Police aux frontières : l’héritage catastrophique du commissaire Salah Makhlouf

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Le récent drame ayant provoqué la mort de deux harragas algériens dans un train d’atterrissage d’un avion d’Air Algérie stationné sur le tarmac de l’aéroport international d’Alger a mis en lumière les énormes carences et défaillances de la Police aux Frontières (PAF), l’un des départements les plus sensibles et névralgiques de la Police algérienne. Or, en vérité, la PAF algérienne vit au rythme des dysfonctionnements depuis la nomination, fin août 2021, à la tête de son commandement du sinistre Makhlouf Salah, Contrôleur de police et l’un des officiers les plus corrompus et incompétents de la DGSN. 

Au mois de mai 2021, Algérie Part avait même tiré la sonnette d’alarme en tentant de prévenir les autorités algériennes contre les risques inconsidérés de confier une institution aussi sensible que la PAF à un personnage aussi controversé que le Salah Makhlouf. Nous avions expliqué à l’époque que plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer la promotion de Salah Makhlouf en tant que premier patron de tous les policiers de l’aéroport international d’Alger. Et pour cause, ce dernier était impliqué auparavant dans plusieurs affaires scabreuses qui jettent un véritable discrédit sur sa moralité.

Il faut savoir que Salah Makhlouf était l’ancien chef de sûreté de Chef de sûreté de wilaya de Mostanganem. Et en 2013, lors d’une mission d’inspection diligentée par la DGSN, Il a été constaté que Salah Makhlouf avait abusé de ses fonctions de haut responsable de la DGSN pour s’approprier de trois terrains à Kharrouba, une zone résidentielle très prisée à Mostaganem. Epinglé par une commission d’enquête interne au sein de la DGSN, Salah Makhlouf est sanctionné et renvoyé de Mostanganem vers Tindouf où il restera là-bas jusqu’à septembre 2015 où grâce à l’intervention de l’épouse du général Abdelghani Hamel, puissant patron de la DGSN, Salah Makhlouf est « sauvé » et « réhabilité ».

En juillet 2018, Mustapha Lahbiri avait limogé Salah Makhlouf dans une purge menée à l’encontre de tous les anciens officiers fidèles à Abdelghani Hamel. A l’époque, le colonel Mustapha Lahbiri avait procédé à des changements dans les hautes fonctions de la police nationale. Les chefs de sûreté de quatre wilayas ont été déjà démis de leur fonction. Il s’agissait de Noureddine Berrachedi (Alger), Salah Nouaceri (Oran), Salim Djeydjey (Tipaza) et Salah Makhlouf (Tlemcen). Comme il avait été mis fin aux fonctions du contrôleur de police, Djilali Boudalia, chef des renseignements généraux. Tous les officiers et commissaires divisionnaires limogés étaient réputés d’être des acteurs incontournables du clan de Hamel au sein de la DGSN.

Salah Makhlouf se retrouve ainsi mis à l’écart et affecté à l’inspection régionale de la police du centre (Blida). C’est là-bas qu’il va côtoyer un certain Farid Zineddine Benchikh qui occupait les fonctions d’Inspecteur régional de la région Centre de la sûreté nationale depuis septembre 2019, l’homme qui deviendra plus tard… le nouveau patron de la DGSN le 16 mars 2021. Alors qu’il aurait pu être traduit en justice et croupir en prison comme de nombreux officiers de la DGSN parrainés par Abdelghani Hamel, Salah Makhlouf se retrouve miraculeusement repêché et promu à partir d’avril 2021 à la tête de toute la PAF de l’aéroport international d’Alger !

Pis encore, à partir du 23 août 2021, le patron de la DGSN va narguer ses détracteurs en offrant à Salah Makhlouf une promotion inédite en l’élevant au rang de premier patron de la toute la direction nationale de la PAF. Cette décision avait été prise en marge d’un mouvement partiel opéré par au sein de la DGSN pour permettre la nomination de sept nouveaux patrons à la tête de directions névralgiques particulièrement celles des Renseignements généraux et de la Police aux frontières. C’est dans ces conditions que le patron de la DGSN avait procédé à la nomination de Tahar Saïdani, contrôleur de police, au poste de directeur des renseignements, et de Salah Makhlouf, contrôleur de police, au poste directeur de la Police aux frontières.

Et depuis ce jour-là, la PAF algérienne sombré dans une véritable déchéance morale. Preuve en est, au lieu de se concentrer sur la sécurisation des aéroports et ports du pays en améliorant la lutte contre la contrebande et les réseaux des trafiquants activant dans le commerce international des produits illicites, les brigades et unités de la PAF étaient instruites par Salah Makhlouf d’embêter continuellement les personnalités politiques, les opposants algériens, les activistes du Hirak ou les journalistes indépendants ainsi que les membres de leurs familles lors des contrôles trans-frontaliers.

Et c’est ainsi que de nombreux parents ou proches de journalistes, activistes politiques ou militants des partis de l’opposition ont été refoulés brusquement des aéroports du pays pour leur interdire de voyager à l’étranger sans se référer à la moindre décision de justice pouvant justifier une telle mesure de privation d’une liberté fondamentale inscrite dans la Constitution de notre pays.

La traque des hirakistes et le verrouillage du champ des libertés de leurs familles ou proches sont devenu ainsi la seule priorité des hauts responsables et agents de la PAF dans l’optique d’offrir un soi-disant bilan politiquement correct et appréciable à leur premier patron Farid Zineddine Benchikh, l’homme qui se lançait régulièrement dans des opérations de séduction dans l’espoir de gagner la confiance aveugle du Chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, avec l’ambition de s’offrir une belle carrière au plus haut sommet du pouvoir algérien.

La PAF était devenue donc un instrument au service d’ambitions purement politiques oubliant ainsi la dimension sécuritaire indispensable à la sauvegarde de l’intégrité de nos infrastructures aéroportuaires. C’est dans ces circonstances que des réseaux de l’émigration clandestine ont pour faire des intrusions dans une facilité déconcertante dans des aéroports naguère impénétrables comme l’aéroport de Constantine ou celui de la capitale Alger provoquant dans ce sillage des tragédies bouleversantes avec la mort cruelle de jeunes harragas dont les cadavres gisaient dans des cachettes insoupçonnées aménagées au sein des avions d’Air Algérie.