Après la prison, il est privé de son travail : le journaliste algérien Rabah Karèche, l’injustice incarnée !

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Quelques mois après avoir quitté la maison d’arrêt de Tamanrasset où il a purgé une peine de 6 mois de prison pour des articles de presse publiés par le quotidien Liberté, le journaliste Rabah Karèche est de nouveau victime d’injustice et d’abus administratifs sans précédent. Algérie Part s’envole vers cette wilaya du Grand Sud pour pousser ses investigations et revenir avec des vérités fracassantes sur ce dossier.

Depuis sa libération le 19 octobre 2021, Rabah Karèche a soumis une demande de réintégration dans son poste de travail à l’école pour enfants handicapés auditifs de la wilaya de Tamanrasset où il exerce depuis décembre 2006.

En vertu de la réglementation d’usage, il a été traduit devant la commission paritaire de
l’établissement employeur qui s’est réunie sous forme de conseil de discipline, le 15 novembre 2021, pour étudier son dossier. A l’unanimité, les membres de la commission ont décidé de réintégrer Rabah Karèche puisqu’il a été condamné pour des chefs d’inculpations non seulement fallacieux, mais qui n’ont rien à voir avec sa profession ni son organisme employeur.

Si l’on se fie au statut général de la fonction publique, il n’a commis aucune faute professionnelle. Ce qui a, d’ailleurs, conforté sa réintégration, mais beaucoup plus l’avis de la commission paritaire qui reste souveraine dans ses décisions. Jusque-là, les évènements se sont déroulées en faveur de l’ex collaborateur de feu Liberté. Toutefois, pour contester
cette décision et trouver le moyen d’annuler la réintégration, le directeur de l’action sociale et de solidarité (Dass), Mohammed Cherfaoui, préalablement destinataire de tout le dossier à titre informatif en sa qualité de tutelle locale, a saisi le Wali, l’inspecteur de la fonction publique et le ministère de la solidarité nationale, de la famille et de la condition de la femme, le 21 novembre 2021 (Ref 1616/21).

Cependant, aucune suite favorable ne lui a été accordée, car il ne dispose d’aucun pouvoir sur l’employé concerné. Toutefois, il a tout fait pour parvenir à ses fins quitte à ruiner tout un établissement et condamner ses employés. Ce faisant, il aura manigancé avec l’inspecteur de la fonction publique, Ali Tahir, et le contrôleur financier communal, Bachir Mezioua, pour trouver le moyen d’annuler la réintégration de Rabah Karèche.

Ce plan semble bien fonctionner, puisque le contrôleur financier a vite réagi, le 27 décembre 2021 (Ref de la note de rejet n° 162/21) décidant de bloquer les primes de rendement de Rabah Karèche et ses arriérés de salaire, se prétextant des motifs qui ne relèvent pas de son domaine de compétence. Le 20 janvier 2022, soit 65 jours après la
réintégration de l’employé en question, c’est au tour de l’inspecteur local de la fonction publique d’adresser une correspondance (Ref 64/22) à l’administration de l’école des sourds-muets où il a remis en cause la décision de la commission paritaire rien que pour imposer son diktat et pousser Rabah Karèche vers la porte de sortie.

Sauf que l’administration qui voit dans cette réaction une violation claire de la réglementation et une ingérence intolérable dans ses affaires internes, n’a pas cédé d’un iota, maintenant ainsi la décision du conseil de discipline. Ce qui n’était pas du goût de l’inspecteur qui a opté pour la voie du chantage pour faire pression et par ricochet imposer la révocation de Rabah Karèche.

Toute honte bue, il est allé jusqu’à bloquer les affaires administratives de l’établissement en gelant son plan annuel de gestion des ressources humaines (Ref 545/22 du 22 mars 2022). Pour lui, l’activité secondaire portant collaboration de presse est un cumul de fonction et une faute professionnelle du 4e degré. L’employé mis en cause doit être rétrogradé dans le grade immédiatement inférieur ou licencié. L’inspecteur reproche également à l’administration le fait de réintégrer le concerné dans le poste supérieur de chef de service qu’il occupait avant son incarcération pour des faits liés uniquement à ses écrits de journaliste.

En résumé, le document de l’inspection publique, dont nous nous sommes procuré une copie, insiste essentiellement sur le licenciement de Rabah Karèche. Ce qui a poussé l’administration de ce dernier à saisir la direction générale de la fonction publique. Dans sa réponse n° 1341 du 14 février 2022, Celle-ci a demandé de convoquer à nouveau les membres de la commission paritaire sous forme de conseil de discipline pour infliger la sanction appropriée à l’employé sans en préciser la nature.

Pour la seconde fois, Rabah Karèche a comparu, le 10 mars 2022, devant le conseil de discipline dont les membres ont reconduit unanimement leur décision prise le 15 novembre 2022, laquelle porte sur la réintégration du mis en cause.

Dans le cadre du respect de la déontologie de la fonction publique, la commission
paritaire a également décidé d’infliger une sanction du 3e degré (abaissement d’un
échelon) au concerné. Parallèlement, une autre correspondance (Ref n° 403 du 23
mars 2022) a été envoyée par la DGFP à son inspection locale. Bien quelle soit la
principale destinataire, la directrice de l’école, Djamila Kessi, n’a toujours pas eu la copie de ladite correspondance. Pourquoi ? Parce que tout simplement, son contenu est en faveur de Rabah Karèche.

Selon la DGFP, l’activité exercée par le fonctionnaire en question est conforme à l’article 43 de l’ordonnance 06-03 du 15 juillet 2006. Elle n’est donc pas considérée comme étant un cumul de fonction.

Plus, la DGFP affirme que la réintégration de l’employé dans le poste supérieur malgré le fait qu’il soit condamné pour des fait graves relève exclusivement de l’autorité ayant le pouvoir de nomination (la directrice de l’ école Ndlr) et sous son entière responsabilité.

Vraisemblablement, cette réponse n’arrange pas le clan de Tamanrasset, particulièrement l’inspecteur de la fonction publique, Ali Tahir, qui semble être bien protégé au point de tenir tête à ses supérieurs hiérarchiques et d’appliquer la loi comme bon lui semble.

Il faut savoir que ce même Ali Tahir a validé la réintégration d’un cadre de la wilaya ayant purgé une peine privative de liberté à la prison de Tamanrasset pour des fautes professionnelles du 4e degré et des chefs d’inculpation on ne peut plus graves.

Ce même Ali Tahir, de connivence avec les services de la wilaya de Tamanrasset, a aussi décidé de classer ce dossier en proposant une sanction du 3e degré (déplacement d’office)
contre le mis en cause, et ce en violation de la réglementation d’usage.

Jeté en pâture, Rabah Karèche n’a pas bénéficié de ce même traitement de faveur malheureusement. Encore moins des mesures d’accompagnement mises en place par le ministère de la justice. Pour rappel, les services externes de l’administration pénitentiaire ont accompagné en 2021 quelque 6072 détenus libérés en vue de leur insertion professionnelle, et ce, en coordination avec les différentes instances de l’Etat.

La déclaration a été faite à l’époque par le ministre de la Justice, garde des sceaux, Abderrachid Tabi à Alger, en marge de l’ouverture des travaux du Comité interministériel de coordination des activités de rééducation et de réinsertion sociale des détenus… à l’exception de Rabah Karèche.

Le 05 avril 2022, le contrôleur financier communal, Bachir Mezioua, a lui aussi actionné sa machine de chantage contre l’employé en question. Il a rejeté l’état matrice initial des salaires de l’ensemble des employés titulaires et stagiaires de l’école rien que pour faire pression sur la commission paritaire et lui faire changer d’avis.

Il a ainsi condamné près de 50 employés, les privant de leur mensualité rien que pour assouvir son désir revanchard contre Rabah Karèche. Saisi au sujet de cette situation, le Dass n’a pas bougé le petit doigt. Pour lui l’action sociale et de solidarité intervient dans d’autres domaines que de soutenir des employés de son secteur qui sont privés de leurs salaires à la veille même de l’Aïd El Kbir.

La bureaucratie a la peau dure à Tamanrasset !

Le 10 mai 2022, une commission du ministère de solidarité nationale a été dépêchée à Tamanrasset, non pour résoudre le problème mais plutôt pour mettre le feu aux poudres. Le chef de la commission d’inspection, Hakim Chetoui, également directeur central des personnels et de la formation, semble venir avec une feuille de route et des instructions fermes : « ne pas quitter Tamanrasset, avant d’orchestrer le licenciement de Rabah Karèche ». A son atterrissage sur le sol de Tamanrasset, la délégation a rejoint le Wali dans son bureau et l’inspecteur de la fonction publique pour mieux étudier l’accomplissement de la mission assignée.

Dans un rapport dressé le 11 mai 2022 par la section syndicale de l’établissement au SG du syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), on a tiré à boulets rouges sur ce DPF qui s’est montré arrogant et altier.

A son arrivée à l’école suscitée, il a refusé de s’entretenir avec le responsable du personnel et avec l’employé pour qui il était initialement venus à Tamanrasset. Il a fait signer, lit-on sur le même document, à la directrice de l’école un engagement lui imposant de convoquer à nouveau les membres du conseil de discipline pour sanctionner Rabah Karèche. Faute de quoi, elle sera remerciée. En effet, le 26 mai 2022, une autre réunion de la commission paritaire a eu lieu sans la présence de la directrice – qui était en congé de maladie- et sous la supervision du Dass qui est chargé de manipuler les membres et de les convaincre à cracher l’avis de licenciement.

Cependant, ils tenaient encore une fois à leur décision de réintégrer Rabah Karèche, d’autant que son emprisonnement arbitraire n’a rien à voir avec une quelconque faute professionnelle. Fou furieux, le Dass a saisi le ministère au terme d’un rapport sulfureux e où il a brocardé les membres de la commission et accusé la directrice de l’école de désobéissance, alors qu’elle était en convalescence pour engourdissement de ses membres inférieurs.

Inhumain ! Sans vérifier la véracité des allégations de la Dass, la ministre de la solidarité a
aveuglement décidé de remercier la directrice en question avant même sa reprise
de travail. Grave !

Passant au plan B: un autre directeur a été nommé pour accomplir la sale besogne. Il s’agit de Abdellah Badhbouda, l’ex directeur de la même école (2009-20016). Ironie du sort, le Dpf du ministère a bien désigné un nouveau larbin pour parvenir à ses fins, oubliant que ce même directeur a été accablé en 2019 pour mauvaise gestion (détournement des carnets de bons de carburant, graves irrégularités dans la passation des commandes publiques et utilisation à des fins personnelles des équipements ou des biens de l’administration, en plus des dégâts matériels graves causés aux parc roulant et au patrimoine immobilier du centre
qu’il dirigeait).

Avant même la cérémonie de passation de consignes, il a réuni les membres du conseil de discipline, le 23 juin 2022, sans prendre le soin de convoquer l’employé concerné. Il a fait des mains et des pieds pour convaincre le conseil à licencier Rabah Karèche. Sans surprise, l’attitude des dits membres reste toujours immuable.

A titre de compte rendu, Abdellah Badhbouda a saisi l’inspecteur de la fonction publique qui lui a recommandé de passer au plan C : dissoudre la commission et passer le dossier à la commission paritaire de Dass pour en finir définitivement avec le cauchemar Rabah Karèche, quitte à violer la réglementation en vigueur.

Cette attitude nous incite à se poser sérieusement des questions sur les véritables raisons de cet acharnement. Qui pourrait être derrière tous ces abus administratifs ? Algérie Part
a obtenu au cours de ses investigations des éléments de réponse. Dans un rapport (N° 164 du 26 mai 2022) adressé récemment au ministère de la solidarité nationale, dont nous détenons une copie, le Dass, Mohammed Cherfaoui, a avoué clairement qu’il est menacé par le Wali de Tamanrasset et le ministère de tutelle. A en croire ses propos, son maintien dans son travail est tributaire du licenciement de Rabah Kareche.

Le Dass a démasqué ainsi le Wali de Tamanrasset, Mustapha Guerriche, qui, faut-il le rappeler, était pour beaucoup dans l’incarcération du correspondant de Liberté. Il lui en veut terriblement pour avoir rapporté fidèlement le quotidien et les souffrances de la population locale.

Pour ternir l’image du Journaliste, le Wali a fait appel à ses larbins, les chargeant de
monter des faux rapports présentant Rabah Karèche comme anti-révolutionnaire.
Nous nous souvenons tous de son procès qui a défrayé la chronique en obtenant un écho international.

Les juges de la première instance et de la Cour de Tamanrasset, ont condamné le journaliste algérien sur base du rapport de la police judiciaire et non pas sur celui du juge d’instruction qui a pourtant prononcé un non-lieu dans l’affaire Rabah Karèche. Lors de son procès en appel, les témoins appelés à la barre ont tous témoigné en faveur de Rabah Karèche. Oumaïli Belloulen, Dahimi Salem, Messek Abdelader, Ourzig Mouloud ont tous reconnu être les auteurs des propos et citations lus par le président de l’audience. Ils ont affirmé également que Rabah Karèche a toujours fait preuve de rigueur et de professionnalisme dans l’exercice de son métier.

Mais c’est surtout Oumaïli Belloulen, maire de la commune de Tazrout, à Tamanrasset, qui fera une déclaration pour le moins fracassante. Quand le juge l’interroge sur le démenti
qu’il avait fait contre des propos que Rabah Karèche lui a attribués dans l’un de ses articles, le maire révèle que c’est le Wali de Tamanrasset, Mustapha Guerriche, qui l’a appelé, en lui demandant de faire ce démenti et de revenir sur ses déclarations.

Devant le juge interloqué par cet aveu, Oumaïli Belloulen reconnaît bel et bien être l’auteur des déclarations citées par le journaliste dans son article.

« C’est moi-même qui ait appelé le journaliste pour lui faire part des préoccupations de la population particulièrement inquiète des répercussions du nouveau découpage administratif. Je reconnais avoir dit alors à Rabah Karèche que les autorités devaient en effet intervenir. Le journaliste a fait son travail convenablement et avec professionnalisme », affirmait le témoin dans sa déclaration reproduite par Liberté dans sa livraison du 5 octobre 2021.

Les autres témoins ont tous affirmé que Rabah Karèche, était la voix de la population locale
et que c’est grâce à son travail, depuis plus de dix ans, que les préoccupations de la région parviennent aux hautes autorités. Ces aveux désavouent ainsi le Wali qui devrait normalement se préoccuper du développement de sa wilaya gravement enlaidie par les monticules d’immondices au lieu de s’acharner contre un journaliste honnête et intègre.

C’est la même attitude que devrait adopter le Chef de la sureté de wilaya, Khaldoun Tourki qui, animé par l’ambition revancharde contre Rabah Karèche pour avoir dénoncé des policiers véreux, doit nettoyer ses services des éléments impliqués dans des affaires criminelles au lieu de calomnier les autres et de faire des faux rapports sécuritaires sur un journaliste correspondant que ses prédécesseurs à la tête de Police locale à Tamanrasset récompensaient à toute occasion.

Pour ne citer que cet exemple, Rabah Karèche a été distingué en juillet 2013 à l’occasion
de la fête de la police coïncidant avec le 22 juillet de chaque année, pour être le meilleur correspondant de presse à Tamanrasset. Rares sont passées les journées nationales de liberté de la presse sans inviter Rabah Karèche pour lui rendre hommage.

Aujourd’hui, les masques sont tombés. Nul besoin de nous décrire l’homme dont la rectitude et le respect de la déontologie du métier témoignent de sa grandeur.

Rappelons qu’il a été le lauréat du Prix Najiba Hamrouni de la déontologie journalistique pour l’année 2022. Actuellement doctorant en management, Rabah Karèche est l’un des brillants correspondants de la presse locale algérienne.

Il a été d’abord le correspondant du quotidien El Watan à Tamnrasset avant de devenir celui du quotidien Liberté fermé désormais par son propriétaire l’industriel Issad Rebrab.

Son professionnalisme, son respect irréprochable des règles du métier et sa rigueur dans son travail journalistique, ont motivé la décision du jury composé d’universitaires, de défenseurs des droits humains et de journalistes algériens.

La ministre de la solidarité nationale, de la famille et de la condition de la femme, Kawthar Krikou, est-elle au courant de tous ces abus ? A-t-elle réellement cautionné ces magouilles pour briser un citoyen algérien ? Une chose est sûre : l’affaire Rabah Karèche a pris des proportions scandaleuses et dévoilé des preuves palpables d’une violation grave des droits civiques. L’indifférence dont est victime Rabah Karèche livré à lui-même et à l’arbitraire sera longtemps une tâche noire pour le secteur de la solidarité nationale qui s’est désolidarisé avec lui, un secteur sensé prendre en charge les familles, mais qui fait tout pour briser celle de Rabah Karèche, un secteur qui s’occupe des conditions de la femme, mais qui cultive l’indifférence quant à la détresse vécue et que subit de plein fouet l’épouse de Rabah Karèche…. Pauvre Algérie.