L’Algérie a-t-elle pu réellement sortir en une seule année plus de 6 millions de personnes de la misère sociale et de l’inconfort ?

0
290

C’est une déclaration officielle du Président Abdelmadjid Tebboune qui suscite des réactions controversées et des interrogations plus que légitimes sur la véracité ou fiabilité des informations communiquées par le Premier Magistrat du pays. Cette déclaration est relative aux « zones d’ombre », à savoir ces poches de pauvreté et d’inconfort matériel où les populations locales sont privées de plusieurs bienfaits de la modernité. Décryptage.

La majorité des problèmes dont souffraient les zones d’ombre à travers les différentes wilayas ont été définitivement résolus, a affirmé ainsi le samedi 24 septembre derniuer à Alger, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Présidant au Palais des Nations l’ouverture des travaux de la rencontre Gouvernement-walis, le Président Tebboune a précisé que « près de 82% des problèmes soulevés dans les zones d’ombre ont été résolus », souhaitant le règlement des problèmes restants « au début de l’année 2023 ». « Nous ne devrions plus évoquer les zones d’ombre d’ici fin 2022 et début 2023 », a-t-il encore promis.

Or, le chiffre de 82 % des problèmes résolus a étonné, intrigué et surpris tous les observateurs ou connaisseurs avertis des questions de développement en Algérie. Et pour cause, cela signifierait que plus de 6 millions d’Algériennes et d’Algériens ont été sortis en une seule année de la misère sociale et de la précarité matérielle. Comment est-ce possible ? En réalité, le chiffre révélé par Tebboune est tout bonnement gonflé et ne correspond nullement à la réalité socio-économique de la population algérienne.

Mais, d’abord, un peu de pédagogie. Début avril 2021, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales a dressé un recensement qui permet d’établir le nombre total de zones d’ombre lequel s’élève à 13.587 localités où vivent environ 7,2 millions d’habitants.

« Le ministère de l’Intérieur a mené une nouvelle opération de recadrage de définition des caractéristiques des zones d’ombre à travers sept principaux éléments, qui a donné lieu à un bilan de 13.587 zones d’ombre devant bénéficier d’un total de 32.700 projets », avait précisé à l’époque Mohamed Ferrari, directeur central au ministère lors d’une journée d’étude organisée par l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), sur le thème « les zones d’ombre et le Barrage vert: opportunité de développement durable de la Nouvelle Algérie ».

Officiellement, depuis avril 2021, 7 éléments permettent de classer une agglomération ou une localité en Algérie parmi les zones d’ombre. Il s’agit de l’accès à l’électricité, au gaz naturel, à l’eau potable, les routes, les établissements scolaires et les structures de santé. Les localités privées de ces éléments sont considérées ainsi comme des zones d’ombre.

Partant de ce constat, le ministère de l’Intérieur a recensé 5.745 zones d’ombre situées dans la partie nord du pays, tandis que leur nombre dans les Hauts plateaux s’élève à 6.854, contre 988 zones situées dans le Sud du pays. L’estimation financière pour couvrir les besoins de ces projets est de l’ordre de 480,42 milliards de dinars, avait indiqué le même haut responsable du ministère de l’Intérieur. Cela signifie que l’Etat algérien devait dés 2021 mobiliser pas moins de l’équivalent de 3,5 milliards de dollars USD pour résoudre tous les problèmes sociaux de ces zones d’ombre.

Ainsi, à en croire, Abdelmadjid Tebboune, l’Etat algérien a résolu les problèmes matériels de plus de 6 millions d’habitants, à savoir les 82 % de 7,2 millions de la population des zones d’ombre, souffrant de divers problèmes d’accès aux services publics les plus basiques et élémentaires. Et cette prouesse aurait été réalisée en une seule année ! C’est, malheureusement, trop beau pour être vrai car une simple observation empirique de la situation prévalant encore dans de très nombreuses de ces localités des zones de l’ombre permet de contredire cette affirmation excessivement optimiste et exagérément positive pour le bilan du gouvernement algérien.