Le triste destin de 196 travailleurs d’une filiale de CEVITAL limogés injustement par Rebrab dans l’indifférence générale en Algérie

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Pas de moins de 196 travailleurs d’une filiale du groupe privé CEVITAL, à savoir NUMILOG la filiale de transport et de logistique de Cevital du milliardaire richissime Issad Rebrab, ont été limogés depuis la fin de la semaine passée pour avoir simplement réclamé le droit de constituer un syndicat qui défend les intérêts des travailleurs de cette entreprise comme il est autorisé dans la loi de travail en Algérie. 

Ces travailleurs ont enclenché depuis le mois de juillet passé une grève cyclique de 3 jours observée chaque semaine afin de réclamer ce droit légitime reconnu et autorisé, encore une fois, par la législation algérienne. Les travailleurs de NUMILOG  ont lancé leur mouvement à la suite du licenciement abusif de trois de leurs collègues par la direction générale de CEVITAL au début du mois de juillet passé. Pour que cette hogra ne se reproduise plus, les travailleurs de Numilog ont décidé de militer pour la reconnaissance par l’entreprise de leur droit syndical tout en réclamant en toute légitimité la mise en place d’un comité de participation selon la procédure légale, c’est à dire en association avec le partenaire syndical, et enfin la réintégration de syndicalistes arbitrairement licenciés.

Malheureusement, au lieu d’accepter le dialogue et d’appliquer la loi algérienne, les responsables du groupe CEVITAL de Rebrab ont préféré se débarrasser arbitrairement des 196 travailleurs les plus actifs dans ce mouvement de protestation privant ainsi leurs familles d’un gagne-pain en ces temps durs et cruels de crise financière aiguë à cause des ravages de l’épidémie du coronavirus COVID-19.  Cette attitude a soulevé une vague d’indignation notamment à Béjaia, la région qui abrite les sites de production les plus importants de CEVITAL.

Cependant, force est de constater qu’aucun média lourd algérien n’a voulu rapporter le sort malheureux des travailleurs de CEVITAL. Aucune formation politique n’a voulu s’emparer de cette injustice pour réclamer le respect des droits sociaux des ouvriers algériens. Excepté la direction nationale du Parti socialiste des travailleurs (PST) qui s’est mobilisée depuis le début de ce conflit social en faveur des ouvriers de Numilog, aucun autre parti politique n’a osé défier le milliardaire Issad Rebrab. Il aura fallu attendre le 18 août dernier pour que le bureau régional du RCD à Béjaia publie un communiqué dans lequel il affirme se tenir aux côtés des travailleurs et des syndicalistes de la Wilaya « qui luttent pour leurs droits chèrement acquis ».

Le bureau du RCD a appuyé également les revendications des travailleurs de NUMILOG portant sur la constitution d’un syndicat pour la défense de leurs intérêts. Hormis cette réaction politique, aucun autre parti politique ni la centrale syndicale l’UGTA, encore moins des figures emblématiques du Hirak engagées en faveur de la démocratie en Algérie, n’ont jugé utile de soutenir les travailleurs esseulés de Numilog. Boycottés par les médias, abandonnés par les politiques et oubliés de l’Etat ! Oui ni le ministère du travail à travers l’inspection générale du travail ni la justice n’ont bougé le petit doigt pour venir en aide à ces travailleurs dont les droits sociaux ont été bafoués au vu et au su de toutes les autorités algériennes.

Il faut  dire que depuis sa sortie de prison le 1 janvier 2020, après 8 mois d’incarcération à la prison d’El-Harrach dans le cadre de l’affaire de l’infraction à la législation relative au mouvement des capitaux et surfacturation lors d’une opération d’importation”, Issad Rebrab est très peu bavard et ne se prononce plus sur les questions politiques et économiques du pays. Et pourtant, à l’époque d’Abdelaziz Bouteflika, il était un habitué des déclarations fracassantes et polémiques incessantes sur la mauvaise gouvernance du pays. Rebrab a toujours promu dans son discours la défense de l’intérêt général et les droits des simples citoyens algériens dans leur accès à l’emploi. Dans le cadre de l’affaire Numilog, on ne peut pas dire qu’il s’est comporté en cohérence avec ses fameux principes. Pis encore, depuis plusieurs semaines, Issad Rebrab s’est rapproché énormément des cercles du pouvoir et le Président Abdelmadjid Tebboune l’a réhabilité définitivement en le plaçant au premier rang des travaux de la Conférence Nationale consacrée à la relance socio-économique, tenue ce 18 août sous la présidence du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune.

Décidément, content de cette nouvelle proximité avec le pouvoir, Rebrab ne veut plus jouer aux… opposants comme à l’époque d’Abdelaziz Bouteflika. Rappelons enfin que la société NUMILOG était pendant longtemps l’une des filiales les plus prospères de CEVITAL. En 2016, cette société comptait 1 200 employés, 800 camions, trois grandes plateformes (représentant une capacité de stockage de 100 000 m2) et 35 centres logistiques régionaux à travers le pays. Et elle affichait une croissance annuelle de plus de 40 % de son chiffre d’affaires.