Les véritables conséquences de la guerre en Ukraine sur l’Algérie

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La guerre en Ukraine qui dure depuis la fin du mois de février dernier a produire et continuera de produire des conséquences diverses sur l’Algérie. Mais si notre pays semble résister plus au moins bien à court-terme aux conséquences de cette guerre inédite au coeur de l’Europe, à long terme, la stabilité économique et financière nationale risque d’être sérieusement compromise, a révélé à ce sujet le dernier rapport de la Banque Mondiale consacré à la situation économique en Algérie et publié sous le titre « Renforcer la résilience en période favorable ».

Publié le 3 août dernier, ce rapport a analysé profondément les enjeux de cette guerre et ses implications pour l’Algérie. Comme de nombreuses autres institutions financières internationales, la Banque Mondiale s’alarme du déséquilibre dangereux produit par cette guerre à l’encontre de l’économie mondiale et des perturbations des échanges commerciaux internationaux qui s’accentuent depuis le début des hostilités armées en Ukraine.

« À court terme,  la guerre en Ukraine devrait avoir un effet limité sur les flux commerciaux internationaux de l’Algérie », souligne d’emblée ce rapport de la Banque Mondiale spécialement consacré à l’Algérie. L’Institution de Bretton Woods confirme ainsi que les importations et exportations de l’Algérie ne seront pas grandement perturbées dans un premier temps en raison de la faiblesse des connexions liant l’économie algérienne à la Russie et l’Ukraine.

« Ni la Russie ni l’Ukraine ne sont de grands fournisseurs de l’Algérie, ce qui limite le potentiel de perturbation des importations. En 2020, la Russie était le 10ème
fournisseur de l’Algérie, représentant 2,5% des importations totales de produits, tandis que l’Ukraine ne figurait pas parmi les 15 plus grands fournisseurs », explique la prestigieuse institution financière internationale basée à Washington. Cette dernière précise en outre que « les exportations de l’Algérie vers ces deux pays sont proches de zéro ». Cependant, ce même rapport de la Banque Mondiale reconnaît que cette crise internationale née dans le sillage de la guerre en Ukraine « pourrait toutefois retarder les efforts de l’Algérie pour diversifier les fournisseurs mondiaux de blé en dehors de la France et du Canada ».

A ce sujet, la même source a expliqué en sa qualité de 6ème importateur mondial de blé, l’Algérie va beaucoup souffrir de l’inflation mondiale des prix des céréales car « la crise contribue à une augmentation marquée des prix mondiaux du blé ».

« Entre 2016 et 2020, les importations de blé de l’Algérie se sont élevées en moyenne à USD 1,8 milliards par an, et ont représenté 71% de la consommation intérieure, exposant le pays aux fluctuations des prix internationaux du blé. Selon les autorités, l’Algérie s’est
toutefois relativement mise à l’abri en important la majeure partie de ses besoins pour 2022. Si les prix devaient rester élevés pendant une période prolongée, l’effet de la faible pluviométrie actuelle sur la production nationale de blé pourrait cependant augmenter les besoins d’importation, avec des implications plus importantes pour la facture des importations », a souligné ainsi ce dernier rapport de la Banque Mondiale.

Ce rapport signale enfin que l’augmentation des cours mondiaux du pétrole et du gaz dans le sillage de cette guerre en Ukraine ne va pas profiter beaucoup à l’Algérie car cette « augmentation concomitante des prix du pétrole et du gaz fait largement plus que compenser la hausse du prix du blé, améliorant les déficits budgétaires et extérieurs », analysent à cet égard les experts de la Banque Mondiale.

Cependant, à court-terme, les revenus pétroliers et gaziers de l’Algérie lui permettront encore de faire face à l’inflation des prix des matières premières agricoles.  « Étant donné que les importations de céréales représentent 4 à 8% des exportations d’hydrocarbures, et que les subventions au blé prévues au budget représentent 5 à 9% des recettes pétrolières, l’effet net de la hausse des prix du blé et des hydrocarbures devrait être positif et l’augmentation des recettes d’hydrocarbures permettre à l’Algérie de financer les importations de blé et les subventions plus coûteuses à court terme, grâce aux recettes d’exportation plus élevées », reconnaît en dernier lieu le rapport de la Banque Mondiale. C’est dire que le défi principal de l’Algérie est de continuer à développer ses exportations pétrolières et gazières pour ne pas être ébranlée par les conséquences économiques et financières fâcheuses de la guerre en Ukraine. Et pour ce faire, il faudra consentir à des investissements très conséquents nécessitant la mobilisation d’importantes ressources financières.