Les tensions politiques opposant l’Algérie à l’Espagne provoquent une explosion du nombre des Harragas algériens

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Les tensions politiques opposant depuis plusieurs jours l’Algérie à l’Espagne ont provoqué d’ores et déjà une explosion du nombre des Harragas parvenant en toute illégalité et au péril de leur vie jusqu’aux plages espagnoles. Depuis le 7 juin dernier, plus de 70 % des nouveaux migrants clandestins secourus ou interceptés par les garde-côtes espagnols en haute mer sont des ressortissants algériens, nous apprend à ce sujet l’ONG Centre International pour l’Identification de Migrants Disparus (CIPIMD) qui se trouve à Malaga en Andalousie (Espagne) et qui se mobilise au quotidien pour appuyer les recherches des secours en mer dans l’espoir de sauver des migrants algériens d’une mort tragique lorsqu’ils tentent d’atteindre les plages espagnoles. 

En effet, selon cette source, rien que durant la journée du 8 juin, plus de 35 embarcations clandestines ont transporté plus de 450 harragas jusqu’aux rivages des côtes d’Almeria, Cartagena et les îles Baléares, au sud de l’Espagne. En 72 heures, l’ONG CIPIMD a affirmé avoir alerté les secours espagnols pour venir en aide à pas moins de 11 embarcations confrontées à des difficultés dangereuses en haute mer. Ces embarcations transportaient essentiellement des migrants algériens.

70 % des 450 Harragas interceptés par le service maritime de la Guardia Civil espagnole sont des migrants de nationalité algériens. Les autres proviennent du Maroc ou de l’Afrique sub-saharienne ains que de Syrie, certifie à ce propos la CIPIMD. Cette source a déploré la disparition d’une embarcation provoquant ainsi la mort dramatique de 4 migrants dont un enfant âgé d’à peine 11 ans. 12 migrants ont pu survivre miraculeusement au naufrage de cette embarcation. La CIPIMD n’a pas précisé la nationalité de ces migrants infortunés.

Cependant, la même source a confirmé la disparition d’une autre embarcation de fortune depuis le 1 juin dernier. Il s’agit d’un barque motorisée qui avait pris la mer depuis les plages de la wilaya d’Alger. Cette embarcation transportait pas moins de 8 migrants et elle était à la dérive en Méditerranée depuis plus de 9 jours. D’après la CIPIMD, un migrant est déclaré décédé et deux autres migrants ont été déclarés disparus alors que 5 Harragas algériens ont été secourus par les garde-côtes espagnols échappant ainsi à une mort certaine.

Ces drames interviennent dans un contexte politique houleux marqué par la rupture de la coopération bilatérale entre l’Algérie et Espagne en matière de lutte contre l’émigration clandestine. En effet, l’Algérie a décidé de suspendre le Traité d’amitié qui la lie à l’Espagne depuis 20 ans. Cela signifie que tous les accords conclus dans le cadre de ce traité pour lutter efficacement contre le fléau de l’émigration clandestine et les réseaux criminels qui profitent de la détresse des migrants clandestins ont été suspendus.

C’est dans le cadre de ce traité d’amitié qu’un accord phare a été conclu pour officialiser la ratification du protocole entre le gouvernement algérien et espagnol relatif à la circulation des personnes. Ce protocole avait été signé et approuvé par Alger en décembre 2003 après avoir été discuté et élaboré en juillet 2002 à Madrid. Cet accord prévoit justement de remettre les ressortissants algériens séjournant de manière illégale sur le territoire espagnol même si lorsque ceux-ci ne sont pas en possession de leurs passeports ou cartes d’identité valides. En vertu de cet accord, l’Algérie s’était engagée à délivrer les laissez-passer consulaires pour permettre l’expulsion de ces migrants clandestins algériens jugés encombrants par l’Espagne. En guise de sanction contre la position espagnole favorable aux intérêts marocains dans le dossier du Sahara Occidental, l’Algérie a suspendu toutes les dispositions de coopération prévues par cet accord ouvrant ainsi une grande porte à toutes les dérives en matière d’émigration clandestine.

Cette attitude risque d’arranger grandement les réseaux de la harga qui profiteront de ces tensions politiques entre les deux Etats afin d’augmenter le nombre des « dessertes maritimes clandestines » depuis les plages algériennes vers les côtes du sud de l’Espagne. Cet été 2022 promet ainsi d’être très mouvementé sur les routes maritimes de la harga entre l’Algérie et l’Espagne.