Révélations – Lotfi Benbahmed, ce Ministre de l’Industrie Pharmaceutique qui Met l’Algérie au Service de la Françafrique !

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Entre le 17 et le 19 Mai 2022, une exposition de production pharmaceutique algérienne s’est tenue à l’Hôtel King Fahd à Dakar au Sénégal, organisée par le Ministère de l’Industrie Pharmaceutique de Monsieur Lotfi Benbahmed.

Une importante délégation algérienne s’est déplacée pour ce salon intitulé « El Djazair Healthcare 2022 », dont l’idée d’organisation a germé grâce à deux constats majeurs :

  • L’Algérie, forte d’un marché de 4 Milliards Usd et de 175 unités de production,
  • Le Sénégal, pays stable et pôle économique régional important qui dispose d’un marché pharmaceutique et médical en plein essor, est en mesure d’être pour l’Algérie un partenaire de choix pour un déploiement industriel et commercial.

En effet, durant l’année 2021, le marché du médicament au Sénégal représentait plus de 185 milliards de francs CFA, soit environ 282 millions d’Euros.

Mais ce qu’il y a de plus surprenant et absolument scandaleux dans l’initiative de Lotfi Benbahmed, est que cet événement, supposé promouvoir le médicament algérien dans une démarche d’exportation Sud-Sud, est en fait une grotesque mise en scène qui ne fait que renforcer des sociétés françaises créées dans le cadre d’un néocolonialisme français dans cette région de l’Afrique.

Nos lecteurs se doivent de savoir que les importations de médicaments d’Afrique de l’Ouest Francophone doivent OBLIGATOIREMENT passer par des distributeurs français qui sont les seuls à pouvoir convertir le franc CFA en devise étrangère.

Rappelons à cet effet les propos d’avril 2019 du Ministre français des Finances Bruno Le Maire, qui avait déclaré : « La Zone Franc, c’est de la stabilité pour les pays africains membres, un moyen de lutter contre l’inflation et une zone qui permet un développement économique dans de bonnes conditions. »

Il faut savoir qu’à sa création en 1945, le franc CFA signifiait « franc des colonies françaises d’Afrique ». Après les indépendances des années 1960, le nom avait déjà évolué pour devenir « franc de la Communauté financière africaine », pour les huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo).

De plus, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est tenue obligatoirement de déposer la moitié de ses réserves de change auprès de la Banque de France, afin de garantir une parité fixe du franc CFA avec l’euro (1 euro = 655,96 francs CFA).

La France a en fait toujours été présente au sein des instances de gouvernance de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA), ce qui lui a permis de jouer un rôle de garant financier pour les huit pays de l’Union. Ainsi, dans le cas où la BCEAO devait faire face à un manque de disponibilités pour couvrir ses engagements en devises, elle pouvait toujours se procurer les Euros nécessaires auprès du Trésor public français…

Le Francs CFA n’étant pas convertible dans une autre monnaie que l’Euro et par la France uniquement, il est de facto impossible d’exporter directement de l’Algérie vers un importateur sénégalais !

La seule option pour nos laboratoires pharmaceutiques algériens pour pouvoir exporter vers ces pays, et de passer par des sociétés françaises intermédiaires…

Cela, nos autorités financières le savent bien mais cela n’a pas empêché la Banque Nationale d’Algérie (BNA) d’avoir assisté à cette exposition, à travers le chef de sa division internationale Kamel Khouas, qui a même animé un atelier intitulé : le rôle des banques dans la promotion des exportations en Algérie…

Pourquoi aller renforcer la position de la France à un moment où les Marocains ont décidé de contourner ces mesures en allant construire des usines sur place comme celle en Mars 2013 West Afric Pharma, filiale de la société marocaine Sothema, ou d’autres laboratoires marocains tels Pharma5 ou Cooper Pharma qui ont décidé de s’installer en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Est.

Chez nous, la société Hydrapharm présidée par Mohamed El Bachir Raouf Abbas-Terki, a annoncé en grande pompes avoir signé un contrat avec Planet Pharma qui est justement un de ces distributeurs français !

 Filiale du groupe Ubipharm, Planet Pharma est un distributeur et un dépositaire français créé en 1992 par Gérard Saurel, Jean Noel Rieu, Jean Fourcade Balland Guy installée à Rouen…dans le but de maitriser et sécuriser la chaine de distribution du médicament en Afrique Noire Francophone.

Planet Pharma est spécialisée dans la logistique des flux import/export et la distribution à l’exportation de produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques. Elle est l’intermédiaire privilégié de l’industrie pharmaceutique et des clients Africains et réalisé un chiffre d’affaires de 625 651 500.00 € en 2020 !

De même, la société Lynpansement basée au Pôle pharmaceutique et biotechnologique de la nouvelle ville de Sidi Abdellah et administrée par Mme Mounia Chadi, a déclaré aller visiter son partenaire Eurapharma (Eurafricaine Parmaceutique et Cie) alors que cette dernière est justement une des sociétés françaises qui gèrent le marché pharmaceutique d’Afrique de l’Ouest francophone !

En effet, Eurapharma, présidée par Jean-Marc Leccia, a été constituée en 1949 et recomposée au mois de Mai 1974 dans la ville de Rouen. Elle a enregistré un bénéfice de plus de 25,8 Millions d’€ pour un chiffre d’affaires de 1,74 Millions d’€ en 2021 ! Une activité qui lui permet de facturer principalement des prestations de services dans la logistique, le transport, magasinage…

Le Groupe Eurapharma met à la disposition des industriels de la pharmacie désireux d’externaliser leur logistique « Export » sur la zone Afrique et Dom-Tom une plate-forme de distribution dénommée E.P-Dis qui leur permet d’accéder à leurs performances et de passer des commandes…

Enfin, Cette manifestation été clôturée par une série de conférences portant sur l’organisation et l’éthique dans les métiers de l’industrie pharmaceutique.

On a pu noter la présence de la société IMC de feu le général Abderrahim, une société qui s’est assurée le monopole des dispositifs d’hémodialyse en Algérie.

Comme vous pourrez le constater en visitant leur site internet en cliquant sur produits puis sur dialyseurs capillaires, IMC affirme que le dialyseur capillaire est fabriqué en Algérie depuis 1996, alors que tous les dialyseurs capillaires utilisés en Algérie sont importés des sociétés FRESENIUS et de NIPRO…

L’Algérie ne fabrique pas de dialyseur capillaire, mais ce mensonge n’a pas l’air de bien gêner le Ministre Lotfi Benbahmed…

Finalement, toute cette mission organisée avec de l’argent public algérien, en collaboration avec l’agence de Communication MMC DDB, s’emploie à renforcer la Françafrique et la main mise française sur le médicament en Afrique et à faire croire que le secteur pharma en Algérie est bien géré.

Sauf que tout ceci est une immense fumisterie qui démontre une fois de plus de l’incompétence de nos élites ou leur arrières pensées intéressées.

Etait-ce vraiment raisonnable Mr le Ministre de mettre plusieurs dizaines de millions de Dinars dans une opération stérile mais qui fait croire que le secteur est actif ?

D’autant plus que selon nos informations, une majorité d’opérateurs pharmaceutique algériens, conscients de ces enjeux et des difficultés d’exporter en zone CFA, ne souhaitaient pas s’associer à cette démarche contre-productive, mais auraient été mis sous pression par le Ministre Benbahmed pour participer à cet événement.

« Tout le monde dans le secteur pharmaceutique national le sait, tous les labos algériens qui sont partis y sont allés de pied de plomb, et personne n’osera en parler car on sait ce qui est arrivé à Nabil Mellah… » Nous avouera avec grande amertume une source.

Pauvre Algérie…