L’extrême fragilité des Banques Algériennes soulignée par une nouvelle étude internationale

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Les banques algériennes se trouvent dans une situation très fragile qui suscite des fortes inquiétudes jusqu’au plus haut niveau des institutions financières internationales. C’est le constat qui a été dressé par une évaluation approfondie menée par une récente étude réalisée par le département des « Etudes Economiques » de la célèbre banque française BNP Paribas, considéré comme le 8ᵉ plus important groupe bancaire international, présent dans 65 pays dont l’Algérie depuis 2002. BNP Paribas a rapporté en 2021 un produit net bancaire (PNB), équivalent du chiffre d’affaires pour le secteur, de 46,2 milliards d’euros.

Cette étude explique, de prime d’abord, que les banques algériennes vont profiter momentanément de l’embellie financière actuelle du pays.  « La remontée des cours du pétrole va aussi permettre de soulager le secteur bancaire. De fait, la pression sur la liquidité s’est déjà allégée. Après deux années difficiles, les dépôts bancaires ont rebondi
assez fortement depuis la mi-2021 », indique à cet effet cette étude de la BNP Paribas.

« En hausse de 15% en glissement annuel en avril 2022 (graphique 13), ils couvrent désormais 127% des crédits à l’économie contre moins de 100% en 2019 et 2020. Néanmoins, cette amélioration du ratio de liquidité est à relativiser », détaille encore cette étude qui relativise tout de même l’ampleur de l’impact positif des augmentations des revenus des hydrocarbures sur le secteur bancaire algérien.

Et pour cause, « l’envolée des recettes d’hydrocarbures, elle résulte en grande partie des rachats massifs de dette des entreprises publiques par le Trésor dans le cadre du programme de refinancement spécial mis en place en juillet 2021 », soulignent les experts à l’origine de cette étude approfondie consacrée aux évolutions de l’économie algérienne.

En dépit de l’augmentation des revenus en devises du pays grâce aux exportations du pétrole et du gaz, le financement bancaire des entreprises algériennes demeure déficient et recule. « Les encours de crédits aux entreprises publiques se sont contractés de 23%, entraînant de fait une baisse de 11% de l’ensemble des prêts à l’économie en raison de leur poids structurellement élevé dans le portefeuille de prêts bancaires », souligne à ce propos cette étude de la BNP Paribas laquelle rappelle que « les banques engagées dans le programme ont redirigé massivement leurs fonds vers les bons du Trésor ».

Cette situation démontre que les banques algériennes sont plus que jamais étroitement liées à l’Etat et n’ont aucune marge de manœuvre digne de ce nom. « Les liens traditionnellement étroits entre le système bancaire et l’État au sens large se sont encore un peu plus renforcés. De 20% à fin 2020, la part des créances bancaires sur le gouvernement central dans les créances totales est passée à plus de 40% actuellement. L’ensemble des créances sur le gouvernement et les entreprises publiques représente désormais 2/3 des créances totales contre 60% sur la décennie écoulée », argumente cette étude de la BNP Paribas.

Cette interdépendance des banques algériennes avec les pouvoirs publics présente un risque élevé pour la stabilité économique du pays. Et pour cause, la majorité des prêts bancaires et des financements accordés au profit de l’économie profitent, d’abord, aux entreprises étatiques qui ne sont pas rentables et ne dégagent aucun bénéfice.

« Compte tenu de la fragilité des finances publiques, cette augmentation de l’exposition sur le secteur public constitue une vulnérabilité pour les banques même si le risque à court terme s’est réduit grâce à la manne pétrolière », signale enfin cet effet l’étude de la BNP Paribas en concluant que les banques algériennes doivent être placées sous étroite « surveillance » à cause de la détérioration de certains indicateurs financiers et économiques du pays.