Un documentaire de France 5 provoque une campagne de lynchage inédite en Algérie

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Insultes, injures, calomnies, depuis mardi soir, les réseaux sociaux et les médias algériens sont en ébullition à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5. Intitulé « Algérie, mon Amour », le documentaire réalisé par Mustapha Kessous, un journaliste franco-algérien, retrace le parcours de plusieurs jeunes algériens durant le Hirak, la révolution populaire enclenchée le 22 février 2019 contre le 5e mandat brigué par Abdelaziz Bouteflika. 

Parmi ces personnages, nous retrouvons des filles et garçons qui aiment la musique heavy metal, boivent de l’alcool, s’embrassent et réclament la liberté d’aimer et de se faire aimer. Sur une 76 minutes, ces personnages n’occupent qu’une infime partie de ce documentaire poignant qui accompagne plusieurs jeunes algériens durant leur participation au Hirak. Le réalisateur Mustapha Kessous n’a nullement axé son travail sur ces jeunes assoiffés de liberté, réclamant le droit de se caresser et de boire sans qu’ils risquent la prison ou les arrestations des services de sécurité. Le réalisateur franco-algérien a suivi également un avocat originaire de Tizi-Ouzou qui se battait chaque jour pour défendre la cause des détenus d’opinion, un jeune entrepreneur d’Oran qui rêvait de contribuer au développement de son pays, une jeune psychiatre qui refuse de quitter son pays pour ne pas abandonner ses patients, une technicien du cinéma dont le père était assassiné lâchement pendant la décennie noire, mais qui n’abdique pas face à l’arbitraire et le diktat de la terreur.

De tous ces profils qui traduisent la diversité de la jeunesse algérienne, les commentateurs haineux sur les réseaux sociaux n’ont retenu que les images de quelques jeunes qui osent boire et s’embrasser devant une caméra. La profondeur d’un documentaire de 76 minutes, sa complexité, ont été réduites, voire effacées parce qu’il y a un personnage qui ose parler de la frustration sexuelle et de la musique Metal.

Personne n’a retenu les autres messages d’espoir, de détermination des autres personnages de ce documentaire. Et pourtant, dans son travail, le réalisateur Mustapha Kessous ne porte aucun jugement, il ne privilégie aucun de ses personnages. Il ne braque pas toutes les lumières sur une seule catégorie de la jeunesse algérienne. Il se contente juste de raconter une histoire, l’histoire de cette diversité qui fait la richesse de l’Algérie et la force du Hirak. Une diversité qui dérange les conservateurs et les intolérants qui veulent absolument nous faire croire que le Hirak est monopolisée par une seule idéologie, un seul courant de pensée alors qu’il est un mouvement populaire ayant brassé et rassemblé toutes les couches de la société dans toute leur particularité et complexité.