Rachat du groupe de négoce de pétrole Gunvor : les émiratis veulent réaliser ce que Ould Kaddour avait imaginé en 2019

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L’Abu Dhabi National Oil Co (ADNOC), la principale compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis, dotée des quatrièmes réserves pétrolières mondiales et totalisant plus de 60 milliards de dollars USD de revenus annuels, a décidé de lancer des négociations pour trouver un accord lui permettant de racheter intégralement ou partiellement le groupe de négoce de pétrole Gunvor. Cette information a été révélé hier mercredi 21 septembre par l’agence de presse internationale spécialisée spécialisée dans l’économie et la finance Bloomberg. Les émiratis s’apprêtent ainsi à concrétiser un projet qui avait été imaginé depuis 2018/2019 par l’ex-PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour. 

L’homme qui a été extradé manu militari au début du mois d’août 2021 et incarcéré à la prison d’El-Harrach pour son supposé rôle dans une affaire de corruption ayant entaché l’acquisition par Sonatrach en décembre 2018 de la raffinerie italienne d’Augusta avait finalement des idées dignes d’un manager visionnaire.

Preuve en est, c’est Abdelmoumen Ould Kaddour qui avait été le premier manager à avoir élaboré un plan d’action devant permettre à la compagnie nationale des hydrocarbures d’acquérir Gunvor, une grosse entreprise de commerce d’énergie enregistrée à Amsterdam et dont les principaux centres opérationnels sont basés à Genève et Singapour, spécialisée dans le commerce, le transport et le stockage de produits pétroliers et autres produits issus de l’industrie pétrolière.

Le groupe Gunvor pèse plus de 40 milliards de dollars USD et il est considéré comme l’un des principaux et influents traders dans le monde sur le marché mondial de matières premières énergétiques comme le pétrole et le gaz. En 2021, le groupe Gunvor a connu sa meilleure année commerciale en dépit d’une année 2020 très difficile à cause de la volatilité des marchés de l’énergie déclenchée par la pandémie COVID-19 avec d’importantes pertes de valeur dans le raffinage. Les bénéfices bruts de Gunvor  se sont élevés à 1,66 milliard de dollars mêmes si les revenus ont chuté à 50 milliards de dollars, contre 75 milliards en 2019.

Fin 2018 et janvier 2019, Abdelmoumen Ould Kaddour avait flairé la bonne affaire en se rapprochant d’un important trader des matières premières énergétiques afin d’offrir à Sonatrach l’opportunité de disposer d’un large réseau de ventes à l’international pouvant élargir son carnet de clients et ses horizons commerciaux dans d’autres régions du monde comme en Asie alors que l’Algérie était dépendante massivement de ses clients traditionnels européens et des contrats à longs termes qui la ligotaient.

Le projet d’Ould Kaddour était de négocier la création d’une co-entreprise avec Gunvor afin de gérer, par la suite, la raffinerie d’Augusta récemment acquise par Sonatrach et accéder ainsi à un immense portefeuille clients. Jouissant d ‘une grande expérience dans la gestion des activités de raffinage et vendant du pétrole raffiné aux quatre coins du monde, Gunvor aurait pu offrir une véritable valeur ajoutée à Sonatrach.

Malheureusement, « cette bonne affaire » ne verra jamais le jour à cause des soubresauts politiques ayant bouleversé l’Algérie dés février 2019 et le départ précipité d’Abdelmoumen Ould Kaddour de la direction générale de Sonatrach dés avril 2019.  Le trader GUNVOR, le troisième trader de pétrole brut au monde après Glencore et Vitol, s’est éloigné ainsi de Sonatrach et toutes les perspectives de coopération ou de partenariat gagnant-gagnant ont été gâchées.

Des lobbys médiatiques et politiques algériens hostiles à Abdelmoumen Ould Kaddour avait exercé également une forte pression afin d’annuler ce deal en cours de négociation entre Sonatrach et Gunvor prétextant une affaire de corruption impliquant le patron de Gunvor  Torbjörn Törnqvist.

A la fin du mois d’août 2018, la justice suisse avait condamné un ancien négociant de pétrole de la société suisse Gunvor pour des faits de corruption en Côte d’Ivoire et au Congo. Cette condamnation à dix-huit mois de prison avec sursis était le résultat d’une entente passée avec les enquêteurs suisses. L’employé avait avoué des faits de corruption touchants notamment la présidence de la République du Congo et les enquêteurs ont pu mettre au jour un système de commissions occultes pour un montant global de 12,84 millions d’euros.

Mais ce scandale n’a jamais ébranlé la rentabilité de Gunvor ni diminué son importance sur les marchés mondiaux. Deux ans après le divorce de Sonatrach avec Gunvor, les émirats de l’ADNOC saisissent l’opportunité et se lancent à l’assaut de ce trader qui joue désormais un rôle majeur et déterminant dans la fourniture du pétrole et du gaz naturel.

« C’est l’un des plus grands négociants de pétrole brut et de produits pétroliers, ainsi qu’un acteur majeur sur le marché du gaz naturel liquéfié, qui a explosé alors que l’Europe cherche à se sevrer de l’approvisionnement en gaz russe. Alors que Gunvor a engrangé des bénéfices enregistrés cette année, la consommation des marchés du gaz a été une arme à double tranchant, déclenchant des appels de marge massifs et l’obligeant à réduire son activité », commence à ce sujet l’agence Bloomberg pour mettre en exergue l’importance du rôle de Gunvor dans la chaîne d’approvisionnements énergétiques en Europe. A travers ce projet d’acquisition, ADNOC est en train de frapper un grand coup qui lui permettra de se positionner comme un acteur incontournable sur l’échiquier pétrolier et gazier mondiale et européen en particulier. Un objectif que la Sonatrach aurait pu réaliser dés 2019, soit bien avant cette conjoncture mondiale actuellement troublante, si elle avait suivi jusqu’au bout le projet d’Abdelmoumen Ould Kaddour.