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lundi, février 6, 2023

Naguère grenier de l’Europe, l’Algérie transformée en dépotoir des produits importés : le gâchis du régime algérien

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L’Algérie, un pays qui importe chaque année une dizaine de milliards de dollars de nourriture et de produits alimentaires pour satisfaire les besoins de sa population. L’Algérie, un pays totalement dépendant de l’extérieur pour se nourrir et survivre à une crise alimentaire. C’est, malheureusement, la situation de l’Algérie d’aujourd’hui. Or, dans le passé, la situation n’était guère semblable. Au contraire, l’Algérie était naguère le grenier de l’Europe, à savoir l’un des plus gros exportateurs de produits agricoles et alimentaires vers l’Europe ! 

Oui, malheureusement cette époque date de la période coloniale. Avant l’Indépendance de notre pays, les terres fertiles de l’Algérie nourrissaient la France et plusieurs pays européens.

Entre 1947 et 1948, des images d’archives conservées par l’Institut National de l’Audiovisuel en France (INA) montrent des récoltes à profusion de pommes de terre, carottes, artichauts, pois, haricots verts, tomates alors qu’en France, à cette époque-là, les vergers fleurissent à peine. Les courriers d’Algérie transportent des cerises, des abricots que le soleil a fait mûrir en avance et qui sont en Europe les annonciateurs du printemps. Et quand le verglas et la neige recouvrent les campagnes européennes, les clémentines, les citrons, les oranges, dates au goût de miel mettent sur les tables par leur couleur un rayon de soleil.

Les chiffres de cette époque sont éloquents et épatants : au cours de l’automne et de l’hiver 47 et 48, l’Algérie a exporté 900 000 quintaux d’agrumes, 200 000 quintaux de dattes, 350 000 quintaux de figues sèches. Au cours de l’année tout entière plus de deux millions de quintaux de fruits et de légumes frais, pendant le seul printemps de 1948, 700 000 quintaux de pommes de terre nouvelles ont été importées d’Algérie, nous apprennent ainsi les images d’archives de l’INA.

Revenons un peu en arrière. En 1936, les productions agricoles et animales représentent 90 % des exportations de l’Algérie colonisée. A cette époque-là, l’Algérie était qualifiée d’Amérique californienne en raison de la fertilité de ses terres, des territoires vastes de ses exploitations agricoles et de la modernisation de son agriculture. Malheureusement, une agriculture monopolisée essentiellement par les propriétaires colons.

Selon plusieurs études historiques, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, 25 700 propriétaires possédaient 2 300 000 ha, soit une moyenne de 90 ha par propriété. Un quart de ces propriétaires agricoles, des colons, disposait chacun de 100 ha et plus et concentre plus des trois-quarts de la propriété européenne. Une très forte mécanisation constitue la deuxième caractéristique de cette agriculture coloniale, qui émerveillait le sociologue, historien et géographe français, André Siegfried en 1943 : « on est alors en pleine Amérique californienne ! », disait-il.

L’Algérie, paradis de l’agriculture, c’est une réalité historique qui remonte à plusieurs siècles.  Grâce à un climat généreux et des plaines fertiles, l’Algérie était pendant de nombreuses décennies, le grenier qui pourvoyait les pays de l’Europe en blé dur mais, aussi en fruits et légumes frais, toutes les saisons de l’année. Chaque jour, les cargos de l’air y déposaient les primeurs en fruits et légumes. En 1852, un recensement dans la région de Blida fait ressortir qu’il existait 170 hectares d’orangers et 22 300 arbres. Cela signifie que Blida était déjà célèbre bien avant cette date pour ses « orangeraies ». En plus des agrumes, l’Algérie était aussi un grand producteur de céréales. En 1928, l’Algérie a exporté 1 867 484 quintaux de blé vers la France et 68 314 quintaux vers d’autres pays Européens.

Durant les années 1947-1948, 900 000 quintaux d’agrumes, 200 000 quintaux de dattes, 377 000 de figues sèches, sont exportés vers la France. Durant le printemps de l’année 1948, 700 000 quintaux de pommes de terre nouvelles, sont déchargés dans les ports Français. Pendant toute l’année, il fut comptabilisé une quantité de 2 millions de quintaux de fruits et légumes frais. En 1958, les agrumes d’Algérie constituaient 10% du taux des exportations vers les villes Européennes et détenaient la deuxième place après le vin qui était le produit clé sans rival. Ensuite venaient les lièges et les tabacs.

Mais après l’Indépendance du pays, l’agriculture algérienne a commence à décliner très fortement au point de sombrer dans une quasi-paralysie faisant de l’Algérie un pays qui doit importer massivement à l’étranger pour nourrir sa population qui ne cesse pas de croître : de 12,7 millions d’habitants en 1965, l’Algérie était passée à près de 23 millions d’habitants en 1985 pour dépasser ensuite les 29 millions d’habitants en 1995.

Mais les dirigeants algériens refusent d’assumer la responsabilité du gâchis et certains d’entre-eux estiment que la crise de l’agriculture algérienne avait commencé bien avant l’Indépendance.

En décembre 2009, dans les colonnes du quotidien francophone El Watan,  Mohamed Elyes Mesli, ancien ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali, avait fait savoir « qu’une rétrospective rapide montre que l’agriculture n’était pas si florissante avant 1962. Au milieu des années 1950, la balance commerciale agricole connaissait un fléchissement net. Le pays allait vers un déficit ».

« Le pouvoir colonial, interpellé, a pour cela initié une opération de réforme agraire. Les experts prédisaient en effet que la production locale n’allait plus couvrir les besoins nationaux et qu’on allait vers des importations importantes de céréales et de légumes secs. Voilà une réalité qu’il ne faut pas perdre de vue », avait souligné le même ministre algérien.

Mais, force est de constater que depuis 1962, les politiques agricoles de l’Etat algérien ont conduit le pays vers la catastrophe : nationalisation des terres, domaines autogérés, puis vint la révolution agraire qui, loin de révolutionner l’agriculture, n’a fait que l’enliser davantage dans le marasme. En 2000, le lancement du plan national de développement agricole (PNDA), devenu plus tard PNDAR après qu’on eut décidé de lui ajouter la dimension rurale, réussit à susciter l’engouement chez les différents acteurs du secteur agricole. Le gouvernement reconnaissait à l’époque l’échec des politiques précédentes en soutenant que la nouvelle politique apportera une véritable rupture par rapport aux actions menées jusque-là. Cette initiative lancée en grande pompe devait redorer le blason à l’agriculture algérienne. Malheureusement, les aléas climatiques et surtout politiques vont saboter toutes ces initiatives.

Aujourd’hui, en 2020,  le pays qui fut le grenier de l’Europe est confronté à une terrifiante problématique : comment assurer sa sécurité alimentaire dans un monde totalement déstructuré par la pandémie du COVID-19 ? 

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