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mercredi, février 8, 2023

Les très élevés taux d’intérêt en Algérie : l’autre « sabotage » qui empêche le développement du pays

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C’est un sujet qui demeure tabou. Un problème méconnu qui, pourtant, explique grandement la panne économique dans laquelle se trouve l’Algérie. Il s’agit des taux d’intérêt qui sont anormalement élevés en Algérie. Tellement élevés que les investisseurs sont pris à la gorge à chaque fois qu’ils osent réclamer des crédits d’investissements.  Cette situation inédite et injustifiée du point de vue économique provoque un ralentissement dangereux de l’activité économique en Algérie. Explications.

D’abord, un peu de pédagogie. Dans le monde de la finance, l’intérêt est la somme qu’un particulier, une entreprise ou un Etat paie à son créancier pour lui emprunter de l’argent. Il est exprimé en proportion du montant prêté : c’est ce pourcentage que l’on appelle le taux d’intérêt, ou loyer de l’argent. L’intérêt désigne ainsi à la fois la somme due par l’emprunteur et la rémunération reçue par celui qui prête l’argent. Il faut savoir que le niveau du taux d’intérêt a une influence incontournable sur la situation économique d’un pays.

Pourquoi ? Lorsque les taux sont faibles, les ménages, les entreprises et l’Etat peuvent s’endetter à peu de frais. Ils ont donc tendance à augmenter leur consommation et leurs investissements, ce qui pousse les feux de l’activité et dope la croissance et l’emploi. A l’inverse, lorsque le crédit est cher, les agents économiques limitent leurs emprunts et réduisent leurs achats, ce qui freine l’activité. Les taux bas dopent l’économie, les taux élevés la freinent. Et cet effet de levier est bien plus important qu’on ne se le figure intuitivement : 0,5% de hausse ou de baisse du loyer de l’argent, du taux d’intérêt, peuvent suffire à détruire ou à générer des milliers d’emplois. Dans certains secteurs, comme l’automobile ou l’ameublement, les ventes dépendent directement des capacités d’emprunt de la clientèle. Les décisions d’investissement des entreprises sont elles aussi extrêmement sensibles au niveau des taux. C’est le cas, en particulier, des programmes de recherche-développement, que bon nombre de sociétés financent uniquement grâce à des prêts. S’ils deviennent trop chers, elles cessent d’innover et perdent en compétitivité.

C’est dire donc que toute l’économie dépend de l’influence du taux d’intérêt pratiqué par les banques ou les établissements financiers. Dans les pays structurés et rigoureux, les variations du taux d’intérêt dépendent de plusieurs paramètres économiques.

Et pour cause, la persistance de taux faibles peut créer de l’inflation. Lorsque la demande de biens des ménages augmente plus vite que le PIB – ce qui est le cas lorsque le crédit est facile – les prix ont en effet tendance à s’emballer spontanément. L’économie entre alors en « surchauffe », avec une spirale de hausse des prix et des salaires, qui finit par grever la compétitivité du pays. C’est pour cette raison que le pilotage des taux nécessite un savoir-faire et une vision pragmatique de la situation d’un pays.

En règle générale, dans les pays développés, lorsqu’elles estiment que l’inflation est trop faible (moins de 2,5%) ou qu’il faut relancer l’activité pour l’emploi, les banques réduisent leur taux d’intérêt. Mais quand elles jugent au contraire l’inflation trop élevée ou l’économie en surchauffe, elles le montent.

En Algérie, force est de constater qu’aucune logique économique sérieuse n’est mise en avant pour gérer le taux d’intérêt. Etant donné les impératifs de la situation économique en Algérie marquée par la paralysie, l’inactivité et l’augmentation du chômage, il est essentiel de faire repartir la croissance et soutenir l’investissement en ramenant les taux d’intérêt appliqués aux prêts bancaires dédiés aux investisseurs à des niveaux bas. Ce n’est pas le cas en Algérie puisque ces taux tournent autour de 6 à 8%, ce qui n’est pas de nature à aider la relance l’investissement.

Le jeudi 23 décembre 2021, la banque centrale algérienne avait fixé les seuils des taux d’intérêt excessifs applicables au premier semestre de l’année 2022. La Banque d’Algérie a fixé le seuil du taux d’intérêt excessifs à 8,77%, pour les crédits à la consommation à 10,97% et pour les crédits à court terme à 9,01%. S’agissant des crédits à moyen terme, la banque centrale a fixé le seuil du taux d’intérêt excessifs à 8,26% et pour les crédits à long terme à 8,22%. Pour ce qui est du crédit de financement de l’habitat, la Banque d’Algérie a fixé le seuil du taux d’intérêt excessifs à 7,73% et pour le leasing à 13,03%.

Ces taux d’intérêt sont anormalement élevés et ne correspondant nullement aux besoins réels du pays. A titre de comparaison, dans les pays développés, le taux d’intérêt dans les crédits immobiliers ne dépasse pas les 2 % ! Le taux d’intérêt des prêts immobiliers en Espagne varient selon que l’emprunt est contracté à un taux fixe, variable ou taux d’intérêt mixte. Les taux d’intérêt fixes oscillent actuellement entre 1,75 et 2,75 %. En Suisse, les taux fixes sont de moins de 1 % y compris pour un crédit immobilier d’une durée de 25 ans.

En France, le taux d’intérêt varie de 1 jusqu’à 1,40 % selon la durée du crédit contracté par les particuliers. La structure d’un prêt immobilier en Allemagne est la suivante : 5, 10, 15 ou 20 ans à taux fixe ou variable et taux d’intérêt est généralement 1,4 % à 2,5 % en fonction du dossier de l’emprunteur. Au Portugal, en 2021, le taux d’intérêt moyen appliqué aux nouveaux prêts immobilier avait atteint la valeur la plus basse jamais enregistrée, soit 0,80%.

C’est dire que les taux d’intérêt en Algérie sont incroyablement élevés alors que le pouvoir d’achat des algériens est très faible en raison de leur rémunération dérisoire et la morosité de la croissance économique de leur pays.

Un autre constat accablant peut être fait concernant  les taux d’intérêt des dépôts à vue qui sont incroyablement très faibles en Algérie et ne favorisant pas l’épargne et le captage des ressources par les banques algériennes alors que l’Etat algérien est engagé en faveur de la réduction de la circulation de l’argent dans le secteur informel. En février-mars 2021, les taux d’intérêt appliqués aux épargnants tournent autour de 2%, soit en dessous du taux d’inflation qui était, officiellement, de 2,4%, ce qui fait que les déposants perdent au change puisque leur épargne ne le rapporte pas la moindre plus-value.

De l’avis unanime, tous les économistes ont encouragé les autorités algériennes à renforcer la bancarisation du pays en ciblant l’épargne et en relevant le taux d’intérêt des dépôts pour l’indexer sur la dépréciation du dinar et sur l’inflation, tout en appliquant deux autres taux inférieurs : un pour les crédits à la consommation et un autre, beaucoup plus bas, pour l’investissement nettement inférieur au taux des dépôts. Une telle solution aurait pu stabiliser la croissance économique du pays en renforçant l’investissement créateur d’emplois et de richesses. Au lieu de cela, les autorités algériennes optent pour une politique de taux d’intérêt digne d’un véritable « sabotage ». Incompréhensible !

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