Gaz : Grande offensive du Qatar en Europe menaçant ainsi les parts de marché de l’Algérie

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Le Qatar a lancé une offensive de grande ampleur sur le marché gazier européen dans l’optique de profiter de cette diversification décidée dans l’urgence par les pays de l’Union Européenne qui cherchent à tout prix et dans un contexte de guerre contre la Russie de  nouvelles source d’approvisionnement en gaz et en pétrole. Le Qatar veut jouer à l’avenir un rôle important dans cette stratégie au risque de menacer dangereusement les intérêts de l’Algérie qui pourraient perdre ainsi d’importantes parts de marché. 

Un partenariat énergétique entre l’Allemagne, le premier importateur de gaz au monde et le Qatar a été signé ce vendredi 20 mai. Il s’inscrit dans la continuité de la visite dans l’émirat du ministre allemand de l’Économie et du Climat en mars. Depuis plusieurs semaines, l’Allemagne s’active pour réduire sa dépendance énergétique par rapport à la Russie. Pour le gaz, le Qatar doit jouer un rôle central avec les États-Unis pour la livraison de gaz naturel liquéfié. Le cheick Tamim ben Hamad al-Thani a annoncé que les livraisons vers l’Allemagne pourraient commencer plus tôt dès 2024 grâce à une filiale du Qatar qui exploite du gaz aux États-Unis.

Le Parlement allemand a adopté ce vendredi une loi permettant de raccourcir les délais pour l’installation de terminaux flottants au large des côtes allemandes pouvant accueillir du gaz naturel liquéfié. Le premier pourrait entrer en fonction à la fin de l’année. Mais avant l’Allemagne, le Qatar a lancé son implantation dans un autre pays considéré comme un client traditionnel du gaz nature made in Algérie. Il s’agit de l’Espagne.

Mercredi dernier, l’Espagne et le Qatar ont resserré leurs liens économiques lors d’une visite d’Etat de l’émir Tamim ben Hamad Al Thani, jugée stratégique par Madrid qui cherche à diversifier son approvisionnement en gaz depuis la guerre en Ukraine.

Lors de cette visite de deux jours, la première en Espagne de l’émir qatari depuis son accession au trône en 2013, « douze accords ont été signés » entre les deux pays, portant notamment sur l’économie, le commerce, l’éducation et les sciences, a indiqué le gouvernement espagnol, sans donner de détails. Le Qatar a par ailleurs annoncé une forte hausse de ses investissements en Espagne, de l’ordre de cinq milliards de dollars (4,75 milliards d’euros) « au cours des prochaines années », a ajouté l’exécutif espagnol.

Madrid et Doha n’ont pas précisé à ce stade les projets et secteurs qui pourraient bénéficier de ces investissements. Mais une convention a été signée entre le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) et l’agence publique de financement espagnole Cofides, pour « identifier des opportunités d’investissement » en ligne avec le plan de relance européen post-Covid-19 axé notamment sur les énergies renouvelables et le numérique.

La hausse des investissements annoncée par l’émir du Qatar est « un geste de confiance vis-à-vis de l’économie et des entreprises espagnoles », s’est félicité le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, lors d’un forum économique avec des responsables de la délégation qatarie.

Le Qatar, qui possède les troisièmes plus grandes réserves de gaz au monde, est actuellement le cinquième fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, derrière les États-Unis, l’Algérie, le Nigeria et l’Égypte. Le gaz provenant de l’émirat a représenté 4,4% du total des importations espagnoles en avril. D’après Madrid, cette part pourrait augmenter, au vu des capacités de production du Qatar.

« Nous travaillons en étroite collaboration avec nos homologues européens » sur l’« approvisionnement en GNL (gaz naturel liquéfié, NDLR) à long terme » de l’UE, avait ainsi assuré avant la visite l’ambassadeur du Qatar en Espagne, Abdullah Al-Hamar, dans un entretien au quotidien espagnol « 20 minutos ». La tournée européenne de l’émir du Qatar, entamée mardi dernier, va se poursuivre dans les prochains jours avec des déplacements en Allemagne, au Royaume-Uni, en Slovénie, puis au Forum économique mondial qui doit se tenir à Davos en Suisse du 22 au 26 mai. Il est à signaler que le Qatar prévoyait d’augmenter sa capacité d’exportation d’environ 60 % d’ici 2027 avant le début de la guerre, de sorte que l’opportunité à moyen terme de fournir du GNL à l’Europe « sera une aubaine, à la fois économiquement, si les accords sont conclus aux prix actuels, et politiquement », a déclaré à BBC Mundo Karen Young, chercheuse principale et directrice du programme d’économie et d’énergie du groupe de réflexion du Middle East Institute, à Washington DC.

Rappelons enfin que le GNL est une forme de gaz réfrigéré dont le prix est plus élevé que celui du gaz naturel, mais qui présente un gros avantage : il est plus facile à transporter. Il peut être chargé sur des navires et ne nécessite pas la construction d’énormes gazoducs avec des investissements à long terme de plusieurs millions. Dans la production du GNL, le Qatar domine largement l’Algérie qui ne cesse de reculer dans le classement mondial des producteurs de GNL en raison de ses investissements limités dans ce domaine.

L’Algérie possède 8 méthaniers : 3 méthaniers de 75 mille m3, le Abbane Ramdane avec 125 mille m3, le Berge d’Arzew avec 138 mille m3, le Lalla Fatma N’Soumer avec 145 mille m3 et le Ougarta et le Tessala avec 172 mille m3.  Les capacités additionnées de ces 8 méthaniers font ressortir une capacité totale de transport de GNL de 977.000 de mètres cubes, soit près d’un million de M3. En juin 2020,  Qatar Petroleum s’est engagée pour acquérir 100 méthaniers pour 19,2 Md$.

Le Qatar entend ainsi répondre aux besoins en transport que va générer l’accroissement de sa production de gaz, qui sera portée à 126 Mt par an d’ici 2027 contre 77 Mt. Le Qatar est notamment engagé dans le projet North Fiel, un grand champ gazier offshore qu’il partage avec l’Iran, lancé en 2017 après un moratoire de douze ans. Selon les sources officielles, le pays du golfe Persique produit 623 million de m3/jour (22 bcf/jour) de gaz naturel. Avec toutes ces ambitions gigantesques, le Qatar représente plus que jamais une grande menace contre les intérêts algériens en Europe et risque de rafler à notre pays la place de 3e fournisseur de gaz naturel de l’Europe.