue, des règles fiscales instables, un manque de ressources humaine qualifiées, des ministres calamiteux et interventionnistes, une intégration économique maghrébine bloquée,un secteur bancaire et une agriculture délabré, industrie touristique inexistante etc… La liste est longue des tares qui plombent le décollage économique de l’Algérie. Sans compter un manque d’infrastructures ( ports, internet archaïque, réseau de distribution d’eau etc…).
    Par ailleurs, à quoi sert un baril à 140 dollars quand la majeure partie est siphonnée en achats d’armes utiles seulement pour les rétrocommissions planquées à l’étranger?
    Le plus grave et c’est flagrant :il manque surtout au pouvoir algérien un cerveau et un Président moins pathétique et ridicule que Tebboune qui ne doit même pas connaître la date du jour

  5. @[email protected] occupes toi de ton propre logiciel et de la monarchie de droit divin moyenâgeuse de pédale 6…
    Premier producteur et exportateur de Cannabis au monde..

    Abandonnant ses sujets mineurs à la rue, les poussant à l’exil, à la prostitution , pédophilie à la débauche
    Le monde entier à vu comment le roitelet a poussé ses sujets mineurs vers la mer et vers Ceuta pour faire pression sur l’Espagne …

  6. Arrêtez de tirer des plans sur la comète avec un prix du baril de pétrole à 140 $ en 2021, alors que la transition énergétique est à nos portes ! Nous serons tout le temps condamnés par la vision brouillée de nos « décideurs » entre guillemets sur le retour, qui gèrent leurs archaïsmes et qui s’opposent des quatres fers à la transition quelle qu’elle soit :
    Économique ou politique !