Révélations Exclusives – Rachat de Djezzy par le FNI, Histoire d’un Naufrage Annoncé !

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L’option de vente de la participation de Veon dans l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy en Algérie, a été annoncée le 1er juillet 2021.

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Après plusieurs mois d’évaluation et d’échanges, la valorisation finale des actions cédées au Fonds National d’Investissement (FNI) a été conclue à 682 millions de dollars.

Le 1er Juillet 2022, Le FNI a officiellement annoncé avoir racheté la totalité des actions du groupe Veon au sein de l’opérateur mobile Djezzy, et ce en vertu d’un accord de cession signé entre les deux parties.

Rappelons que le groupe Veon détenait 45,57% des parts dans Djezzy et l’État algérien détenait 51% des parts de Djezzy qu’il a rachetées en 2014 pour plus 2,6 milliards de dollars.

Avec cet accord, l’Algérie s’arroge 96,57% des actions dans Djezzy, les 3,43% appartenant à l’ex patron de Cevital, Issad Rebrab.

Dans son communiqué officiel, le FNI entend, « préserver la solidité de la gouvernance de la société tout en s’engageant à poursuivre son soutien au plan de développement de Djezzy afin de maintenir le cap de la croissance et garantir sa pérennité et sa rentabilité ».

Le FNI rajoutant que « le personnel, formé de compétences algériennes, n’aura aucune peine à relever le défi et à faire de leur entreprise un modèle en termes de gestion et de qualité de services. »

Il semble que Veon ne soit pas de cet avis puisque le 8 Juin 2022, trois cadres de Veon s’étaient déplacés à Alger afin de signer non seulement le contrat de cession, mais également soumettre à l’approbation de l’Etat algérien et à son représentant, le FNI, un contrat de management pour accompagner Djezzy dans sa gestion.

Il faut savoir que le top management de Djezzy est composé de quelques postes stratégiques que sont le PDG, le Directeur des ventes, le Directeur Technique, le Directeur de la Comptabilité et des Finances, le Directeur des Achats, et le Directeur de l’Interconnexion et du Roaming.

Ces positions au sein d’un opérateur de téléphonie mobile demandent une maîtrise totale, un portefeuille relationnel à l’international auprès des opérateurs GSM étrangers et au sein des autorités internationales de régulations des télécoms.

La discussions et négociation avec les opérateurs partenaires à l’international sont pointues et complexes, ce qui demande beaucoup d’expérience afin de négocier les tarifs roaming en voix et en Data.

Le Directeur Technique, ou CTO, est un autre poste extrêmement sensible au niveau de l’organigramme d’un Opérateur de téléphonie mobile, demandant des compétences de haute volée.

L’Algérie, il faut l’avouer quitte à froisser la fibre nationaliste ou patriotique de ceux qui vont s’en offusquer, ne possède pas ces cadres compétents… Il n’y a qu’à voir la qualité de notre réseau télécom et constater le retard pris dans le secteur télécom !

Malheureusement, ces postes vont tout de même faire l’objet de toutes les convoitises locales dans le cas où Djezzy ne sera pas gérée par un opérateur international…

Car si le FNI a annoncé que l’état algérien ne souhaitait pas recourir à un contrat de management qui lui couterait plus de 25 millions de dollars par an, le Fonds d’investissement n’a pas non plus indiqué par quel moyen l’état algérien allait gérer Djezzy, ni comment il entendait procéder aux achats d’équipements et infrastructure software et hardware 5G à venir.

Selon nos informations, le Directeur Général de Djezzy, Mathieu Galvani, qui doit quitter l’Algérie la semaine prochaine, a tenté de sensibiliser les cadres du FNI sur les difficultés à venir, mais en vain !

Le FNI va certainement convoquer un conseil d’administration qui se réunira dimanche 3 Juillet 2022 afin d’entériner le départ du DG actuel, et nommer un intérimaire pour quelques semaines.

D’ores et déjà, de hauts responsables algériens au sein de la Présidence, de l’Armée et leurs acolytes dans la politique et dans les affaires, ont commencé à s’agiter en coulisses pour tenter de s’accaparer des postes stratégiques dans le nouvel opérateur public Djezzy.

En effet, de fins-connaisseurs du domaine, et proches du pouvoir, ont flairé l’immense opportunité qui leur était offerte pour encaisser des millions de dollars dans le gros chantier télécom qui arrive, à savoir l’acquisition du réseau d’infrastructures de la 5G… Explications.

Pour couvrir le territoire sur 2-3 ans, Djezzy, à l’instar des autres opérateurs, devra investir approximativement 400 Millions de Dollars pour la construction et déploiement du réseau d’antenne 5G auprès des principaux fournisseurs mondiaux tels Ericsson, ZTE ou Huawei.

Dans leur contrat de management, VEON incluait justement les fameuses acquisitions des équipements 5G.

Cette offre aurait pu permettre à Djezzy de faire de substantielles économies à travers des réductions significatives des coûts, économisant ainsi 40-50 millions de Dollars sur la facture de ses acquisitions.

En effet, à travers leur centrale d’achat qui couvre les besoins de plusieurs filiales dans le monde, les grands groupes d’opérateurs de téléphonie mobile, tels VEON, Vodaphone ou Orange, sont à même de bien mieux négocier les prix quand les volumes d’achat sont importants…

« Comment allez-vous économiser les coûts d’acquisitions si vous ne voulez pas de notre contrat de management ? » avait demandé le DG de Djezzy lors de la dernière réunion avec le FNI.

Le patron du FNI lui répond : « Nous avons l’argent. On paye ! »

Un comportement arrogant et irresponsable qui risque, si la gestion de Djezzy se passe mal, de mettre l’Etat algérien dans de sales draps, lui qui a déboursé 2,6 milliards de dollars en 2014, et qui débourse de nouveau plus de 680 Millions de Dollars dans cette affaire…

C’est là un drôle de message que délivre l’Etat algérien aux opérateurs économiques qui voudraient investir dans le pays…

A-t-on réfléchi aux conséquences de ce genre de décisions qui laisseraient dans son droit l’opérateur Ooredoo de se plaindre d’une concurrence déloyale face à deux opérateurs publics ?

Et en quelle qualité, un fonds d’investissement, entend-il « préserver la solidité de la gouvernance de la société tout en s’engageant à poursuivre son soutien au plan de développement de Djezzy afin de maintenir le cap de la croissance et garantir sa pérennité et sa rentabilité » lui qui n’a aucune expertise télécom pour ce faire ? Affligeant…

Alors qu’il y a quelques jours Aïmene Benabderrahamane, Premier Ministre algérien, présidait une réunion sur le développement stratégique du numérique et des télécommunications dans notre Pays, il est plus que vital que ses services, en l’absence de réelles compétences nationales, planchent sur l’expertise d’un partenaire étranger (Orange, Vodaphone, Deutsche Telecom…) aux fins d’évaluer le réseau et préparer la transition 5G, dans le cadre d’un partenariat stratégique.

Sinon, on va encore rater le coche et laisser l’amateurisme, la gabegie et la prédation avoir de très beaux jours devant eux dans cette Algérie nouvelle !

Un véritable gâchis…