Phosphate, chlore, zinc et plomb : de nombreux projets importants annoncés par l’Algérie n’ont pas encore vu le jour

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L’Algérie s’est lancée officiellement depuis 2020-2021 dans l’exploitation de plusieurs mines et minerais avec comme objectif de réaliser de nouveaux investissements qui permettront à notre pays d’obtenir de nouveaux revenus en devises grâce à une diversification de ses exportations encore largement dépendantes des hydrocarbures. Malheureusement, force est de constater que tous ces projets n’ont toujours pas encore vu le jour et demeurent uniquement des annonces théoriques sans lendemain. 

Et pourtant, des études ont été lancées et des pourparlers ont été entamés avec de nombreux investisseurs nationaux ou étrangers. A titre d’exemple,  le Groupe « Manadjim Al-Djazair » (MANAL) travaillait toute l’année 2021 sur le lancement plusieurs projets dans différents wilayas du pays. Il s’agit notamment du projet de bentonite à Hammam Bougrara à Maghnia (Tlemcen), du projet de dolomite à Teioualt (Oum El Bouaghi), du projet de carbonate de calcium à Sig (Maskara), du projet de diatomite dans la même zone, du projet de feldspath à Ain Berber (Annaba), et le projet de baryte à Koudia Safia (Médéa), en plus du projet de chlore et ses dérivés, en partenariat entre le groupe « Gipec » et « Enasel », actuellement au stade de maturité.

Tous ces projets sont restés à l’étude et aucune réalisation sur le terrain n’a été constatée alors qu’il s’agit de minerais ou de matières premières très recherchées dans le monde pour leur usage industriel et économique. Par exemple, la bentonite, appelée aussi montmorillonite, est l’une des argiles de guérison les plus efficaces et les plus puissantes. Elle peut être utilisée en usage externe sous forme de cataplasme d’argile, de boue ou encore dans un bain. Elle entre dans la composition de nombreuses recettes de soins de la peau. Grâce à son apport en calcium, la dolomite est également très recherchée dans l’industrie pharmaceutique car elle favorise la solidité de l’ossature osseuse et le maintien d’une dentition saine. Elle joue également un rôle de premier plan dans la contraction musculaire, la coagulation sanguine, la transmission nerveuse et la libération d’hormones.

Le carbonate de calcium est également un produit naturel recherchée par les industriels principalement dans la production des dentifrices comme épaississant et abrasif doux. Il est aussi recherché pour son pouvoir opacifiant, notamment comme support blanc dans les produits de maquillage. Malgré tous ces débouchés économiques stratégiques, aucun projet d’exploitation minière n’a encore pu voir le jour à cause des lenteurs de l’administration algérienne et l’absence d’une stratégie industrielle efficace ou le manque d’attractivité du pays en matière d’investissements étrangers étant donné que ces projets miniers exigent des investissements financés par des capitaux importants en devises.

A travers ces projets, l’Etat algérien ambitionnait de chercher à valoriser les ressources minérales pour créer de la richesse, à rechercher en permanence de la valeur ajoutée, à créer des opportunités d’emplois, notamment dans les zones reculées et d’ombre, ainsi qu’à répondre aux besoins en matières premières utilisées dans diverses activités industrielles, notamment les industries manufacturières. Des objectifs louables, mais sans un bon mode de gestion et des investisseurs capables de mener jusqu’au bout ses projets, leur concrétisation est demeurée lointaine, incertaine.

Et pourtant, le département de l’Energie et des Mines a affirmé à maintes reprises qu’il multiplie les efforts pour réduire la facture d’acheminement de ces matériaux de l’étranger, qui coûtent annuellement au Trésor public des « sommes vertigineuses », et à exporter le surplus de certains matériaux.

Ces projets irréalisés, non-achevés ou retardés s’ajoutent à plusieurs autres méga-projets qui sont restés au stade de l’annonce sans aucune trace dans la réalité comme le projet intégré de phosphate, le fruit d’un partenariat entre la société Asmidal (filiale de Sonatrach), le Groupe MANAL et deux sociétés chinoises avec un investissement de l’ordre de 7 milliards Usd (sans compter les projets d’infrastructures connexes, estimés entre 5 et 6 milliards Usd). Des chiffres qui donnent le tournis, mais dans la réalité, pas la moindre trace d’une quelconque action concrète d’investissement.

N’oublions pas aussi le projet de mine de fer à Ghara-Djebilet (Tindouf) et le projet d’exploitation de gisements de zinc et de plomb à Oued Amizour (Bejaïa). S’agissant du projet de phosphate intégré, les autorités algériennes ont tenté de rassurer en expliquant qu’il avait atteint un stade suffisant de maturité et sera mis en œuvre selon un plan en trois phases, chacune d’une durée de cinq ans. Sa réalisation sera accompagnée d’un autre projet dans la région de l’El Aouinet (Tébessa) relatif à la fabrication de produits de phosphate, qui « fera de l’Algérie l’un des principaux producteurs et exportateurs d’engrais phosphatés au niveau international », a affirmé récemment le ministère de l’Energie.

La production du projet l’El Aouinet devrait démarrer en 2023, selon la même source, qui prévoit un chiffre d’affaires annuel de 260 millions de dollars. Or, ce méga-projet remonte à 2017/2018 et il devait entrer en vigueur depuis 2020/2021. Le partenaire chinois a été remplacé dans des conditions troublantes et les nouveaux termes d’attribution de ce mégaprojet ont suscité un scandale sans précédent comme il a été expliqué à maintes reprises par les investigations d’Algérie Part. 

Quant au projet de la mine de zinc et de plomb à Oued Amizour, qui contient des réserves exploitables estimées à 34 millions de tonnes, avec une production annuelle estimée à 170 000 tonnes de concentrés de zinc, et 30 000 tonnes de concentrés de plomb, le ministère de l’Energie et des Mines avait fait état de « la prise de mesures nécessaires pour réunir les conditions de lancement du projet, notamment en ce qui concerne les aspects liés à la sécurité et à la protection de l’environnement ». Encore des annonces qui n’ont jamais été accompagnées par un quelconque plan d’action concret.

Pis encore, fin mars 2022, le ministère de l’Energie et des Mines avait reconnu des changements dans ce projet en annonçant dans un communiqué public « une nouvelle reconfiguration des parts dans la société en charge du projet a été opérée afin de se conformer à la règle 51/49 ».  « Dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie des pouvoirs publics afférente à la concrétisation des projets structurants, notamment le projet d’exploitation du Plomb zinc d’Oued Amizour, une nouvelle reconfiguration des parts dans la société en charge du projet Plomb Zinc d’Oued Amizour a été opérée afin de se conformer à la règle 51/49 », avait expliqué le communiqué.

« La partie algérienne a donc repris le contrôle de la société, suite à la cession de 16 % des actions du partenaire étranger au profit des filiales du Groupe Manadjim El-Djazair », avait précisé la même source ajoutant que « la nouvelle entreprise sera constituée de l’Entreprise Nationale des Produits Miniers Non-Ferreux et des Substances Utiles Spa (ENOF) et l’Office National de Recherche Géologique et Minière (ORGM) avec 51% et la société australienne TERRAMIN avec 49% ».  Selon le ministère de l’Energie et des Mines, les actionnaires, à travers leurs représentants au niveau du Conseil d’Administration de la société commune,  « ont décidé de passer à l’exploitation minière conformément à l’étude de faisabilité du projet, approuvée dans le respect des règles édictées par les exigences liées à la préservation de l’environnement ». C’est dire que ce projet qui remonte jusqu’aux débuts des années 2000 continuent de traîner et en 2022, l’Algérie négocie encore et toujours des pactes d’actionnariats sans aboutir pour autant au lancement définitif de ce projet.

Concernant enfin le projet de Ghar Djebilet, le ministère de l’Energie avait annoncé aussi « la possibilité de démarrer l’exploitation cette année (2022) et d’exporter du fer brut vers la Chine a été étudiée ». Ces premières opérations commerciales devraient se dérouler à partir des installations pilotes et après confirmation de bruts concentrés et de poudre de fer (avec une capacité de production de 50 mille tonnes/an chacune), avant que le projet n’entre dans la phase d’exploitation à grande échelle avec une capacité d’extraction annuelle de 40 à 50 millions de tonnes de fer brut.

Or, cela nécessite la réalisation d’installations, dont le coût varie d’un milliard à 1,5 milliard de dollars par an sur une période allant de 8 à 10 ans. Mais sur le terrain, pas un seul de ces chantiers de réalisation n’a été lancé pour permettre l’avancement sérieux du projet de Ghar Djebilet. Les études techniques et financières de ce mégaprojet n’ont mêmes pas été encore achevées, certifient des sources bien introduites au sein du ministère de l’Energie et des Mines à Algérie Part. Toutes ces anomalies, ces irrégularités témoignent d’une alarmante mauvaise gestion des ressources minières du pays. Annoncer des projets ne suffit pas pour les réaliser et les concrétiser. La création de richesses et d’emplois demeure encore un processus trop compliqué pour des dirigeants algériens incapables de maîtriser les tenants et aboutissants d’une bonne gouvernance.