Le témoignage émouvant d’un jeune algérien au procès des attentats terroristes du 13-Novembre 2015 à Paris

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« Moi, je viens d’Algérie. Vous, vous êtes nés en Europe et vous aviez toutes les chances… Au lieu de ça vous n’avez fait que des conneries », c’est avec ce cri de colère qu’un jeune ressortissant algérien appelé Lahssen s’est adressé hier mercredi aux coupables des attentats terroristes du 13 novembre à Paris. Le ressortissant algérien a témoigné devant la Cour d’Assises Spéciale de Paris où se déroule depuis le 8 septembre 2021 le procès des attentats du 13 novembre 2015.

Lahssen est l’une des victimes de ces attentats horribles car il avait perdu son propre frère Djalal tué par les terroristes qui avaient attaqué la salle de spectacle parisienne du Bataclan.  « Le soir du 13 novembre, les deux frères, « plutôt un pote pour moi », dit Lahssen, dînent ensemble. Après le repas, Djalal a envie d’aller se balader avant de retourner chez lui dans le Val-d’Oise. Ses pas le conduisent devant le Bataclan au moment où les assaillants s’y engouffrent. Il est fauché sur le trottoir par une rafale de kalachnikov », révèle à ce sujet l’AFP dans un compte rendu détaillé de l’audition de Lahassen par les magistrats de la Cour d’Assisses Spéciale de Paris.

« La famille de Djalal restera plusieurs jours dans l’ignorance de sa mort. Elle s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles et c’est finalement le père, alors âgé de 83 ans, qui se rendra chez les gendarmes pour signaler la disparition d’un de ses fils », raconte encore à ce propos la même source.

A la barre, Lahssen a vidé son coeur en décrivant avec une franchise très touchante les douleurs qui ont transformé la vie de sa famille en un véritable cauchemar. « On voulait commencer une autre vie (…) Malheureusement ça ne s’est pas fait », dit Lahssen d’une voix hachée, s’efforçant de s’exprimer en français alors qu’il pourrait avoir l’aide d’un interprète, rapporte encore le compte rendu de l’AFP de ce témoignage qui n’a pas manqué de d’attirer l’attention des magistrats français.

« Comme a dit un autre témoin avant moi, vous n’êtes rien sans vos armes », dit aux accusés Lahssen, incapable de retenir ses larmes. Les autres membres de la famille de Djalal qui devaient témoigner devant la cour ont finalement renoncé. « Depuis la mort de Djalal, notre mère n’est plus la même, elle croit le voir quand elle regarde la télé, elle ne sort plus beaucoup ». Pendant que Lahssen parle, les écrans de la salle d’audience montrent les terroristes accusés. « Ils semblent indifférents. Aucun d’eux ne regarde le témoin », note à ce sujet le compte rendu de l’AFP.

« Vous allez finir votre vie en prison et après ce sera l’enfer », leur promet Lahssen. Sa colère contre les accusés s’amplifie. « Tout à l’heure, une maman racontait qu’elle était triste d’avoir perdu son fils. Et j’ai vu des accusés boire de l’eau. Boire de l’eau devant une maman qui souffre ? Pour moi ce ne sont pas des hommes, ce sont des animaux », s’emporte-t-il. « Je m’arrête là, sinon je ne m’arrête jamais. Le reste ça reste dans le coeur », a fini par lâcher avec pudeur Lahssen.

Avec Kheireddine, un violoniste assassiné alors qu’il passait par hasard devant une terrasse, il est l’une des deux victimes algériennes des attentats du 13-Novembre 2015.  Venu témoigner à la barre de la cour d’assises le 30 septembre, le père de Kheireddine, un ingénieur agronome à la retraite, venu spécialement d’Algérie pour le procès, avait lancé aux accusés: « votre religion n’est pas la même que celle que je pratique », rapporte toujours l’AFP qui cite les propos de ce père endeuillé et brisé par la perte brutale de son fils dans des circonstances tragiques. « Mon fils est mort un violon à la main. C’était un esprit éclairé face à des esprits ténébreux », a-t-il ajouté, « ces terroristes n’aiment pas ce qui est beau », a conclu le père de Kheireddine.

Rappelons enfin que les attentats du 13 novembre 2015 en France ont été revendiqués par l’organisation terroriste État islamique (Daech). Ces attentats sont une série de fusillades et d’attaques-suicides islamistes perpétrées dans la soirée à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts. Ces attentats ont fait 130 morts et 350 blessés à Saint-Denis et Paris. Ils ont horrifié la France provoquant également un traumatisme généralisé dans tous les autres pays européens.