Macron à Alger après une longue crise diplomatique avec l’Algérie : « Il faut pouvoir se fâcher pour se réconcilier »

0
328

La relation franco-algérienne est une « histoire d’amour qui a sa part de tragique », a fait remarquer le Président français Emmanuel Macron au deuxième jour de sa visite officielle en Algérie. Interrogé ce vendredi matin à Alger par des journalistes français sur la crise diplomatique provoquée par ses propos sur la « rente mémorielle » du système « politico-militaire algérien » et la nation algérienne, Emmanuel Macron a répondu qu » »il faut pouvoir se fâcher pour se réconcilier ».

« C’est presque psychanalytique dans la vie des nations », a-t-il dit, soulignant qu’après les guerres, il y a toujours une période d' »oubli » mais que « ces dernières décennies, on assiste au retour du refoulé », du « ressentiment » et au « fantasme sur l’histoire ».

Alors qu’il avait été appelé par de nombreux collectifs d’activistes algériens fidèles au Hirak avant sa venue à « ne pas occulter » à Alger la « dégradation des droits humains dans le pays », M. Macron a dit avoir abordé le sujet avec le président Tebboune « avec beaucoup de liberté ».

À propos du gaz algérien qui suscite toutes les convoitises, M. Macron s’est défendu d’être « allé à Canossa » pour en quémander en Algérie, soulignant son faible poids dans le mix énergétique français (environ 20 %). Il a au contraire « remercié l’Algérie » d’avoir accru ses livraisons via le gazoduc Transmed à l’Italie, ce qui permet d' »améliorer la diversification de l’Europe », auparavant trop dépendante du gaz russe pour ses approvisionnements.

Dans l’après-midi, le président français a rencontré de jeunes entrepreneurs avec l’ambition de créer un incubateur franco-algérien de start-up numériques. Plus tôt, le chef de l’État français s’est rendu au cimetière européen Saint-Eugène, le principal de la capitale du temps de la colonisation française de l’Algérie. Il a déposé une gerbe devant un monument aux « morts pour la France », pendant que retentissait la « sonnerie aux morts » avant la Marseillaise entonnée par le chœur de l’armée française. Devant la tombe en marbre de Roger Hanin, acteur metteur en scène né en Algérie, il s’est recueilli avec, à ses côtés, le réalisateur Alexandre Arcady et l’économiste Jacques Attali, tous deux nés en Algérie.

Ensuite, au milieu des pins et cyprès, il a longuement déambulé entre les différents secteurs, chrétien, militaire, puis s’est particulièrement attardé dans le carré juif. Autre temps fort de la journée : la visite de la Grande Mosquée d’Alger, avec son minaret monumental, après laquelle Emmanuel Macron rejoindra dés ce vendredi soir Oran (à l’Ouest) pour poursuivre son périple algérien.