Kamel Moula, le « Ali Haddad » de la Nouvelle Algérie 

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Le nouveau pouvoir algérien né dans le sillage de la chute du régime Bouteflika a promis une « Nouvelle Algérie » débarrassée de l’influence malsaine des oligarques et des mélanges dangereux entre la politique et l’argent. Cette promesse ne va pas se concrétiser puisque de nouveaux oligarques algériens viennent d’être façonnés par le régime algérien pour prendre la place de ceux qui ont été déchus au lendemain de la crise politique de 2019. 

Et le nouveau visage de ces « bébés oligarques » est sans doute Kamel Moula, le patron des laboratoires privés Venus, l’un des plus importants fabricants algériens de produits cosmétiques qui réalise des revenus avoisinant les 30 millions d’euros par an. Petit  à petit, Kamel Moula est en train de devenir le nouveau « Ali Haddad » de la « Nouvelle Algérie ».

Après avoir échappé miraculeusement à la purge menée depuis 2019 au sein des milieux affairistes, une purge à laquelle plusieurs de ses amis et collègues ont été emprisonnés comme le milliardaire Mohamed Laid Benamor, Kamel Moula va profiter de l’instabilité chronique du pays pour se frayer un chemin vers les décideurs du nouveau régime Tebboune.

C’est justement un conseiller du président algérien Abdelmadjid Tebboune, Abdelhafid Allahoum, qui va le prendre sous son aile pour faire de lui le nouveau visage de ces patrons algériens dociles et fidèles au président Tebboune. Des patrons qui financeront aussi la future campagne des élections présidentielles de 2024 à travers laquelle Tebboune espère obtenir un 2e mandat présidentiel qui lui est vital pour conserver le pouvoir. Et sans bailleurs de fonds ou des patrons généreux acquis à sa cause, Tebboune peut difficilement réaliser son projet politique.

Grâce à ses parents proches qui travaillent au sein de plusieurs services de sécurité en Algérie, Kamel Moula a pu attirer l’attention des conseillers de Tebboune avec lesquels il a fait un pacte : créer un nouveau patronat fort au service de la propagande du président Tebboune. Et c’est ainsi qui est né en février 2022, le Conseil du renouveau économique algérien (CREA), une nouvelle organisation syndicale patronale qui dit aspirer officiellement à contribuer « activement » à la transition économique de l’Algérie, mais qui en réalité,  le nouveau club politique des patrons algériens souhaitant un 2e mandat présidentiel pour Tebboune.

En quelques mois, le CREA est devenu le nouveau FCE de la nouvelle Algérie. Kamel Moula est courtisé par tous les ministres du gouvernement, toutes les portes du pouvoir lui sont ouvertes et les hauts responsables de l’Etat se plient en quatre pour répondre aux sollicitations du nouveau patron des patrons algériens qui parlent ouvertement dans les coulisses du sérail algérien au nom du Président Abdelmadjid Tebboune en se présentant comme son plus fidèle ambassadeur dans le secteur économique.

Tous les autres patronats ont été relégués au second plan et écartés des centres de prise de décision. Plus aucun membre du gouvernement ne leur donne le moindre crédit ni la moindre attention. La Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) ou la Confédération Générale des Entrepreneurs et Opérateurs Algériens (CGEA) ainsi que d’autres petites organisations patronales se retrouvent aujourd’hui totalement marginalisées et leurs structures vidées de leur substance. C’est exactement le même scénario qui s’était produit lorsque le célèbre oligarque Ali Haddad avait été élu fin novembre 2014 à la tête du Forum des chefs d’entreprise (FCE). Choyé par le pouvoir politique, Ali Haddad était devenu plus tard l’un des décideurs les plus influents du pays, encore plus influents que des ministres ou des hauts responsables du gouvernement.

Et comme Ali Haddad en 2014, Kamel Moula était confronté en 2022 à la concurrence de Hassen Khalifati, PDG d’Alliance Assurances, l’un des fleurons des groupes privés d’assurances en Algérie. Khalifati et ses soutiens se sont fortement mobilisés pour tenter de résister au « rouleau compresseur » du clan Moula. Mais c’était sans compter sur « l’intervention d’en haut » du conseiller le plus proche du Président Abdelmadjid Tebboune.