Pourquoi augmenter les salaires en Algérie risque d’aggraver encore davantage l’inflation et la cherté de la vie

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Les Algériennes et Algériens souffrent énormément de la cherté de la vie et de l’augmentation incessante de l’inflation dans leur pays. Leur pouvoir d’achat se réduit chaque jour comme une peau de chagrin et face à cette réalité amère, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de réagir pour soulager les ménages algériens en promettant de mettre en place prochainement de nouvelles augmentations salariales. Or, il s’avère que ces augmentations ne risquent de pas de résoudre le problème de la cherté de la vie, bien au contraire, elles pourraient l’aggraver encore davantage. Plusieurs études économiques ont démontré par le passé que les augmentations de salaires ne sont pas le bon remède contre l’inflation.  Explications. 

En effet, plusieurs observations empiriques menées dans les pays développés ont permis de constater que les augmentations de salaires renforcent la spirale inflationniste. À mesure que les prix grimpent, la pression monte sur les entreprises pour qu’elles augmentent les salaires. Pour renforcer le pouvoir d’achat des ménages, les employeurs sont souvent pressés d’augmenter les rémunérations. Mais comme souvent, une telle hausse conduit les entreprises à augmenter leurs prix pour ne pas réduire leurs marges, faisant craindre une spirale inflationniste comme celle vécue dans les années 1970 dans plusieurs pays occidentaux.

En économie, on appelle cette situation la « boucle prix-salaire » ou « courbe de Phillips ». Il s’agit d’un phénomène qui se produit lorsque la hausse des salaires alimente la hausse des prix. Plus concrètement, les entreprises revalorisent la rémunération de leurs employés ce qui augmente leurs coûts de production. Une charge supplémentaire qu’elles sont ensuite contraintes de répercuter sur leurs prix de vente pour ne pas réduire leurs marges de manière trop importante. Les prix sont donc à nouveau en hausse et réduisent le gain de pouvoir d’achat obtenu par les salariés grâce à la hausse de salaire. C’est notamment ce qu’il s’est produit dans les années 70 après les deux chocs pétroliers qui ont fait bondir l’inflation. Tant et si bien qu’en France, en 1983, alors que le risque d’une spirale inflationniste pointait de nouveau, le gouvernement français a pris la décision d’interdire l’indexation des salaires sur l’inflation. Une disposition inscrite dans le code monétaire et financier et le code du travail.

La « courbe de Phillips », du nom de l’économiste néozélandais Alban William Phillips,a démontré ainsi qu’en cas de hausse de salaire, les salariés pensent d’abord qu’ils bénéficient d’une hausse de pouvoir d’achat et augmentent leur consommation. Ils se rendent rapidement compte que les prix ont augmenté et qu’ils ont été victimes d’une illusion monétaire et ils calibrent leur dépense sur leur revenu réel permanent. L’effet de la dépense sur l’activité économique a été aussi éphémère que l’illusion monétaire elle-même.

Si les salaires augmentent en Algérie, c’est exactement ce qui va se produire, à savoir l’inflation va grimper encore davantage et les prix des produits de large consommation continueront d’augmenter effaçant ainsi tous les effets des augmentations des revenus consenties pour les ménages algériens.

Par ailleurs, l’Algérie est confrontée à un problème beaucoup plus complexe que la cherté de la vie. Elle est en réalité menacée par l’inflation importée qui est une inflation par les coûts. Elle est caractéristique d’une hausse des prix intérieurs résultant du renchérissement des importations à la suite d’une dépréciation du taux de change. En clair, l’Algérie subit de plein fouet l’augmentation des prix internationaux des produits importés dont elle a cruellement besoin pour satisfaire les besoins de sa population. Comme l’Algérie ne produit pas la majeure partie des produits qu’elle consomme au quotidien que ce soit dans le secteur agro-alimentaire, pharmaceutique ou industriel, elle est donc ultra-fragile face aux augmentations des cours mondiaux des produits importés.

Il faut savoir qu’un bien importé joue un rôle fondamental dans la production, la hausse de son prix peut avoir un impact inflationniste. De même la dépréciation de la monnaie fait augmenter le prix des biens importés. Avec un dinar faible, instable et en régression incessante, l’Algérie est toujours perdante lorsqu’elle importe des produits depuis l’étranger faute d’une véritable production nationale. Ainsi, toutes nouvelles augmentations salariales conduirait seulement à une augmentation de la facture des importations du pays puisque la production nationale est incapable de satisfaire les besoins de la population résidente.

Dans un pays comme l’Algérie, ce n’est pas l’inflation qui doit justifier l’augmentation des salaires, mais d’abord et surtout la productivité. Pour augmenter les revenus des ménages, les entreprises algériennes doivent générer beaucoup de gain de productivité pour pouvoir ensuite mobiliser une partie de ces gains afin d’augmenter les salaires.

En économie, la productivité est définie comme le rapport, en volume, entre une production et les ressources mises en œuvre pour l’obtenir. La production désigne les biens et/ou les services produits. Les ressources mises en œuvre, dénommées aussi facteurs de production, désignent le travail, le capital technique (installations, machines, outillages…), les capitaux engagés, les consommations intermédiaires (matières premières, énergie, transport…), ainsi que des facteurs moins faciles à appréhender bien qu’extrêmement importants, tels le savoir-faire accumulé. Elle permet de mesurer l’utilisation de la main-d’œuvre et le niveau de la production par salarié, le facteur travail étant défini comme le nombre total d’heures travaillées par l’ensemble des personnes occupées.

En Algérie, c’est justement la productivité qui est faible et dérisoire. C’est ce qui explique le sous-développement permanent du pays. L’Algérie est confrontée depuis le début de la pandémie de la COVID-19 à une inflation des prix des importations et n’enregistre aucun gain de productivité. Augmenter les salaires dans ce contexte n’aura aucune efficacité sur le niveau de vie ni le pouvoir d’achat des Algériens. Le pays a beaucoup plus besoin d’investir et de produire les produits et services qu’il doit consommer au quotidien au lieu de dépendre en permanence de l’étranger pour les acquérir.