Les transferts d’argent de la diaspora : pourquoi l’Algérie doit s’inspirer en urgence de l’Egypte et du Maroc

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Demonstrators wave an Algerian flag at the Monument to the Republic during a protest against President Abdelaziz Bouteflika seeking a fifth term in a presidential election set for April 18, in Paris, France, February 24, 2019. REUTERS/Charles Platiau

Comme il a été constaté et expliqué dans une précédente publication, l’Algérie peine à exploiter le véritable potentiel économique et financier de sa diaspora à l’étranger. En 2021, seulement 1,8 milliard de dollars ont été transférés par la diaspora algérienne à l’étranger vers son pays natal  contre 1,6 milliard de dollars en 2020. On est loin des 10,4 milliards de dollars transférés vers son pays d’origine par la diaspora marocaine ou les 31,5 milliards de dollars USD transférés par la diaspora égyptienne. Ces fonds en devises permettent réellement à ces deux pays de financer de nombreux investissements de grande utilité publique pour leur développement. Que doit donc faire l’Algérie pour emboiter le pas à l’Egypte ou le Maroc afin de bénéficier de transferts de fonds plus conséquents de la part de sa diaspora ? 

D’abord, cette démarche nécessite une prise de conscience au plus haut sommet de l’Etat algérien. L’Algérie doit se lancer dans l’exploration de nouvelles solutions de financement en considérant les produits d’épargne destinés aux migrants pour leurs pays d’origine comme une source alternative d’endettement aux systèmes bancaires et financiers internationaux traditionnels.

Et dans ce chapitre, l’Algérie pourrait s’inspirer facilement de l’expérience de l’État égyptien qui avait lancé en mars 2012 des certificats de dépôts en dollars destinés aux Égyptiens résidant à l’étranger.  L’objectif était d’apporter des devises en dollars au trésor de l’État dans un contexte de baisse des réserves de change (tombées de 36 milliards de dollars à moins de 15,7 milliards de dollars depuis février 2011).

Sous l’impulsion de la Banque centrale d’Égypte, les banques égyptiennes ont développé une gamme de comptes à vue et d’épargne adaptées à la diaspora : Transferts d’argent et nantissements des transferts de fonds (prêts hypothécaires). Certificats de dépôt rémunérés, en devises ou monnaie locale. Bons de caisse rémunérés, en devises ou en
monnaie locale. Comptes courants rémunérés ou non, en devises ou monnaie locale.

Le principal attrait de ces produits, dont les banques sont libres de fixer la rémunération, est un taux d’intérêt on-shore élevé exempts de conditions. Malgré la stagnation des transferts financiers, depuis 2015 en raison des conflits au Moyen Orient, région de concentration de la diaspora égyptienne, l’Egypte reste solidement ancrée au 6ème rang mondial des pays récepteurs de transferts financiers.

Ces expériences abouties en Egypte démontrent que des solutions d’épargne et de
financement conçues pour la diaspora permettent de développer les flux financiers ou à minima d’atténuer les effets de la baisse structurelle des réserves de change.

L’Algérie pourrait aussi apprendre de l’expérience marocaine. Les banques marocaines ont déployé un réseau relativement dense constitué d’environ cent cinquante agences de proximité localisées dans les pays où réside la diaspora marocaine : France, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne et Royaume-Uni. Ce réseau transnational applique des frais de transferts très bas (en moyenne inférieur à 3%). Certaines banques proposent ponctuellement des offres de transferts d’argent sans frais vers le Maroc.

Contrairement aux banques marocaines, les banques algériennes sont demeurées bureaucratiques et incapables de partir à l’étranger pour s’implanter et proposer des mesures de facilitation en faveur de la diaspora algérienne. Malheureusement, depuis 2013/2014, des projets d’implantation de banques algériennes en France, le pays qui abrite la plus grande communauté algérienne établie à l’étranger, sont à l’étude et rien de concret n’a été réalisé. En l’absence d’un dispositif bancaire et fiscal attractif, les transferts de fonds de la diaspora algérienne vers son pays d’origine ne connaîtront aucune évolution notable. Et l’Algérie continuera ainsi de rater une précieuse opportunité de financer son développement économique et humain.