Lorsqu’un diplomate français essaie de comprendre « l’opacité » et la « complexité » du régime algérien

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Le régime algérien est l’un des systèmes politiques les plus obscurs et les plus compliqués du monde. Et c’est un chevronné diplomate français qui vient de le reconnaître dans un livre paru récemment à Paris. Ce diplomate c’est l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt. Ce dernier a publié le 16 mars dernier livre porte un titre ô combien significatif et révélateur à la fois de la fascination et l’inquiétude qui éclaboussent les dirigeants français lorsqu’il traitent avec l’Algérie : « L’Enigme Algérienne ».

Dans l’un des chapitres de ce livre, celui qui fut ambassadeur de France en Algérie à deux reprises, à savoir de 2008 à 2012 et de 2017 à 2020, planche exclusivement sur la nature système algérien. Et Xavier Driencourt nous plonge ainsi à travers son livre dans les méandres d’un régime totalement méconnu y compris par son propre peuple, les Algériennes et Algériens.

« Le « système », ce n’est ni une structure, ni une organisation, c’est plutôt un mode de fonctionnement du pouvoir, un pouvoir volontiers qualifié, y compris par les officiels algériens, d’« opaque » », rapporte ainsi Xavier Driencourt qui révèle, par ailleurs, les confessions intrigantes qui lui ont été faites par l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, l’un des piliers du régime Bouteflika de 2013 jusqu’à 2019. « Ce qui fait notre force, c’est l’opacité de notre système », avait dit un jour le Premier ministre Sellal. Pour ma part, je dirais que, depuis 1962, et même depuis 1954, les fondamentaux du « système » restent inchangés : opacité, nationalisme sourcilleux, place prépondérante de l’armée, un certain affairisme, surtout un discours antifrançais qui légitime le régime », indique dans son ouvrage l’ancien diplomate français aujourd’hui à la retraite.

« L’opacité et le secret, une forme d’équilibre entre ceux qui prennent les décisions dans une espèce de consensus, parfois brutal, le nationalisme et un discours évidemment antifrançais en étaient les lignes de force », analyse toujours Xavier Driencourt d’après lequel le régime algérien a tout de même « évolué au fil du temps » puisque « les assassinats qui avaient cours durant la guerre étant remplacés par des mises à l’écart, le mode de gouvernement de Ben Bella ou Boumediene différait de celui de Chadli, qui lui-même se démarquait de celui de Zeroual », a-t-il constaté au cours de sa longue expérience en Algérie à la tête d’ambassade de France.

« Telles que je voyais les choses, pendant la période durant laquelle Abdelaziz Bouteflika gouvernait seul, le « système » fonctionnait autour de lui, président, de l’inamovible chef des services secrets, le général Mediene, dit « Toufik », et, un peu à la marge, du chef d’état-major de l’armée, Lamari d’abord, Gaïd Salah ensuite. Évidemment, ces gens ne se réunissaient pas, il n’y avait pas, comme dans nos régimes, de réunions formelles avec un secrétariat et un relevé de conclusions », décrypte enfin Xavier Driencourt dans son livre qui restera pendant longtemps comme l’une des plus importantes autopsies de la nature très complexe d’un régime monopolisant le pouvoir en Algérie depuis l’Indépendance.