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dimanche, février 5, 2023

Le Label « Start-up » en Algérie : pourquoi il s’agit d’une arnaque communicationnelle qui ne sert absolument à rien

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L’Algérie a lancé officiellement son propre label « Start-Up ». Le décret numéro 20-254 du 15 septembre 2020 publié dans le Journal Officiel numéro 55, signé par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, annonce officiellement sur la création d’un comité national de labélisation des « start-up », des « projets innovants » et des « incubateurs ». Selon ce décret, le comité a pour missions d’attribuer les labels « Start-up », « Projet innovant » et « Incubateur », d’identifier des projets innovants et de les promouvoir, ainsi que de participer à la promotion de l’écosystème start-up.

En théorie, ces promesses peuvent paraitre ambitieuses et prometteuses. Or, en réalité, ces labels sont une véritable arnaque communicationnelle qui n’a aucun impact concret sur le développement technologique d’un pays. Oui, plusieurs autres pays ont de labéliser des startu-ups, mais sans grand succès. La France, par exemple, a lancé le label « French Tech » à partir de 2014 qui s’est soldé par un échec cuisant. Avec ce label,  le gouvernement français visait à assurer une croissance et un rayonnement des start-ups numériques françaises. Neuf Métropoles French Tech ont ainsi été labellisées lors d’une première vague entre 2014 et 2016, offrant une visibilité nationale à un réseau d’écosystèmes de start-ups implantées localement. Le label French Tech Hub a ensuite été mis en place dès 2015 pour se positionner cette fois à l’échelle mondiale en structurant les French Tech dans les grandes métropoles d’innovation (New-York, Tokyo, Moscou,…), processus qui se poursuit et s’accompagne d’une importante campagne de communication.

Dans la réalité, ce label n’a nullement permis aux startups françaises de rattraper leur retard sur les startups américaines. Le label French Tech n’a vraiment rien rapporté pour promouvoir la technologie en France. Et pour cause, le moteur du succès des startups sont l’innovation, la rentabilité et l’accès aux financements. Or, ces trois critères ne sont pas du tout garantis par un label ou un slogan de communication. D’ailleurs, sur la scène internationale, on ne retrouve aucune initiative comparable à la French Tech.  Dans le monde, personne ne parle de German Tech ou de Japanese Tech… Pourtant, la réputation de la technologie allemande et de l’innovation japonaise ne sont plus à faire.

C’est dire que l’Algérie a reproduit un modèle théorique qui a prouvé son inefficacité. Pis encore, les autorités algériennes n’ont fait preuve d’aucune imagination puisqu’ils ont copié tout bonnement le label tunisien Startup qui a été lancé en 2015. Comme en Tunisie, les autorités algériennes ont établi des  des conditions d’attribution du label « Start-up ». Des conditions stipulées dans le décret 20-254 du 15 septembre 2020 exigent que la société soit de droit algérien et respecte des critères précis, à savoir son existence qui ne doit pas remonter à plus de huit ans, son modèle d’affaires qui doit s’appuyer sur des produits, des services, un business model ou tout autre concept innovant, ainsi qu’un chiffre d’affaires annuel qui ne doit pas dépasser le montant fixé par le comité national.

Le capital social doit être aussi détenu à, au moins, 50% par des personnes physiques, des fonds d’investissement agréés ou par d’autres sociétés disposant du label « Start-up », tandis que le potentiel de croissance de la société doit être suffisamment grand, sachant que la société ne doit pas avoir plus de 250 employés.

L’Algérie s’est inspirée clairement des critères établis par la Tunisie et de son Label Startup. Sauf que dans le cas tunisien, des mesures financières et fiscales sont mises en place pour favoriser le développement des projets innovants. Par exemple, en Tunisie, les Startups sont exonérées de l’impôt sur les sociétés et elles bénéficient de la prise en charge par l’Etat des charges sociales salariales et patronales. En Tunisie, toute Startup a le droit d’ouvrir un compte spécial en devises qu’elle alimente librement par des apports en capital, en quasi-capital, en chiffre d’affaires et en dividendes en devises. La Startup tunisienne peut investir, librement et sans autorisations, les avoirs de ce compte pour acquérir des biens matériels ou immatériels, créer des filiales à l’étranger et prendre des participations dans des sociétés à l’étranger. En Algérie, le « label start-up » ne prévoit aucune de ces aides concrètes.

C’est dire que nous sommes dans une volonté d’entretenir les apparences, de faire semblant d’accompagner les startups alors que dans la réalité, on établit des règles théoriques qui ne sont pas connectées aux réalités économiques et aux mutations technologiques mondiales.

Signifiant littéralement « entreprise qui démarre », la startup est liée, d’abord et avant-tout, à la notion d’expérimentation d’une nouvelle activité, sur un nouveau marché, avec un risque difficile à évaluer. Les experts définissent une start-up comme une « organisation temporaire à la recherche d’un business model industrialisable, rentable et permettant la croissance ». Aucun label n’est donc utile pour permettre à une startup de réussir ou de prospérer.

Et pour cause, une startup n’est pas encore une entreprise comme on peut l’imaginer, avec une organisation bien en place, commercialisant un produit ou un service sur un marché parfaitement identifié. Le caractère innovant de son offre et de son modèle économique ne permet pas de définir clairement toutes les composantes de son marché et de lui assurer une rentabilité immédiate. Au terme de la phase d’expérimentation, la startup devient une entreprise traditionnelle avec un modèle économique établi, ou est absorbée par une entreprise plus grande, ou disparaît par manque de trésorerie.

Quel que soit son secteur d’activité (numérique, cleantech, biotech, edtech, fintech, économie collaborative, etc.), ce n’est ni l’âge et ni la taille qui font d’une entreprise une startup, mais les 3 conditions suivantes : La perspective d’une forte croissance, l’usage d’une technologie nouvelle et le besoin d’un financement important. Dans les pays développés ou puissants, il n’y a ni loi ni cadre théorique pour définir une start-up. Il n’y a que des mécanismes qui garantissent un environnement favorable à la réussite des startups. Voici la nuance que l’Algérie doit comprendre de toute urgence.

 

 

 

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