Un mort à Skikda, un ingénieur gravement brûlé à Ohanet : les travailleurs de Sonatrach en danger à cause des négligences de leur direction générale

0
287

Les travailleurs de Sonatrach sont exposés depuis plusieurs mois à une série d’incidents et d’accidents de travail qui menacent gravement leur intégrité physique. Depuis 2020, plusieurs incendies ont éclaté au niveau de diverses installations pétrochimiques de la compagnie Sonatrach. Des morts ont été déplorés et plusieurs blessés ont été recensés. Ces drames s’expliquent essentiellement par les graves négligences dont est coupable l’actuelle direction générale de Sonatrach. Explications. 

Bahlouli Oussama est un jeune ingénieur de Sonatrach qui se bat depuis 5 jours contre la mort à la suite d’un très grave accident de travail qui s’est produit au niveau de la zone de production de Tinrhert-Ohanet dans la wilaya d’Illizi. Le jeune ingénieur production s’est gravement brûlé d’une intervention de réparation d’une torche déployée au niveau de cet important site gazier qui abrite un centre de traitement lequel est censé produire depuis le mois de juin dernier près de 4,6 millions de m3 de gaz naturel, 750 tonnes/jour de condensats et 450 tonnes/jour de gaz de pétrole liquéfié.

Selon nos investigations, Bahlouli Oussama subit depuis près de 5 jours des soins intensifs dans l’espoir d’échapper à une mort brutale. Cet incident à Ohanet s’est produit bien avant l’explosion survenue le 15 août dernier au niveau de la zone industrielle de Skikda lors d’un ravitaillement en xylène d’un camion au niveau de la station de ravitaillement de la Raffinerie de Skikda (RA1K).

Un ouvrier de Sonatrach a perdu cruellement la vie dans le sillage de cet incendie. Il s’agit d’un jeune homme appelé  Houdhaifa Saidi qui était « un contractuel d’entreprise de sous-traitance ». Trois autres personnes  « atteintes de brûlures à différents degrés » ont été également évacuée vers l’hôpital de Skikda, avait indiqué à ce sujet dans un communiqué public la direction générale de Sonatrach. Mais celle-ci ne dit pas toute la vérité aux Algériennes et Algériens puisqu’elle refuse de dévoiler les circonstances troublantes dans lesquelles ces incendies ont éclaté.

Oui, des circonstances troublantes parce que ces incendies s’expliquent par les déficiences et les manquements très nombreux constatés dans les dispositifs de maintenance des sites industriels et pétrochimiques de Sonatrach. Algérie Part avait révélé à maintes reprises dans ses précédentes publications que la direction générale de la compagnie nationale des hydrocarbures a sciemment suspendu, reporté et annulé plusieurs arrêts de production au niveau des raffineries et des sites de production des hydrocarbures pour les besoins des travaux de maintenance qui sont indispensables pour effectuer une révision générale des équipements de ces sites industriels sensibles.

Cette révision est incontournable pour détecter des anomalies, des irrégularités ou des sources potentielles de pannes qui peuvent par la suite provoquer d’importants dégâts matériels ou des incendies ravageurs comme ce fut le cas le 15 août dernier à la raffinerie de Skikda. Or, c’est la direction générale de Sonatrach qui a volontairement stoppé ces travaux de maintenance et décidé de reporter ces révisions techniques pour maintenir toujours la production nationale à son rythme le plus élevé dans l’espoir de profiter de l’actuelle embellie des cours mondiaux des hydrocarbures. Malheureusement, cette orientation s’est avérée chaotique puisqu’elle est à l’origine de nombreux drames ayant ébranlé des sites de production de Sonatrach.

Depuis 2020, la Sonatrach a fait face à un nombre inédit d’incidents qui ont provoqué des pertes humaines et matérielles. Fin novembre 2021, une personne a été tuée et huit autres blessées suite à incendie qui s’est déclaré dans l’une des deux raffineries de pétrole de Skikda. L’incendie a eu lieu le 30 novembre 2021 après une explosion. La victime, atteinte de brûlures graves, avait été évacuée vers l’hôpital de Douéra, mais elle avait rendu l’âme et n’avait pas pu être secourue par les équipes médicales. Cet incendie avait fait également 8 blessés parmi les employés de la raffinerie Skikda.

En mai 2021, un incendie s’est déclaré dans une partie de la station de pompage de gaz GR5 à Hassi R’mel, le plus grand champ gazier du pays. En octobre 2020, un autre incendie avait ravagé une partie du complexe pétrolier d’El Merck, et un mois avant, à savoir en septembre 2020, l’oléoduc OK1 reliant Haoudh el Hamra à Hassi Messaoud à Skikda, avait pris feu au niveau de la commune de Djamâa dans la wilaya d’El Oued. En juillet 2019, le complexe GNL d’Arzew (Oran) avait été ravagé en partie par un énorme incendie. Jamais la Sonatrach n’a subi autant d’accidents industriels ou d’incendies qui ont porté un énorme lourd préjudice à la compagnie et à l’ensemble du secteur des hydrocarbures en Algérie. Ces drames se sont tous produits depuis l’arrivée de Toufik Hakkar aux commandes de la direction générale de Sonatrach. Et ce dernier continue de bénéficier, pourtant, d’une intrigante impunité qui lui est offerte par les hauts responsables du pouvoir politique qui le maintiennent encore et toujours dans son poste en dépit de ce bilan sinistre. Et pendant ce temps-là, les simples et pauvres travailleurs de Sonatrach demeurent exposés à tous les dangers en travaillent durement dans les conditions les plus périlleuses et menaçantes pour leur intégrité physique.