Une étude de la BNP Paribas explique pourquoi l’Algérie demeure très fragile malgré l’augmentation des revenus du pétrole et du gaz

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L’Algérie reste un pays très fragile sur le plan économique en dépit de l’augmentation de ses revenus provenant des exportations du gaz et du pétrole. C’est du moins ce qui est expliqué dans une récente étude réalisée par le département des « Etudes Economiques » de la célèbre banque française BNP Paribas,  considéré comme le 8ᵉ plus important groupe bancaire international, présent dans 65 pays dont l’Algérie depuis 2002.  BNP Paribas a rapporté en 2021 un produit net bancaire (PNB), équivalent du chiffre d’affaires pour le secteur, de 46,2 milliards d’euros. 

Selon cette étude bien détaillée signée par l’un des économistes travaillent pour le compte de la BNP Paribas, « l’économie algérienne était dans une position délicate au moment du double choc – pandémie et retournement du marché pétrolier – au printemps 2020. La conjoncture s’est améliorée, portée par la hausse des cours du pétrole et celle de la demande européenne en gaz ». La même étude précise aussi que « pour la première fois depuis 2014, le pays devrait être en mesure de dégager des excédents courants en 2022 et 2023, et donc d’accumuler des réserves de change ».

Mais si « le risque d’une crise de balance de paiements s’éloigne à court terme », se réjouit cette étude, « la stabilité macroéconomique reste fragile », nuance la même étude laquelle précise que « les perspectives de reprise sont modestes et les finances publiques sont structurellement déséquilibrées ». Et l’Algérie, signale la même étude du département des Etudes Economiques de la BNP Paribas, a besoin pour surmonter cette fragilité chronique de son économie de la « mise en place de réformes demeure une priorité pour éviter que
l’économie se retrouve en difficulté en cas de nouveau choc pétrolier ».

Sans ces réformes qui doivent cibler essentiellement la gestion des finances publiques et le développement d’un secteur privé productif, l’Algérie demeurera à la merci des chocs externes et notamment des chocs provoqués par la baisses des cours mondiaux des hydrocarbures.

« Après plusieurs années de croissance faible et de déséquilibres macroéconomiques (déficits budgétaires et courants, inflation en partie d’origine monétaire), l’horizon s’éclaircit un peu pour l’économie algérienne. Le pays bénéficie de la hausse des cours mondiaux du pétrole et d’une forte demande européenne pour son gaz. L’Algérie est en effet perçue par l’Europe comme une alternative sérieuse à la Russie en raison de sa proximité géographique et ses vastes réserves encore inexploitées », souligne ainsi cette étude la BNP Paribas qui met en exergue les immenses atouts de l’Algérie dans la nouvelle conjoncture mondiale bouleversée par les effets et conséquences de la guerre en Ukraine.

L’Algérie va profiter beaucoup de cette conjoncture, assure cette étude de la grande banque française selon laquelle « les exportations d’hydrocarbures, sur lesquelles reposent quasi-intégralement les échanges extérieurs de l’Algérie, devraient ainsi dépasser les USD 50 mds, sur les deux prochaines années au moins, contre USD 32 mds en 2021 et le point bas de USD 20 mds touché en 2020 ».

Ces revenus permettront à l’Algérie de retrouver une certaine aisance financière car, souligne la même étude, il « faut remonter à 2014 pour retrouver de tel niveau ». « La pression sur les finances publiques va aussi s’alléger considérablement car plus de 40% des ressources budgétaires sont générées par les recettes d’hydrocarbures », assure la même source.

Cependant, cette embellie ne va pas durer longtemps et la fragilité de l’Algérie va l’empêcher de s’offrir un certain développement économique qu’elle aurait pu financer et promouvoir grâce aux revenus en devises du pétrole et du gaz.

« Pour autant, les performances macroéconomiques resteront modestes par rapport aux
autres pays producteurs de gaz et de pétrole de la région Afrique du Nord/Moyen-Orient (ANMO). Surtout, le FMI reste pessimiste sur la dynamique à moyen et long terme de l’économie algérienne, et insiste sur la nécessité de mener à bien un vaste programme de réformes », rappelle cette étude la BNP Paribas d’après laquelle l’Algérie va vivre prochainement un « desserrement des contraintes budgétaires et extérieures » qui rendra l’application « urgente » de ce programme de réformes.

Par ailleurs, par rapport aux autres pays pétroliers et gaziers, l’Algérie s’en sort beaucoup moins et réalise une croissance beaucoup plus faible en dépit de son potentiel prometteur. Ce qui devrait inciter les dirigeants algériens à lancer une profonde réflexion sur l’efficacité de leurs actions économiques.

« La progression du PIB est désormais attendue à 3,4% cette année et 2,5% en 2023 contre des prévisions initiales de 2,5% et 2%. En moyenne sur les deux années, la croissance serait légèrement plus soutenue qu’avant la pandémie (+2,1% en moyenne entre 2015 et 2019). Cependant, elle resterait en retrait des autres pays producteurs d’hydrocarbures de la région  dont la croissance atteindrait, d’après une projection du FMI, 5,4% en moyenne en 2022 et 3% en 2023. Hors hydrocarbures également, l’Algérie devrait enregistrer des performances plus modestes que ses pairs », conclut enfin cette étude de la BNP Paribas.