Les exportateurs algériens privés de l’équivalent de 260 millions d’euros de soutiens qui dorment en toute opacité dans les caisses du ministère du Commerce

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Dans leur discours public, les dirigeants algériens ne cessent de promettre de renforcer la diversification de l’économie nationale en soutenant les exportations hors-hydrocarbures. Mais dans la pratique, les aides ou les subventions promises ainsi que les budgets dédiés en théorie au soutien des exportateurs algériens n’ont jamais été dépensés et continuent de dormir étrangement dans les caisses du ministère algérien du Commerce alors que des exportations infortunés sont confrontés à toutes les difficultés pour obtenir des facilités qui leur permettent de vendre leurs produits à l’étranger et de procurer des devises pour le Trésor Public du pays.  

C’est effectivement la situation qui règne en Algérie depuis au moins 2016. Et pour cause, le ministère du Commerce dispose officiellement du contrôle d’un fonds spécial qui a été entièrement dédié à la promotion des exportations et au soutien des exportateurs algériens. Ce fonds spécial est illustré par le compte d’affection spéciale (CAS) n° 302-084 intitulé « fonds spécial pour la promotion des exportations ».  Ce CAS bénéficie des ressources particulières issues de la taxe interne sur la consommation (5%) conformément à l’article 80 de la loi de finances 2016.

Malheureusement, malgré l’importance du volume des recettes au cours de la période 2016 à 2018, passant 32 Mrds de DA à 42 Mrds de DA, à savoir l’équivalent de 260 millions d’euros,  le niveau des consommations des crédits n’a pas dépassé le taux de 1% durant les années 2016 2017 ou 2018, atteignant, seulement, 553 millions de DA en 2018. Un véritable gâchis.

Selon nos investigations, sur un total de 491 dossiers déposés par des exportateurs algériens en 2018, 301 ont fait l’objet d’un règlement, soit 61%. Les autres ont été recalés. Mais de nombreux exportateurs potentiels en Algérie ne connaissent même pas l’existence de ce fonds spécial totalement occulté. Vous l’aurez compris : l’argent ne fait pas que dormir … Encore aujourd’hui, c’est un processus opaque et peu connu du grand public. Comment peut-on promettre dans ces conditions réaliser la diversification de l’économie algérienne ?

Soulignons enfin que la gestion des comptes d’affectations spéciales cause énormément problème en Algérie. Ces comptes sont une zone d’ombre de la gestion des budgets publics de l’Etat algérien. Algérie Part a consacré récemment toute une enquête sur ce sujet délicat et sensible qui demeure tabou dans notre pays.