Nouvelle décision inconsciente du gouvernement algérien : arrêt brutal dès l’année prochaine de l’importation des semences maraîchères

0
339
Gros plan des mains présentant des graines de blé et de colza. Nouveaux modèles de production illustrant la démarche « agricultures : produisons autrement »: Hugues MARTEAU, agriculteur céréalier.

C’est une nouvelle mesure totalement radicale que vient de prendre le gouvernement algérien. Une décision qui soulève de nombreuses interrogations sur le degré de bon sens dont font preuve les dirigeants algériens. Et pour cause, sans la moindre planification ni la garantie d’une autosuffisance nationale, le gouvernement algérien vient d’adopter l’arrêt brutal dès l’année prochaine, de l’importation des semences maraîchères. Et sans ces semences, il est impossible d’assurer une production agricole des légumes de large consommation. 

C’est le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, qui a annoncé personnellement hier jeudi 11 août à Alger l’arrêt, dès l’année prochaine, de l’importation des semences maraîchères. Benabderrahmane qui sillonnait les stands de l’exposition organisée en marge de la cérémonie d’inauguration de la Banque nationale des semences, a mis en exergue l’importance de sensibiliser tous les opérateurs agricoles quant à l’arrêt, à partir de l’année prochaine, de l’importation des semences maraîchères. Pour le Premier ministre cette décision n’est nullement motivée par un manque de ressources financières, mais plutôt par la nécessité de mettre un terme à la consumation des énergies algériennes, d’autant que les instituts et universités forment un nombre important d’étudiants dans diverses spécialités agricoles.

Or, le Premier ministre n’a dévoilé aucun plan concret ou précis qui assure à l’Algérie une autosuffisance en matière de production des semences maraichères qui sont incontournables pour la production des légumes les plus consommés par la population algérienne.

Il faut savoir que l’Algérie importe pas moins de 95% de semences des cultures maraîchères. C’est Aissa Zeghmati, expert en sciences agronomiques qui a révélé ce terrible constat lors d’une intervention sur les ondes de la radio algérienne. Cet expert a reconnu, certes, que notre pays est naturellement très riche en ressources phytogénétiques, mais notre production nationale de ces semences demeure encore très dérisoire et faible.  Cet expert est également le représentant de la Société algérienne des bonnes pratiques agricoles. Il avait été également  le coordinateur national du projet de la stratégie nationale à l’export (SNE) au niveau du ministère du Commerce entre 2017 et 2018.

« La semence, qui est le point de commencement de l’agriculture, source du changement et du développement et de la restauration de toutes les espèces végétales. La semence constitue un point important voire stratégique dans la sécurité alimentaire d’un pays « , a expliqué encore Aissa Zeghmati dans son intervention à la radio nationale en expliquant qu’à « l’échelle mondiale, il y a 10 entreprises qui dominent pratiquement 75% du marché mondial (des semences) avec un chiffre d’affaires qui avoisine les 26 milliards de dollars », a-t-il ajouté.

L’Algérie est donc un acteur très insignifiant de ce marché mondial très complexe. Comment peut-elle rompre en une seule année avec les importations des semences maraichères ? Comment peut-elle fournir ces semences précieuses à ses agricultures si elle n’en produit pas plus de 5 % de ses besoins nationaux ? Le Premier-ministre algérien n’a jamais répondu raisonnablement à ces interrogations légitimes.

Il faut reconnaître que l’Algérie a pu développer ces dernières années ses propres semences à l’instar des grandes cultures (céréales), où elle est pratiquement autonome. Mais ce processus a duré pas moins de 25 ans. Par ailleurs, l’Algérie importe depuis 2020 20% seulement des besoins en semences de pomme de terre pour près de 80 millions d’euros/an, pour les revendre ensuite aux agriculteurs au prix de 190 DA/kg. Les 80% sont couverts par la production locale au prix de 60DA/kg. Mais pour atteindre un tel niveau d’autonomie, notre pays a fourni d’importants efforts pendant plus de 10 ans pour mettre en place une véritable production de la semences de pomme de terre.

Il est donc impossible de remplacer l’importation des semences maraichères par une production nationale en seule année. Ce délai est ultra court et le défi est tout bonnement irréaliste. Cette nouvelle décision des autorités algériennes risquent de perturber dangereusement la production agricole en provoquant une pénurie des semences maraichères. Ce qui conduira à de nouvelles augmentations vertigineuses des prix des légumes et des produits maraichers comme les tomates, les oignons, les salades, les concombres ou les épinards, etc.