La communauté algérienne au Canada terrifiée par une campagne de répression sans précédent du pouvoir algérien

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Une énorme inquiétude règne au sein de la communauté algérienne au Canada. De nombreux citoyens algéro-canadiens ont été traqués, arrêtés et durement interrogés par les services de sécurité dés leur arrivée en Algérie, leur pays natal. La diaspora algérienne au Canada fait visiblement l’objet d’une campagne de répression inédite menée tambour battant par le pouvoir algérien. La presse canadienne a récolté  de nombreux témoignages concordantes qui relatent des arrestations arbitraires et des privations caractérisées des libertés individuelles de ces ressortissants titulaires de la double nationalité algérienne et canadienne. Le point commun à tous ces citoyens binationaux : leur engagement en faveur du Hirak et des contestations populaires pacifiques contre le pouvoir aux commandes du pays. 

« L’Algérie ne digère pas le militantisme de ses ressortissants au Canada », c’est avec ce titre que le média  ICI Radio-Canada Première, une station de radio généraliste francophone produite par Radio-Canada, le diffuseur public du Canada, a résumé les dégâts de la répression politique menée en Algérie à l’encontre des citoyens soupçonnés d’être des activistes politiques engagés en faveur du Hirak.

Dans ce reportage, le média public canadien a dressé le portrait de plusieurs binationaux algéro-canadiens ayant été ciblés par la répression du pouvoir algérien à l’image de Hadjira Belkacem, éducatrice dans une garderie en milieu familial et est fondatrice de l’Association de la sépulture musulmane au Québec, une association qui offre un soutien financier et moral aux familles musulmanes québécoises qui perdent un proche.

Cette citoyenne a a été récemment retenue une douzaine d’heures alors qu’elle s’apprêtait à prendre son vol de retour au Canada et depuis elle est sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire national (ISTN) en raison de soupçons pesant sur son appartenance « à une mouvance terroriste ».

« Ils m’ont demandé, pour l’Association de la sépulture musulmane, comment ont fait les collectes, qui donne de l’argent. Ce genre de questions sur les finances », explique-t-elle dans son témoignage à ICI Radio Canada. Faisant l’objet d’une plainte, elle est officiellement soupçonnée de financer un groupe terroriste.

Après son interrogatoire, et malgré des demandes répétées auprès de plusieurs instances, personne ne lui confirme si elle peut ou non quitter le pays. Elle a depuis embauché un avocat en Algérie pour tenter d’avoir plus d’informations. Hadjira Belkacem n’ose pas s’acheter de nouveau un billet d’avion, de peur d’être encore une fois bloquée aux douanes algériennes. « Je suis allée à l’aéroport deux ou trois fois, je pense. […] La personne qui était à l’aéroport m’a dit : « Madame, il n’y a aucune garantie. Vous pouvez aller acheter votre billet, vous apprêter à embarquer et être refoulée. Il n’y a aucune garantie », a-t-elle confessé à la Radio Canadienne.

Celle-ci rapporte les témoignages de plusieurs autres binationaux comme une certaine  Sabrina qui a témoigner de manière anonyme pour préserver sa sécurité et par crainte de représailles. A l’instar de Hadjia Belkacem, Sabrina est sous enquête en Algérie pour sa participation aux manifestations du Hirak et elle ne peut pas quitter le territoire national même si elle ne dispose pas d’une décision judiciaire en bonne et due forme qui lui annonce sa privation de la liberté de voyager.

Le même média public canadien rapporte aussi le témoignage d’un certain Samir qui était à l’aéroport d’Alger et s’apprêtait à revenir au Canada lorsqu’il a été retenu très longtemps aux douanes par des agents, puis amené à plusieurs endroits pour être interrogé. Ces interrogatoires lui feront manquer son vol de retour. « Au cours des différents interrogatoires, on lui pose des questions sur sa vie, sa famille, mais aussi sur son militantisme au Canada », précise la même source.

Plusieurs autres citoyens algéro-canadiens ont vécu la même mésaventure ces dernières semaines dés leur arrivée à l’aéroport international d’Alger. Ces histoires rappellent le sort sinistre de Lazhar Zouaïmia qui avait été emprisonné fin février en Algérie, accusé de terrorisme en raison son implication citoyenne à Montréal. Il a été libéré le 30 mars dernier et devrait revenir au Canada le 9 avril après avoir bénéficié d’une mesure  de clémence décidée par le Chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, selon les informations révélées par Ici Radio Canada.

Cette répression a produit une vague de frayeur au sein de la communauté algérienne établie sur le sol canadien.  « Le cas Lazhar Zouaïmia, c’est un précédent très très grave, parce qu’on se dit […] si lui, ils l’arrêtent, pourquoi pas nous? C’est plus que de la peur. Les gens sont terrorisés », a confié une immigré algérienne à Ici Radio Canada en expliquant que plusieurs binationaux craignent, désormais, des représailles au point d’annuler des voyages prévus dans les prochains mois en Algérie. « Tous ceux qui sont autour de moi et qui continuent à militer dans le cadre du Hirak ont annulé leur billet », avoue enfin la même interlocutrice.