Exclusif. Vol à moitié vide Oran-Adrar : un faux scandale et des innocents sacrifiés par l’arbitraire

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Jeudi 11 août dernier, deux employés de la compagnie aérienne nationale Air Algérie ont été placés sous mandat de dépôt par le juge d’instruction près le tribunal d’Essania d’Oran, dans une affaire relative au décollage d’un avion à moitié vide, abandonnant des passagers à la recherche de places. Cette affaire avait été présentée comme étant un scandale inédit qui révèle le grand mépris dont font preuve les responsables d’Air Algérie à l’encontre des voyageurs algériens. Il s’avère que cette affaire est une pure et simple machination, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. Les employés emprisonnés sont victimes d’un arbitraire ignoble car tous les mauvaises actions qui leur ont été imputées s’appuient sur des informations totalement infondées. Explications. 

Ce soi-disant scandale avait défrayé la chronique depuis le 31 juillet dernier et c’est le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui l’avait révélé en personne lors son interview présidentielle diffusée sur l’ensemble des chaînes de télévision algériennes. « Dernièrement, un avion qui effectuait un vol à partir d’Oran vers le sud du pays a décollé avec 100 sièges vides, alors que des passagers étaient sur place pour voyager », avait déploré ainsi Abdelmadjid Tebboune.

Ce dernier a utilisé cette affaire comme exemple illustrant  « la généralisation de la bureaucratie au sein de l’administration algérienne ». Dans ce même sillage, Tebboune avait fait savoir qu’un responsable local de la compagnie aérienne a « empêché les voyageurs d’embarquer après une altercation » pour que l’avion quitte le tarmac, presque « vide ». C’est à la suite de cette intervention télévisée du Président que la Justice algérienne s’est mobilisée pour « punir les responsables et acteurs de ce scandale ».

10 jours après les déclarations fracassantes de Tebboune, les premières sanctions tombent. En plus des « deux salariés placés en détention »  pour «abus de fonction», trois autres ont été placés sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction près le Tribunal d’Essania.

Mais la Justice algérienne, comme à son habitude, s’est contentée de calmer la colère des dirigeants politiques sans faire la moindre investigation rigoureuse et sérieuse. Et pour cause, toutes les informations rapportées à propos de ce scandale sont fausses. En effet, le vol d’Air Algérie qui avait décollé soi-disant presque vide est en réalité un vol charter qui avait été mis en place pour relier Oran à Adrar au sud du pays. Ce vol avait été programmé à la mi-juillet et il devait permettre à des vacanciers originaires d’Adrar de rejoindre leurs domiciles après avoir achevé leur séjour balnéaire à Oran. Selon nos vérifications, ce vol n’avait jamais décollé vide et seuls 7 passagers avaient manqué à l’appel car ils ont été empêchés d’embarquer à bord de l’avion par la Chef d’Escale d’Air Algérie à l’aéroport d’Oran, une certaine Amel Triki. Cette dernière avait refoulé 3 passagers qui n’étaient pas titulaires d’un billet d’avion en bonne et due forme. Ces 3 passagers étaient accompagnés par 4 enfants mineurs. Amel Triki avait refusé catégoriquement de déroger à l’une des règles élémentaires qui régissent le transport aérien, à savoir l’obligation d’être muni d’un billet d’avion pour pouvoir voyager à bord d’un vol d’une compagnie aérienne agréée pour assurer le trafic aérien national.

Les passagers refoulés sont les disciples d’une influente Zaouia basée à Adrar. Il s’agit de l’une des zaouias les plus influentes et puissantes du pays et qui entretient des relations approfondies avec l’entourage familial du Président Abdelmadjid Tebboune. Mécontents de ce qu’ils ont qualifié de « mauvais traitements » qui leur ont été infligés par la Chef d’Escale d’Air Algérie à Oran, ces passagers ont mobilisé ensuite leurs relations pour « porter cette affaire » jusqu’au Palais Présidentiel d’El-Mouradia. Abdelmadjid Tebboune a eu droit à une seule version des faits, celle de ces passagers dépités et en colère contre une simple fonctionnaire d’Air Algérie.

Une enquête a été diligentée par l’inspection générale de la Présidence de la République. Amel Triki et d’autres employés d’Air Algérie à Oran ont été auditionnés. La Chef d’Escale d’Air Algérie a défendu bec et ongles ses prérogatives et a justifié son comportement à l’égard des passagers originaires d’Adrar en présentant des arguments fondés sur le respect de la réglementation régissant le transport aérien. La direction générale d’Air Algérie avait prononcé des suspensions provisoires à l’égard d’Amel Triki et de plusieurs autres employés de la compagnie à Oran. Dans la semaine ayant suivi ces suspensions, ces employés ont été mis en congé forcé.

Au début du mois d’août, la justice se saisit de ce dossier et décide de « couper les têtes » des personnes qui ont provoqué la colère du Président de la République. Sans chercher à rétablir la vérité et sans respecter la moindre procédure de droit, Amel Triki et un autre responsable d’Air Algérie à Oran occupant les fonctions de chef de groupe, ont été placés en détention provisoire. Deux personnes ont été ainsi sacrifiées pour « plaire » au Chef de l’Etat et conforter ses propos alors que les faits qui leur sont reprochés sont « mineurs » pour ne pas dire « infondés » et ne nécessitent nullement un quelconque placement en détention. C’est donc bel et bien une dérive qui en dit long sur l’instrumentalisation politique de l’appareil judiciaire en Algérie.