Les Algériens et leur Armée : je t’aime moi non plus

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Les hommages rendus par le Président Abdelmadjid Tebboune à de nombreux officiers supérieurs et généraux à la retraite le 4 août dernier à l’occasion de la Journée Nationale de l’Armée ont suscité une très vive polémique sur les réseaux sociaux en Algérie. De nombreuses voix ont remis en cause la crédibilité de cette initiative ou le bien-fondé de cette démarche. D’autres commentateurs ont dénoncé vigoureusement la réhabilitation de certaines figures emblématiques de la hiérarchie militaire des années 90. Mais au-delà de leur caractère quelques fois puériles, ces polémiques populaires ont au moins le mérite de révéler la relation schizophrénique qu’entretiennent les Algériennes et Algériens avec leur Institution Militaire. Oui, en Algérie, presque tout le monde critique et vilipende l’Armée, mais presque tout le monde l’aime et la vénère aussi. 

Une étude brillante et récente du Centre arabe de recherches et d’études politiques (ACRPS, Doha) résume parfaitement cette schizophrénie et explique ses rouages. Cette étude a démontré que l’Armée est la l’institution qui bénéficie du niveau de confiance le plus positif au sein de la population algérienne. Un niveau de confiance qui avait augmenté au cours de ces dernières années notamment depuis le déclin du régime Bouteflika. Preuve en est, en 2011, 61 % des personnes interrogées en Algérie dans le cadre de cette étude ont déclaré faire confiance à l’Armée nationale populaire algérienne (ANP), la même réponse a été soutenue par 87 % dans l’enquête 2019/2020. Il s’agit de l’institution d’État algérien la mieux notée.

Cette étude de 61 pages a été réalisée entre novembre 2019 et juillet 2020, a inclus 28 000 répondants interrogés directement, dans le cadre d’un échantillon représentatif des pays auxquels ils appartiennent, avec une marge d’erreur comprise entre 2 et 3%. Dans ce sondage, les interrogés ont répondu dans ce sondage sur des questions sur la religion, la politique, la Palestine et les révolutions arabes.

Cette étude du Centre arabe de recherche et d’études politiques a même révélé que les Algériens soutiennent davantage l’ANP que le Hirak ! Ce mouvement de contestation populaire né le 22 février 2019 est soutenu par 71% des algériens contre 06 % qui s’y sont opposés, alors que 23% des répondants ne donnent aucune réponse. L’ANP suscite ainsi davantage d’adhésion au sein de la population algérienne que le fameux Hirak qui a été présenté comme étant le mouvement populaire le plus fédérateur de l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Ces données traduisent une ambivalence complexe des Algériens à leur de leur institution militaire. C’est pour cette raison que tous les sujets relatifs à l’Armée et son univers sont toujours considérés comme sensibles et délicats en Algérie. Et ce n’est pas près de changer.