Justice algérienne : la choquante différence de traitement entre les détenus d’opinion et les anciens poids lourds du régime

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Ce dimanche, pour la cinquième fois successive,  le tribunal de Blida a reporté le procès d’Abdelghani Hamel, ancien Directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), et de Noureddine Berrachedi, ancien chef de Sûreté de la wilaya d’Alger, programmé pour aujourd’hui, au 25 juin prochain. Comme lors des derniers reports, les deux principaux accusés, Abdelghani Hamel et Nourredine Berrachedi, ont refusé un jugement à distance, proposé par le juge, au titre des mesures visant à freiner la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19), en application de l’instruction du ministre de la Justice, dictée par la situation sanitaire traversée par le pays.

Tayeb Louh, l’ex-ministre de la Justice, qui figure comme témoin dans cette affaire, ne s’est pas également présenté ce dimanche au tribunal de Blida. L’énième de ce report a provoqué la colère de plusieurs avocats de la partie civile qui ne comprennent pas pourquoi la justice algérienne applique à la lettre les désirs des anciens dirigeants du régime Bouteflika qui refusent d’être jugés par visioconférence.

Les avocats présents ce dimanche au tribunal de Blida ont dénoncé la différence de traitement dont fait preuve la justice algérienne entre les détenus d’opinion et les personnalités politiques de l’ancien régime Bouteflika. Pour les activistes du Hirak et les militants arrêtés pour de simples commentaires ou vidéos sur Facebook, la justice algérienne n’a pas tenu compte des conditions sanitaires du confinement et des risques de l’épidémie du COVID-19.

Ces activistes et militants opposants au régime ont été placés sous mandat de dépôt sans aucune hésitation par la justice algérienne et sans qu’on leur demande le moindre avis. D’autres, et ils sont très nombreux à se retrouver dans ce cas de figure, ils ont été jugés en comparution immédiate et souvent sans la présence de leurs avocats. Ils ont été condamnés, par la suite, à des peines de prison ferme alors que la justice algérienne est, soi-disant, totalement paralysée par la pandémie du COVID-19.

A titre d’exemple, le premier jour du Ramadhan, le tribunal d’El Bayadh avait condamné Mohamed Lagari et Belkhir Mohamed à deux années de prison ferme lors d’un procès expéditif dans le cadre de la comparution immédiate. Plusieurs autres activistes du Hirak ont fait les frais de cette procédure judiciaire arbitraire qui les prive du droit d’être jugé en présence de leurs avocats avec une bonne préparation de leur défense.

Mais si la justice algérienne se montre impitoyable avec les activistes du Hirak, elle n’hésite pas à afficher sa clémence avec les anciens symboles du régime Bouteflika. Pour Abdelghani Hamel et Berrachedi Nourredine, la justice prend à chaque fois leur souhait en considération. Ils sont traités comme des « nobles » et le tribunal de Blida les jugera que lorsque les prévenus pourront se  présenter sur les bancs des accusés. Quant aux militants du Hirak, épidémie ou pas, ils sont traités par nos « tribunaux » comme du « bétail » qu’il faut enfermer vite fait, bien fait…

Rappelons enfin que le ministre de la Justice et Garde des sceaux, Belkacem Zeghmati, a émis le 16 mars dernier, une instruction portant sur la suspension les audiences du tribunal criminel, en première instance et en appel, ainsi que les audiences correctionnelles, à tous les niveaux à l’exception de celles déjà engagées.

Le public ne sera pas autorisé à assister aux procès qui se dérouleront désormais, à distance, dans la mesure du possible, au moment où il a été, aussi, décidé la suspension de la sortie des détenus des prisons à la demande du juge d’instruction, sauf en cas de nécessité absolue liée à la détention provisoire, ainsi que la rationalisation du recours à la citation directe par les procureurs de la République.