Le gouvernement algérien dénoncé à Genève (ONU) pour son incapacité à garantir au profit de ses concitoyens le droit à la santé

0
138

Lors d’un examen approfondi auquel a été soumise le 11 novembre 2022 l’Algérie au niveau Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies (ONU), plusieurs manquements au droit à la santé ont été relevés et dénoncés en raison de leur impact fortement préjudiciable sur le bien-être et la sécurité de la population algérienne.

Ces manquements ont été constatés par le rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à la santé. Ce droit est considéré comme un pilier constitutif des Droits de l’Homme. Le droit à la santé est défini comme étant le droit à un niveau de santé minimum, universel, c’est-à-dire auquel chacun a droit. Ce droit à des aspects économiques, sociaux et culturel. Depuis les années 1940 puis 1990, bien qu’en progressant par à coups, il s’inscrit de plus en plus dans les accords internationaux. Pour l’ONU, le droit à la santé physique et mentale est étroitement lié à d’autres droits de l’homme et dépend de leur réalisation. Il a des liens, par exemple, avec le VIH/sida, le handicap et les changements climatiques. Protéger le droit à la santé nécessite de faire respecter d’autres droits de l’homme, explique encore à ce sujet le haut commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme.

A ce titre, un rapport du Rapporteur spécial sur le Droit à la Santé soumis au Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies a souligné que l’Algérie occupait un rang inférieur à la
moyenne mondiale pour la mortalité et la morbidité maternelles, mais légèrement supérieur à la moyenne régionale du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. « Malgré les progrès sensibles accomplis ces dernières décennies dans la réduction du taux de mortalité
maternelle, passé de 230 à 63,6 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes entre 1989 et 2014, et du taux de mortalité néonatale, le pays n’avait pas atteint la cible de l’objectif n o 5 du Millénaire pour le développement sur la réduction de la mortalité maternelle, établie à 57 pour 100 000 », déplore ainsi ce rapport qui met en exergue également l’extrême fragilité sanitaire des régions rurales en Algérie.

La même source a constaté effectivement que les régions rurales et le sud étaient les régions les plus touchées par la pauvreté et l’exclusion sociale et accusaient des taux plus élevés relativement à l’absence de suivi pendant la grossesse et aux naissances non accompagnées.

Les faiblesses criantes du système national de santé en Algérie a été décrié par ce rapport onusien dans lequel il a été souligné que « la plupart des décès maternels pouvaient être
évités » dans le pays. Par ailleurs, le système de santé en Algérie souffre du manque de données de santé et d’études analytiques de qualité. Ce qui « posait des problèmes importants qui compromettaient sérieusement l’action des pouvoirs publics dans
le domaine de la santé et les secteurs connexes », explique le même rapport examiné vendredi 11 novembre dernier par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies à l’occasion de l’examen universel périodique auquel était soumis le gouvernement algérien.

Dans ce contexte, le Rapporteur spécial des Nations-Unies a recommandé à l’Algérie de faire en sorte qu’un solide système d’information sanitaire soit en place afin de produire des données et des statistiques nationales de qualité pour analyser les lacunes et concevoir, appliquer et évaluer les politiques. « Il lui a aussi recommandé de lutter contre la mortalité et la morbidité maternelles et néonatales, notamment en lançant un système d’audit des décès maternels et un guide de référence sur les soins obstétricaux, et en se reportant au guide technique concernant l’application d’une approche fondée sur les droits de l’homme pour réduire et éliminer la mortalité et la morbidité évitables des mères et des enfants de moins de 5 ans », note la même source qui dénonce, au passage, plusieurs discriminations empêchant de nombreux algériens d’accéder à des soins de première nécessité.

Le Rapporteur spécial sur le Droit à la Santé a souligné à ce propos que certains groupes de population étaient en butte à la discrimination et à des difficultés particulières dans l’exercice du droit à la santé, notamment les femmes, les adolescents et les jeunes, les personnes handicapées, les consommateurs de drogues et les personnes vivant avec le VIH/sida5.

Pour lever ces discriminations, le même Rapporteur Spécial onusien a demandé à l’Algérie de supprimer les dispositions légales incriminant et stigmatisant les personnes vivant avec le VIH/sida, y compris certaines dispositions du Code pénal, et de supprimer l’obligation de produire un certificat médical prénuptial.  Le Rapporteur spécial sur le Droit à la Santé a exigé enfin à l’Algérie de garantir la non-discrimination à l’égard des personnes vivant avec le VIH/sida dans le secteur de la santé, en veillant à ce que les services, les produits et l’information sanitaires soient accessibles et de bonne qualité pour tous les groupes de population clefs et à ce que le personnel de santé soit convenablement formé et équipé. Tant que ces insuffisances et injustices ne seront pas corrigées, l’accès aux soins demeurera problématique pour bon nombre d’algériennes et d’algériens.