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vendredi, février 3, 2023

Décryptage. Algérie : Rendre à l’agriculture sa place et son rang

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Karim Bouchareb, qui est récemment intervenu sur Algérie Part, vient de nous adresser un premier papier sur le thème de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Algérie. Dr Vétérinaire de formation, il s’est orienté vers la recherche agroalimentaire après avoir validé un troisième cycle dans une grande école d’ingénieurs en France (bourse Européenne obtenue sur concours). Il a ensuite travaillé dans la recherche sur les algues marines, pour valider un process de fabrication d’alicaments (aliments médicaments) à base d’algues marines Japonaises (Wakamé), cultivées au large de Fort Boyard en France.

Ses travaux lui ont ainsi permis d’obtenir le “Prix de l’innovation” lors du renommé salon international de l’alimentation de Paris. Il est à ce jour le seul spécialiste issu d’un pays du sud à avoir obtenu cette distinction internationale, alors que la concurrence était féroce puisque 84 pays étaient représentés.

Karim Bouchareb travaille actuellement avec un laboratoire d’ingénieurs Européen, sur un projet innovant spécifique à l’alimentation biologique pour les diabétiques.

Karim Bouchareb a, par ailleurs, été actif dans les échanges et transferts de technologie Nord Sud, spécifiques à l’agriculture et à l’agroalimentaire.

Cet engagement l’ayant ainsi amené à rejoindre quelque temps l’ONG Internationale “Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières” dont le siège se trouve à Paris.

 

 

 

En Algérie, l’agriculture qui est par essence la plus vieille des activités humaines sédentaires, n’a jamais depuis 1962, retrouvé son rang et sa place.

Pourtant, l’histoire de l’agriculture en Algérie retiendra des périodes fastes, je citerai par exemple, “le siècle du blé”, qui de 1730 à 1820 (environ) aura permis à ce vaste territoire, de devenir le “grenier à blé” d’une partie de l’Europe et principalement de la France. L’Algérie avait par ailleurs été des siècles plus tôt, le grenier à blé de l’empire Romain.

Autre exemple, certes plus marginal, le coton, qui était déjà cultivé en Algérie bien avant la colonisation. Ce coton d’Algérie avait été présenté lors de l’Exposition industrielle de Paris en 1844 et jugé de meilleure qualité que le coton de Louisianne, pourtant réputé.

En 1865, l’Algérie produisait déjà 3000 hectares de coton pour passer à 10 000 hectares en 1925. La dernière cueillette de coton en Algérie eu lieu en 1972, le pays passant alors de pays producteur à… pays importateur.

 

Il est ainsi inexact de prétendre que l’agriculture Algérienne a été créée durant la colonisation. Cependant, force est de constater que les 132 années d’occupation ont donné à l’Agriculture en Algérie, une dimension exceptionnelle, tant sa modernisation, sa stucturation, sa diversification, son développement et je serais tenté de dire, sa professionnalisation, ont permis à ses productions de se voir exporter à travers le monde.

 

Le philosophe grec Xénophon aurait dit: « l’agriculture est la mère de tous les arts lorsqu’elle est bien conduite ». Cette citation d’un homme éclairé va bien sûr à contre-courant des idées qui étaient celles des donneurs d’ordres qui ont régenté l’agriculture en Algérie depuis l’indépendance.

 

Toutefois, un ministre de l’agriculture aura souverainement marqué de son empreinte, l’agriculture Algérienne. Il s’agit de feu Kasdi Merbah, en charge du ministère de  l’agriculture de 1984 à 1988.

Cet homme visionnaire, émérite et incontestablement patriote, avait rapidement compris que l’Algérie devait préparer son autosuffisance alimentaire. A ce titre, il souhaitait rapidement couvrir les besoins de la population en proteines animales locales et financièrement accessibles.

C’est ainsi qu’il mis en place la filière avicole qui permet aujourd’hui à l’Algérie d’être autosuffisante en oeufs et en viande blanche tout en s’attaquant timidement à l’export, notamment vers le Vietnam et la Chine.

 

Celà étant, la filière avicole en Algérie reste très fragile car dépendante d’une alimentation animale, de produits vétérinaires et d’équipements, massivement importés. Importations fluctuantes car elles-mêmes tributaires des oscillations des prix du pétrole.

De plus, le mode d’élevage des poules pondeuses en batteries (élevage intensif) tel qu’il est pratiqué en Algérie, n’est plus compatible avec les exigences des marchés Européens notamment. Cette situation ferme donc les portes de l’export vers l’Europe mais elle ferme aussi les portes de nombreux pays émergents qui “se soucient” du bien être animal, sous la pression de consommateurs plus vertueux que par le passé.

 

Quel est le socle d’une agriculture prospère ?

 

Une production agricole prospère est la résultante de 4 facteurs:

 

1- Un foncier agricole disponible,

2- Un capital investi à la hauteur du challenge,

3- une ressource humaine qualifiée, de l’ouvrier à l’Ingénieur agronome,

4- une dynamique politique cohérente, incitative, ambitieuse et durable.

 

Il est évident de constater que depuis l’indépendance, jamais ces 4 facteurs n’ont été réunis en Algérie. Pire, les différentes politiques agricoles qui ont été mises en œuvre se sont invariablement caractérisées par l’absence d’ambition, de cohérence, de réalisme et de vision.

 

 

Retour sur les principales étapes de gouvernance depuis 1962,

 

“La période d’Ahmed Ben Bella”:

les trois années de gestion du premier Président de l’Algérie indépendante, auront été marquées par une autogestion aventureuse et pour le moins désastreuse. L’échec de la politique agricole de Ben Bella, sera à l’origine du premier exode rural en Algérie, lorsque ces ruraux ne prenaient pas tout simplement le chemin de l’émigration.

 

“La période de Houari Boumediène”:

l’homme qui voyait grand, peut-être trop grand, aura été l’initiateur du dogme des industries industrialisantes.

Le Président Boumediène souhaitait faire de son ambitieux programme industriel, le moteur de l’agriculture. En promulguant la révolution agraire en 1971, il subordonnait définitivement l’agriculture à l’industrie dans ses projets de développement du pays, actant ainsi de facto, l’échec de sa politique agricole socialisante.

Le bilan de la révolution agraire Algérienne aura été, il faut le dire, particulièrement décevant malgré un discours officiel lénifiant. A sa décharge, peu de réformes agraires auront été créatrices de richesses lors du “siècle des réformes agraires” dans le monde.

En effet, l’histoire retiendra que toutes les réformes ou révolutions agraires mises en oeuvre depuis  Emiliano Zapata au Mexique en 1911, jusqu’à Robert Mugabé au Zimbabwe en 2020, en passant par la révolution bolchevique  et son programme de collectivisation de l’agriculture en 1929, auront été des fiascos.

Ce constat que personne ne peut occulter, est allé jusqu’a brider des décennies plus tard, l’esprit d’initiative de ministres en charge de l’agriculture dans différents pays du sud. Je me souviens en effet d’un nouveau ministre de l’agriculture latino-américain qui s’apprêtait à lancer un projet en lien avec l’agriculture biologique, qui m’avait dit: “ Je sais d’où je pars, sans savoir où je vais… que Dieu me protégea”.

C’est dire si la gestion de l’agriculture, secteur essentiel dans tout pays, est une charge sensible et risquée quant aux orientations à adopter et aux échecs à assumer.

L’échec de la révolution agraire du Président Boumediène, n’aura cependant que peu altéré son bilan global d’homme d’état intègre.

 

“La période de Chadli Bendjedid”:

l’artisan de la déconstruction de l’héritage de Boumediène, la “déboumediènisation”, se voulait réformateur.

Estimant qu’une industrie qui coûtait plus qu’elle ne rapportait n’était pas viable, il avait brutalement porté un coup d’arrêt aux projets industriels en cours de réalisation, allant jusqu’à procéder à l’arrestation de vagues de cadres de l’ère  Boumediène. Beaucoup lui reprocheront plus tard de ne pas avoir tenté d’apporter les mesures correctives qui auraient pu permettre de relancer l’appareillage industriel national.

 

Concernant l’agriculture, le Président Bendjedid souhaitait par différentes restructurations engagées, mener l’Algérie de “l’ère de l’or noir”, vers “l’ère de l’or vert”.

Chimère, sous sa Présidence, la dépendance alimentaire n’a cessé de croître, les importations agricoles atteignant des valeurs jamais atteintes jusque-là. Personne n’imaginait alors, que le pire surviendrait à l’aube du changement de siècle.

 

Pour information, il faut savoir que la couverture des besoins agricoles par la production nationale, était de près de 85% en 1969, Cette même couverture des besoins s’écroulant à 30% en 1980, Bendjedid était déjà Président.

Pourtant, pendant les 13 ans d’exercice de Chadli Bendjedid, le développement de l’agriculture privée aura eu parfois des conséquences heureuses. Ainsi, la struturation de la filière avicole conduite par feu Kasdi Merbah, aura permis à l’Algérie de devenir autonome s’agissant de ses besoins en oeufs et en poulets.

 

“La période de Liamine Zeroual”:

Premier Chef de l’Etat d’un pays membre de la ligue Arabe à démissionner en cours de mandat, Liamine Zéroual, homme de conviction et de principes, était animé par un seul objectif en acceptant la lourde charge présidentielle, celui de sauver une Algérie en détresse.

Aussi, je ne commenterai pas l’évolution de l’agriculture au cours de son trop bref mandat. Cependant, comme la vérité se cache souvent dans les faits statistiques tels qu’on les observe, ,je rappellerai certains de ces chiffres.

En 1994, première année d’exercice de Liamine Zeroual, la production nationale de blé s’élevait à 715 000 tonnes. En 1995, elle passait à 1.500 000 tonnes, pour atteindre les 3.000 000  de tonnes en 1996 (record de production de blé en Algérie entre 1962 et 1999). La production de blé Algérien déclinera en 1997 puisqu’elle redescendit à 662 000 tonnes (La France connut également une importante baisse de production cette même année 1997). En 1998, la production de blé repassera en Algérie à près de 2.300 000 tonnes.

 

“La période d’Abdelaziz Bouteflika”:

Qui, au début des années 80, aurait parié un Dinar, sur un retour lointain de celui qui prenait, la tête entre les épaules, le chemin de l’exil après avoir été condamné par la Cour des comptes à Alger ?

Qui aurait pu imaginer que cet homme reviendrait de son exil 20 années plus tard, dissimulant son esprit revanchard, pour se faire désigner Président de la République, en requérant même, une parodie d’élection à la brejnévienne ?

 

A mon avis, personne n’aurait eu l’outrecuidance d’imaginer ce scénario.

Pourtant, l’inimaginable se produisit, avec le funeste résultat que nous connaissons.

Par conséquent, je ne mettrai pas sous cadre pour l’éternité, les mesures autant budgétivores qu’inefficaces qu’auront été le “PNDA” ou le “PNDAR”, censés  consolider l’agriculture Algérienne.

Esquisser un semblant de bilan bidécennal, fusse-t-il bon ou mauvais,  représentatif de l’agriculture et de l’agroalimentaire durant les mandats de Monsieur Bouteflika, serait à mon sens, saugrenu.

En effet, comment une agriculture aurait-elle pu être fertile dans un pays dirigé par un homme (et son frère) qui aura durant son règne, je cite Wikipédia: “tribalisé le pouvoir, étouffé la presse, accepté la corruption (et les scandales financiers,…)” ?

 

2020, où en est l’agriculture en Algérie ?

 

Pour présenter la situation de manière concise et fluide, je dirai qu’à ce jour, hormis la filière avicole, pas une filière de l’agriculture n’est en mesure d’assurer une autosuffisance nationale.

 

Certes, la progression céréalière est indéniable et ce depuis l’indépendance, mais elle reste très en deçà des besoins locaux, à l’image de la filière laitière.

 

Les deux filières légumineuses demeurent massivement sujettes à importation hormis la culture de lentilles qui donne satisfaction. Les cultures maraichères progressent, notamment la filière pommes de terre qui exporte de façon très marginale, quand ses cargaisons ne sont pas refoulées aux postes frontières de pays clients, pour non conformité sanitaire. Le non-respect des standards européens en matière sanitaire, tout comme par exemple la non maîtrise de la chaîne du froid, étant des entraves à l’export.

 

L’oleiculture peine à se développer et à se faire une place à l’export, largement distancée par le Maroc et la Tunisie. La viticulture qui remonte à l’antiquité en Algérie, ne parvient toujours pas à retrouver ses jours de gloire, qui voyaient les vins de l’ONCV trôner sur les meilleures tables à l’international. Il faut savoir que lors du Concours général agricole qui se tenait à Paris en 1930, des jurés avouèrent leur incapacité à faire le différence entre les vins d’Algérie et les meilleurs crus de Bordeaux. Aujourd’hui, c’est l’Afrique du sud, premier producteur de vin en Afrique, qui innonde le marché mondial de ses excellents vins.

 

La phoeniciculture (culture des dattes), filière véritablement sous exploitée en Algérie, est l’exemple même de l’échec de l’exportation de l’agriculture Algérienne. L’Algérie n’exporte que 2% de sa production de dattes alors que la Tunisie en exporte 50%. Pourtant, le positionnement géographique de l’Algérie est un atout extraordinaire que le premier producteur mondial, l’Egypte, n’a pas. En effet, la datte voyage mal, sa durée de conservation est courte après cueillette et les procédés de conservation (entreposage, séchage, réfrigération ou surgélation) sont coûteux. C’est la raison pour laquelle l’Egypte n’est pas concurrentielle. Si l’Algérie parvenait à solutionner les difficultés d’ordre structurelles, techniques et financières qui minent cette filière, elle serait en capacité de devenir le premier pays exportateur de dattes. Il faudrait pour cela aussi, penser à investir dans le renouvellement des palmeraies vieillissantes.

 

L’apiculture: en pleine expansion, cette filière est récemment sortie de sa léthargie en créant l’ANAP  (Association Nationale des Apiculteurs Professionnels). D’apparence diversifiée et dynamique, cette filière n’en est pas moins désordonnée pour ne pas dire anarchique, c’est pourquoi le meilleur  y côtoie souvent le pire. Un soutien des services publics pourrait permettre aux pionniers de l’apiculture, d’apporter un cadre de développement  qualitatif à la filière. Pour cela, l’Algérie devrait se rapprocher de Cuba, pays dont 95% de la production mondiale est exportée vers l’Europe. L’excellent miel Cubain est  celui que tous les pays du monde s’arrachent.

J’ai également pu suivre les progrès de petits pays d’Amérique centrale, comme le Nicaragua, voire même le Guatemala, qui avec de faibles moyens commencent à édifier une apiculture de qualité.

 

Préparer enfin l’agriculture de demain,

 

Trop de temps a été perdu pour redonner à l’agriculture Algérienne sa place d’antan. Néanmoins, le jour ou les dirigeants en Algérie décideront de “prendre le taureau par les cornes” pour reconstruire l’agriculture nationale, ils devront immanquablement intégrer un cinquième facteur aux quatre que j’ai cité dans le préambule, je pense bien entendu à la justice.

 

Nous savons tous que si la justice existe de par le monde, ça n’est certainement pas en Algérie qu’elle a élu domicile. Or, un pays sans justice est comparable à un oued sans eau (proverbe arabe me semble-t-il).

 

Ainsi, sous le titre: “Dépendance accrue aux importations et détournements de fonds – l’agriculture, le terrain fertile de la prédation”, le quotidien El Watan du 01 avril 2019, décrivait la damnation qui plombe l’agriculture du pays.

A la seule lecture du titre de cet article, même un non-initié, aura été interpellé par: “détournements de fonds” et “prédation”.

Aussi, je connais des pays d’Amérique du sud ou d’Amérique centrale, voire même en Afrique, où des enquêtes sont diligentées à la suite de la publication de tels articles.

 

Je prendrai un exemple, un seul parmi d’autres sur lesquels je pourrais m’étendre. Julia Ramos, ancienne ministre de la Justice, puis ministre du territoire et du développement rural de Bolivie, que j’ai connu, avait été accusée fin 2017, du détournement d’une partie des fonds de développement indigène (le FONDIOC) par un quotidien Bolivien (Pàgina Siete me semble-t-il). Suite à la publication de cet article, les services fiscaux et judiciaires Boliviens ont lancé des enquêtes librement, ce qui a abouti à la mise en examen, puis au jugement et à la condamnation à une lourde peine de prison de l’ancienne ministre.

L’ancienne ministre Bolivienne n’est pas un cas unique en Amérique latine, nombreux sont les ministres et les chefs d’états à séjourner en prison pour corruption, de l’ex-Président du Salvador Elias Antonio Saca qui est en cellule depuis 2 ans, à l’ex-Président du Panama Ricardo Martinelli qui vient d’être extradé des Etats-Unis (où il avait pris la fuite), pour être jugé dans son pays. Il y a actuellement une bonne dizaine d’anciens chefs d’Etat en prison, en fuite ou sous résidence surveillée en Amérique latine.

 

 

En Algérie, force est de constater que cela ne se passe pas de la même manière, sinon comment expliquer qu’un ancien ministre en fuite, impliqué dans les plus grands scandales financiers et récemment encore, qualifié par l’avocat du trésor public: “d’architecte du chaos” et “d’homme ayant causé le plus de tort à l’Algérie” (la presse en témoigne), ne figure même pas sur la liste des Algériens recherché par Interpool?

 

Il faut garder en tête que les pays développés sont arrivés là où ils se trouvent, en prenant appui sur deux piliers indispensables: un système pénal irrépréhensible et un état de droit légitime. La justice est un prérequis au développement, ce principe est enraciné dans le cerveau des écoliers anglo-saxons dès leurs premières années scolaires.

 

Sans justice incontestable, il ne saurait y avoir d’agriculture prospère, donc d’autosuffisance alimentaire et par ricochet de sureté nationale.

Il n’existe pas de puissances, même régionales, qui soient dépourvues d’une agriculture forte.

 

Je lis parfois dans la presse et pas seulement Algérienne, des déclarations de responsables de l’agriculture où de journalistes, qui évoquent la sécurité alimentaire comme objectif. Je crois très humblement que viser la sécurité alimentaire manque d’ambition et de discernement, dès lors qu’il s’agit de prémunir sa population d’une éventuelle disette. C’est pourquoi je préfère parler d’autosuffisance alimentaire, véritable indépendance alimentaire d’une nation.

 

Quelle est la différence entre ces 2 concepts, proches en apparence ?

 

La sécurité alimentaire correspond à l’accès d’une population à une alimentation suffisante, saine et équilibrée.

Cette alimentation sera d’origine locale ou … d’importation.

Cela signifie que la sécurité alimentaire a une dimension temporelle, c’est à dire qu’elle est acquise sur le principe, mais qu’elle pourrait être remise en cause en cas de crise, par exemple.

Or, il se trouve qu’actuellement la planète est fortement impactée par la pandémie Covid-19. Cette crise a donc amené la Russie qui figure dans le Top 3 des puissances céréalières, à suspendre récemment ses exportations de blé pour le réserver à sa population, ce qui n’a rien d’anormal.

 

L’autosuffisance alimentaire en revanche, donne la priorité à la production nationale pour nourrir correctement sa propre population.

 

Il existe également un 3ème concept, la souveraineté alimentaire née il y a environ 25 ans lors du sommet mondial de l’alimentation. Cette souveraineté alimentaire donne la priorité à la production agricole locale, avec en plus une dimension sociétale plutôt écologiste et en opposition avec les politiques néo libérales (accès aux semences, aux soutiens bancaires et à la terre et l’eau pour les paysans).

 

En conclusion, Il faut comprendre que l’influence géopolitique d’un pays se mesure aussi à son indépendance alimentaire.

Avec un peu plus d’un million de naissance par an (1 038 000 en 2018) pour 193 000 décès, l’Agriculture Algérienne va devoir s’activer sérieusement pour répondre demain aux besoins alimentaires de sa démographie galopante.

 

De l’eau pour l’agriculture,

 

Redonner à l’agriculture Algérienne sa place et son rang d’antan, c’est possible et indispensable, pour enfin remplacer progressivement le maléfique or noir par le bénéfique or vert.

Néanmoins, le mode de fonctionnement des acteurs de l’agriculture devra changer pour s’adapter aux contraintes d’aujourd’hui, je pense par exemple à la crise hydraulique qui ne cesse de croitre.

En 2050 au plus tard, l’Algérie devrait se retrouver en situation de pénurie d’eau. Or, l’agriculture consomme à elle seule près de 70%  de l’ensemble des volumes d’eau consommés dans le pays. Il est donc urgent de sensibiliser les agriculteurs à une gestion parcimonieuse de l’eau en les encourageant à passer à une irrigation pilotée et responsable (micro-irrigation). De même que certaines techniques ancestrales de préservation de l’humidité des sols devront être enseignées. La construction de barrages additionnée aux forages devant se poursuivre pour atténuer le phénomène de stress hydrique qui semble malheureusement inéluctable.

 

Il est intérressant d’avoir en tête qu’il faut par exemple en moyenne:

 

  • 25 litres d’eau pour produire 1 kg de salade,

 

–   100 litres d’eau pour produire 1 kg de pommes de terre,

–   400 litres d’eau pour produire 1 kg de maïs,

–   1500 litres d’eau pour produire 1 kg de blé.

 

 

Par le Dr Vétérinaire Karim Bouchareb

 

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