L’arabisation du système éducatif en Algérie est-elle responsable du chômage et du sous-développement du pays ?

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L’arabisation forcée et généralisée du système d’enseignement fut l’un des faits marquants des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie. Cette mesure éducative a changé radicalement le visage de l’Algérie en produisant un impact considérable sur le sort de plusieurs générations d’algériens. Mais l’arabisation a-t-elle permis à l’Algérie de se développer et de progresser ? C’est à cette question que l’Académie de Géopolitique de Paris, un prestigieux établissement privé d’enseignement supérieur et de recherche, a tenté de répondre en lui consacrant tout un chapitre dans sa publication spéciale exclusivement dédiée au bilan des 60 ans de l’Indépendance de l’Algérie. Et dans cette publication, de nombreux experts et observateurs ou connaisseurs avertis de l’Algérie ont planché sur les acquis et les réalisations de l’Algérie durant ces 60 années d’Indépendance. 

« L’école est devenue un enjeu de pouvoir dans la société algérienne », a fait remarquer d’emblée l’Académie de Géopolitique de Paris qui s’est longuement interrogé sur les conséquences et la portée de l’arabisation de l’école algérienne. « La majorité des Algériens parlant le dialectal ou le berbère » alors que l’école algérienne enseigne la langue arabe classique et académique, note encore cette publication spécialisée qui souligne un « décalage croissant entre le système éducatif et la société pour laquelle il est destiné ».

Ce décalage a produit des effets très néfastes sur le processus de développement du pays et la même publication cite plusieurs experts, chercheurs et intellectuels qui mettent en cause le rôle du système éducatif algérien dans les multiples retards de développement économique du pays. « Le système éducatif algérien et la déperdition scolaire sont responsables du taux de chômage élevé dont souffre la jeunesse de 15 à 24 ans (passant de 12,3 % en 2017 à 21,5 % en janvier 2021 selon la Banque Mondiale) », souligne ainsi à ce sujet Guy Jourdain qui avait exercé au cours des années 1960/61 la responsabilité de
chef du bureau ‘Instruction’ du Service de Formation des Jeunes à Alger. De 1977 à 1983, il a occupé le poste de conseiller technique du ministre des Finances de la République de Haute Volta (Burkina Faso) à Ouagadougou. Ultérieurement il a rempli des missions en particulier au Sénégal, au Maroc et au Liban.

Cet ancien officier de Marine puis membre du corps du Contrôle Général des Armées et ancien auditeur du Centre des Hautes Etudes de l’Armement a établi également un lien direct entre l’arabisation généralisée de l’enseignement en Algérie et « le taux d’abandon scolaire est très élevé, en particulier dans l’enseignement secondaire (9,6 % en 2017 selon la Banque Mondiale) », a-t-il noté en rappelant que « l’UNICEF s’inquiète du nombre de redoublants particulièrement parmi les élèves appartenant au milieu défavorisé ».

Le même auteur a expliqué également que la France avait fourni de nombreux efforts pour convaincre l’Algérie de préserver un système d’enseignement occidental et francophone. Il cite, à ce titre, les chiffres et faits révélés par le célèbre historien Benjamin Stora dans livre « Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance 1962-1968 » où il est indiqué que 11 000 instituteurs français viendront après l’Indépendance du pays, au fil des ans apporter leur aide mais sans pouvoir ralentir l’arabisation décidée par les autorités algériennes.

« Il est à craindre que la suppression du bilinguisme ait une conséquence fâcheuse
sur le niveau de l’enseignement dispensé ; sur les possibilités d’émigration, d’intégration et d’études en pays francophones (France et Canada en particulier) et sur
le développement de l’Algérie mais aussi sur la stabilité de la société algérienne
en introduisant des coupures entre zone rurale et urbaine, milieu pauvre et sans
instruction et classes sociales favorisées qui gardent un accès à la langue française », observe enfin Guy Jourdain qui conclut sa contribution dans les colonnes de la publication spécialisée de l’Académie de Géopolitique de Paris en soulignant que « face à la vie courante où les locuteurs s’expriment en arabe dialectal ou en berbère, l’arabisation forcée en langue littéraire ou coranique ne peut apparaître à ceux-ci que comme une humiliation ».