L’Algérie a-t-elle fait un bon choix de recourir au bombardier d’eau russe « Berieve BE 200 » ?

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A peine affrété, il est déjà en panne et inopérationnel. L’avion russe, le bombardier d’eau, « Berieve BE 200 » suscite de nombreuses interrogations sur sa fiabilité et utilité en Algérie. Hier mercredi 17 août, le ministre algérien de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a reconnu lors de son passage sur le plateau de l’ENTV, la télévision étatique algérienne, que cet avion russe affrété depuis le 15 juin dernier pour une période de 3 mois et ce jusqu’au 15 septembre prochain, était tombé en panne. Le même haut responsable a dit espérer que cet appareil sera réparé d’ici samedi 20 août prochain. 

Cette panne intervient dans un contexte bouillonnant puisque les forces de la Protection Civile ont cruellement besoin d’un appui aérien pour faire face aux nombreux incendies de forêt qui ravagent depuis plusieurs jours des centaines d’hectares dans au moins 14 wilayas du nord du pays.

Ces dernières 24 heures, au moins 106 foyers d’incendie ont été enregistrés dans plusieurs wilayas de l’Est du pays ayant fait 26 morts et plusieurs blessés, a reconnu à ce sujet le ministère de l’Intérieur,  invité du JT de 20h de la télévision publique l’ENTV, Kamel Beldjoud a précisé que ces incendies avaient fait 24 morts dans la wilaya d’ El Tarf et deux (2) autres dans la wilaya de Sétif. Les feux ont ravagé près de 1800 hectares de broussailles et quelque 800 hectares de couvert forestier dans les wilayas d’El Tarf, Sétif, Souk Ahras, Jijel, Skikda et Tipasa.

Face à l’ampleur des dégâts et des défis que doivent affronter dans les heures à venir les secouristes algériens, l’immobilisation de l’avion russe affrété dans des conditions qui demeurent opaques puisqu’elles n’ont jamais été explicitées par les autorités algériennes, relancent plus que jamais la polémique sur le bien-fondé des décisions prises par le gouvernement algérien. En clair, l’Algérie a-t-elle procédé à une sérieuse étude avant d’opter pour l’avion russe « Berieve BE 200 » ?

Il faut, d’abord, savoir que cet avion russe n’a jamais fait l’unanimité dans le domaine aérien. Le Beriev Be-200 est un hydravion amphibie conçu d’abord pour la lutte contre les incendies, mais plusieurs versions en cours de développement en font un appareil polyvalent. Son étude commença en 1989 sous la responsabilité d’Alexander Yavkin, qui se basa sur le Beriev A-40 Albatross tout en en réduisant les dimensions. Le projet fut approuvé par le gouvernement russe le 8 décembre 1990. Une maquette fut exposée au salon du Bourget en 1991. Le premier appareil de série, un Be-200ES, vola pour la première fois le 17 juin 2003. Il fut livré au ministère des situations d’urgence le 31 juillet 2003. Il fut également évalué en 2003 par la Sécurité civile, afin de remplacer les Canadair. Le Dash-8 lui fut finalement préféré.

Le Be-200 dispose de 8 réservoirs d’eau en alliage d’aluminium situés sous le plancher, et de 4 écopes rétractables qui lui permettent d’écoper 12 tonnes d’eau en 14 secondes. Ces réservoirs peuvent être enlevés afin d’aménager le Be-200 en transport de fret. Il peut aussi emporter 1,2 mètres cube de retardants chimiques. Il est propulsé par 2 D-436TP placés sur pylones à l’arrière. Le D-436TP est une version du D-436 capable de résister à la corrosion. Le Be-200 dispose aussi de commandes de vol électriques, d’une navigation par GPS, d’un radar météo et d’une avionique ARIA 200-M (conçue en collaboration avec AlliedSignal) comportant 6 écrans à cristaux liquides pour ses 2 membres d’équipage. Il est à ailes hautes, construit en alliage d’aluminium-lithium traités contre la corrosion et son fuselage est pressurisé. Certaines parties sont en titane ou en composites. Pas moins de 2300 mètres lui sont nécessaires pour décoller à partir d’un plan d’eau, avec une profondeur minimale de 2,5 mètres et des vagues d’une hauteur maximale de 1,3 mètres.

Sur le papier, cet avion présente des atouts exceptionnels et plusieurs observateurs ou experts de la construction aéronautique conviennent pour affirmer que cet avion est l’un des plus puissants dans le monde. Ceci dit, sur le terrain, la réalité est tout autre car le Beriev Be-200 peine à se vendre. Plusieurs expertises internationales ont conclu qu’il est considéré comme trop onéreux, et affronte surtout l’omniprésence du Lockheed C-130 Hercules et d’avions plus petits comme le Bombardier Dash 8. D’autres experts pointent du doigt sa motorisation qui le rend plus difficile à employer dans des conditions très dégradées.

C’est pour toutes ces raisons que la Russie peinent à l’exporter. En été 2021, la Russie avait fait un important forcing pour vendre à la Grèce, l’un des pays méditerranéens les plus touchés par les feux de forêt, le « Berieve BE 200 », mais en vain et sans succès car le Be 200 se traine des casseroles en raison de son manque de fiabilité en terme de motorisation et peu sûr en vol. Partant de ce constat, l’Algérie aurait dû ainsi faire preuve de vigilance et ne de pas avantager systématiquement le fournisseur russe au détriment de ses autres concurrents. Il aurait fallu certainement affréter un autre avion d’un fabricant occidental dont l’efficacité et le rendement ont été d’ores et déjà prouvées sur les sites ou lieux d’incendies de forêt.