Il survit à toutes ses crises : l’incroyable résilience du régime algérien

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Le régime algérien épate et intrigue de nombreux experts en géopolitique et en relations internationales. Et pour cause, il s’agit d’un système qui présente une résilience inédite puisqu’il a survécu à plusieurs crises systémiques qui l’ont secoué depuis sa naissance en 1962. L’Académie de Géopolitique de Paris vient de consacrer une publication spéciale exclusivement consacrée au bilan des 60 ans de l’Indépendance de l’Algérie. Et dans cette publication, de nombreux experts et observateurs ou connaisseurs avertis de l’Algérie ont planché sur le fonctionnement très particulier du régime algérien.

A ce sujet, Madjid Benchikh, Professeur émérite de l’Université de Cergy-Pontoise (Paris Val d’Oise) et ancien Doyen de la Faculté de droit d’Alger a étudié les capacités du système algérien à gérer et affronter les soulèvements populaires. Ce brillant professeur a précisé d’emblée dans sa contribution publiée par cet ouvrage spécialisé que « le système politique mis en place par le Commandement militaire était celui du parti unique conforté par un certain nombre de relais dans la société. C’est ce fonctionnement des institutions au service du « pouvoir réel » qui a été fondamentalement remis en cause par le mouvement populaire de février 2019 dont l’ampleur est exceptionnelle et qui constitue les pré-
misses de la construction démocratique ». Mais avant le Hirak, le régime algérien a connu et subi plusieurs crises internes ou soulèvements populaires. Et malgré cela, il a toujours tiré son épingle du jeu avec quelques concessions, mais aussi et surtout beaucoup de répression.

« Ce système a été marqué par plusieurs crises politiques importantes depuis 1962. Il suffi  de rappeler les coups d’État et les coups de force pour éliminer des chefs d’État et en introniser d’autres. On ne citera que quelques exemples parmi les plus connus : le coup d’État du 19 juin 1965 qui écarte le chef de l’État Ahmed Ben Bella, la démission forcée du Président Chadli Bendjedid, le 11 janvier 1992, et dans ce contexte la mise en place anticonstitutionnelle du Haut Comité d’État (HCE) et consécutivement, l’intronisation inopinée de Mohamed Boudiaf, jusque-là exilé au Maroc », souligne à cet effet Madjid Benchikh qui a mis particulièrement en valeur et en relief l’importance du rôle de l’institution militaire dans la survie du régime algérien.

« De Ben Bella choisi par l’armée dite des frontières puis élu Président de
la République dans le cadre du parti unique en 1963 à Bouteflika candidat appuyé
en 1999 par le Commandement militaire qui le force cependant à la démission en
avril 2019, en terminant par l’actuel chef de l’État, ostensiblement soutenu par le
même Commandement et élu lors d’une élection présidentielle boycottée par une
large majorité du corps électoral », rappelle le même expert en signalant que l’armée a connu en interne plusieurs importantes crises comme en 1967 lorsque le chef d’état-major
de l’ANP (Armée nationale populaire) le Colonel Tahar Zbiri avait tenté d’entrainer
une partie de l’armée dans un coup d’État avorté contre le colonel Boumediene,
devenu chef de l’État en 1965 après avoir évincé Ben Bella.

L’autre l’épreuve très sensible qui a été gérée par le système algérien est « octobre 1988 » et le passage du système du parti unique à une forme de multipartisme qui « n’a été réalisé qu’au prix de multiples heurts et éliminations au sein même du système », précise enfin le même auteur pour expliquer l’incroyable longévité du système algérien.  « C’est contre ce système que, à partir de février 2019, une grande partie du peuple algérien a organisé de larges manifestations qui ont embrassé l’ensemble du territoire national ». Encore une autre crise qui a été jugulée et maîtrisée par le régime algérien avec un déploiement intense de la répression.