Le projet de Ghar Djebilet : le symbole de la dangereuse paralysie économique de l’Algérie

Il était présenté comme l’un des projets industriels les plus importants du pays. Il devait symboliser le renouveau économique du pays. Mais au lieu de cela, il symbolise aujourd’hui l’immobilisme et la paralysie économique du pays. C’est du projet de Ghar Djebilet dont il s’agit. Un projet qui n’a pas encore vu le jour alors que les réunions du gouvernement algérien s’enchaînent et se multiplient pour annoncer des avancées qui n’ont aucun fondement concret sur le terrain. Explications. 

Hier dimanche 8 mai, un Conseil des Ministres s’est tenu à Alger sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune au cours duquel le gouvernement algérien a promis de « mettre en œuvre ce projet stratégique suivant une approche intégrée assurant la complémentarité avec les différents projets industriels et les infrastructures y afférents, et ce, dans le cadre d’un agenda défini ».

Il a été également annoncé dans le communiqué final ponctuant les travaux de ce Conseil des Ministres « d’insister sur l’importance stratégique du projet en ce qui concerne les opérations de production, d’exportation et de réduction de la dépendance à l’importation des matières premières ».

Par ailleurs, lors du même Conseil des ministres, il a été décidé de  « moderniser le réseau de transport routier conformément à des normes spécifiques pour accompagner le projet et accélérer le lancement de la réalisation de la ligne ferroviaire reliant les wilayas de Tindouf et Bechar » et enfin le Conseil des ministres « a approuvé le lancement de la première phase du projet qui représente une source importante de revenus pour le pays et revêt une importance vitale dans l’accélération de la cadence de au double plan local et national ».

Il s’avère que toutes ces annonces portent sur des mesures qui avaient été d’ores et déjà étudiées et adoptées en 2020 et 2021. Le projet de Ghar Djebilet devait même commencer au cours de l’année 2021. Malheureusement, sur le terrain, au niveau de ce site minier, rien, absolument rien de concret n’a été lancé.

Dans la feuille de route initiale, la signature du contrat de joint-venture pour la réalisation du projet d’exploitation du gisement de fer de Ghar Djebilet (Tindouf) entre la partie algérienne et le consortium chinois CMH était prévue au cours du quatrième trimestre 2021.

Il s’agit de la signature du contrat de joint-venture pour sa concrétisation avec le consortium chinois qui regroupe trois grandes sociétés chinoises (CWE, MCC et Heyday Solar). Cette étape devait permettra lancer officiellement la première phase de ce projet qui est présenté par les autorités algériennes comme le  chantier qui va  contribuer au développement économique d’une grande partie du Sud-ouest du pays, mais aussi à la relance de l’économie nationale, au développement et à la promotion du secteur des mines dans le pays.

Cofinancé par l’Algérie et la Chine, ce projet a été élaboré suivant son lancement effectif en trois (3) étapes, à savoir 2021/2024 avec la réalisation de l’unité pilote, la deuxième phase (2024-2027) sera dédiée à la production de 2 à 4 millions de tonnes de produits marchands, tandis que la troisième phase (2027-2035 à 2040) verra la production de 40 à 50 millions de tonnes, dont 30 millions de tonnes de produits marchands.

Trois sites miniers sont concernés officiellement par les phases d’exploitation de ce gisement, dont les ressources sont estimées à plus de trois (3) milliards de tonnes, localisés à Ghar Djebilet Ouest, Centre et Est, en plus du gisement de fer de Mechri Abdelaziz, situé à 200 km à l’Est de Ghar Djebilet.

Dans la wilaya de Bechar,  il est prévu à l’horizon 2029-2030 la réalisation de nombreuses installations et infrastructures de production sidérurgiques, installations de stockage du minerai provenant des sites d’exploitation de Ghar-Djebilet dans le but de son acheminement vers le nord du pays (Bethioua, wilaya d’Oran), par camion électrique et par train spécial, sachant qu’il est prévu la réalisation de 1.700 km de voies ferrées Bechar-Tindouf-Ghar Djebilet.  Outre ces infrastructures minières, il est aussi retenu au registre du même projet, qui donnera lieu, dans sa phase de concrétisation, la création de 3.000 à 5.000 emplois, la réalisation de grandes opérations d’amenées d’eau à travers un projet de transfert hydrique, tant pour les besoins des trois sites d’exploitation de minerai de fer que pour répondre à la demande des populations, de l’agriculture et de l’industrie en générale.

Au ministère de l’Energie, des hauts responsables n’ont pas cessé d’annoncer « la possibilité de démarrer l’exploitation cette année (2022) et d’exporter du fer brut vers la Chine ».

Le ministère de l’Energie avait indiqué récemment que les premières opérations commerciales se dérouleront à partir des installations pilotes et après confirmation de bruts concentrés et de poudre de fer (avec une capacité de production de 50 mille tonnes/an chacune), avant que le projet n’entre dans la phase d’exploitation à grande échelle avec une capacité d’extraction annuelle de 40 à 50 millions de tonnes de fer brut. « Cela nécessite la réalisation d’installations, dont le coût varie d’un milliard à 1,5 milliard de dollars par an sur une période allant de 8 à 10 ans » , avait annoncé le 24 avril dernier le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab.

Face à ce discours, que peut-on observer sur le terrain, dans la pure réalité ? Le projet de Ghar Djebilet est en vérité toujours à l’étude et les études techniques ou financières n’ont pas été encore achevées. Le projet ne peut en aucun cas commencer au cours de cette 2022 comme il n’a jamais pu démarrer en 2021. Les dirigeants algériens le savent pertinemment d’autant plus qu’aucun engagement solennel chinois n’a été pris officiellement pour apporter les fonds nécessaires au lancement de ce projet contraingnant l’Etat algérien à chercher des solutions alternatives qui n’ont pas été identifiées. En clair, tout ce qui a été annoncé par les autorités algériennes n’est que de la poudre aux yeux et Ghar Djebilet demeure encore un rêve couché sur du papier et une simple illusion dans la réalité.