Exclusif. L’incroyable histoire de Zoulikha alias Maya B. ou l’incendiaire blonde qui se faisait passer pour la fille de Bouteflika

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Algérie Part a consacré de nombreux articles sur la mystérieuse Maya B. ou celle qu’on appelait la « blonde de Moretti » qui séduisait les hauts responsables du régime algérien et ouvrait toutes les portes du pouvoir en se présentant comme la « fille cachée » de l’ex-Président Abdelaziz Bouteflika.  Pour la première fois, Algérie Part va vous révéler l’identité réelle de cette dame, accompagnée toujours de ses deux filles lors de ses sorties mondaines, qui a provoqué énormément de ravages au sein du sérail algérien. 

Il faut savoir que Maya B. est emprisonnée depuis le mois début du mois de juillet 2019. Dans la discrétion la mieux préservée, la justice algérienne a décidé de l’incarcérer pour limiter l’onde de choc que pourrait provoquer les scandales dans lesquels elle est impliquée. Son véritable nom est Nechnach Zoulikha. Elle est née 1957. Elle se trouve à la prison de Koléa depuis le mois de juillet 2019. Ses deux filles  s’appellent Laichi Imène, née en 1984, et Laichi Sarah née en 1987. Nechnach Zoulikha est née d’une maman suisse. Ses filles possèdent officiellement la nationalité américaine et espagnole. Mais à Alger, Zoulikha se fait appeler Maya. B. On reviendra sur ce détail au cours de notre enquête.

Ses deux filles, Sara et Imène, ont été incarcérées à la prison de Koléa avec leur mère en juillet 2019. Elles ont été remises en liberté, un mois plus tard, lorsqu’elles ont fait appel à la chambre d’accusation de la Cour de Tipaza. C’est le tribunal de Chéraga qui avait décidé de les placer en détention provisoire.

Mais Sara et Imène retrouvent la prison en octobre 2019 car elles ont été condamnées à 18 mois de prison ferme dans une précédente affaire de faux et usage de faux. Elles retrouveront, une nouvelle fois, la liberté en avril dernier profitant des dispositions d’un décret présidentiel signé par Abdelmadjid Tebboune le 1er avril 2020 et « portant des mesures de grâce au profit de 5037 détenues ».

Sara et Imène retrouvent leur domicile à Moretti au sein de la Résidence d’Etat de Club-des-Pins alors que leur mère est toujours incarcérée à Koléa. Officiellement, Zoulikha Nechnach et ses deux filles faisaient l’objet d’une enquête déclenchée par la Direction générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) de l’ex-DRS depuis le mois de janvier 2017. Comme il avait été révélé par Algérie Part, leur domicile à Moretti a été perquisitionné le 17 février 2017 par une équipe des agents de la caserne Antar dépendant  de la DGSI. Ce jour-là, ces agents saisissent plus de 200 mille euros, plus de 30 mille dollars et plus de 12 milliards de centimes et 17 kilos de bijoux en or. Une immense fortune que Madame Zoulikha, alias Maya B. a pu amasser en fructifiant de juteuses affaires auprès de plusieurs opérateurs économiques et hommes d’affaires au profit desquels elle intervenait au plus haut sommet du pouvoir algérien afin de leur procurer des terrains, assiettes foncières, crédits bancaires ou autorisations débloquant des projets d’investissements un peu partout en Algérie.

En février 2017, Maya B. et ses filles ont été placées en garde-à-vue pendant 4 jours à la caserne Antar. Elles ont été ensuite libérées, mais leurs passeports ont été saisis pour les empêcher de quitter le territoire national. Mais comme l’affaire n’ jamais été transmise à la justice, Maya et ses deux filles font une déclaration de perte et font de nouveaux passeports algériens ! C’est l’affaire de faux et usage de faux pour laquelle elles ont été condamnées plus tard à 18 mois de prison ferme. Mais passons, le plus croustillant est ailleurs.

L’enquête déclenchée par la DGSI en janvier 2017 tombe mystérieusement à l’eau. Maya B. reprend son train de vie « princier » à Moretti et sa vie mondaine comme si rien ne s’était passé.

En juillet 2019, le scandale éclate dans le sillage des évènements politiques bouleversant l’Algérie depuis l’enclenchement du le Hirak du 22 février 2019. Comme les autres piliers du clan présidentiel des Bouteflika, la mystérieuse « Maya » est ébranlée et les services de la gendarmerie nationale ayant repris les investigations de la DGSI ont procédé à son arrestation.

Ceci dit, les enquêteurs de la gendarmerie nationale ont gardé très jalousement le secret autour de cette femme qui avait joué un rôle troublant dans les affaires de corruption au sein du sérail. Et pour cause, Maya, la femme blonde au charme dévastateur, était connue uniquement du gratin politique algérien. L’ex-patron de la DGSN, Abdelghani Hamel, mettait à sa disposition toute une escorte policière pour la protéger et veiller sur sa sécurité. Et Mohamed El Ghazi, l’ex-ministre du Travail de 2014 à 2017, ancien Wali d’Annaba entre 2008 et 2013 et ancien Wali de Chlef de 2001 jusqu’à 2008, chargeait régulièrement son fils de l’introduire dans les bureaux de tous les walis du pays lorsqu’elle avait besoin de résoudre des problèmes bureaucratiques pour ses affaires. Elle était toujours recommandée par l’ex-secrétaire particulier d’Abdelaziz Bouteflika, à savoir Mohamed Rougab, l’un des dirigeants les plus influents ces dernières années au sein du sérail des Bouteflika.

C’est Mohamed Rougab qui téléphonait aux hauts responsables de l’Etat pour leur demander de recevoir officiellement « Maya », la fille discrète du Président Bouteflika ! L’insistance et le lobbying du secrétaire particulier du Président ont ouvert toutes les portes du pouvoir à la fameuse « Maya » dont le nom de famille est gardé très soigneusement par les services de sécurité. Plusieurs sources concordantes ont confié à Algérie Part que madame Maya appelait directement ses interlocuteurs, les hauts responsables du pays, depuis le standard de la… Présidence ! C’est dire enfin que cette femme jouissait vraiment d’énormes « privilèges » qui lui ont permis d’amasser une fortune considérable dont les montants restent toujours indéfinissables.  Gardes du corps, chauffeurs personnels, argents, bijoux en or, résidence d’Etat de Club-des-Pins et des hauts responsables à son bon vouloir, la fameuse « Maya » avait tout pour elle dans cette Algérie des Bouteflika.

 

Mais en juillet 2019, lorsqu’elle est présentée au tribunal de Chéraga, personne n’a osé citer son nom ou produire un témoignage à son encontre alors que la maison de Moretti perquisitionné en février 2017 par la DGSI lui appartient. Pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir convoqué Mohamed Rougad pour élucider cette énigme ? Personne n’a voulu répondre officiellement à nos questions.

En réalité, des lobbys ont tenté d’étouffer ce scandale en sacrifiant uniquement certaines personnalités au détriment du personnage principal qui détient tous les secrets de ce feuilleton rocambolesque, à savoir Mohamed Rougab.

En effet, le tribunal de Chéraga a uniquement inculpé les deux anciens ministres, à savoir Mohamed El Ghazi, l’ex-Wali d’Annaba et ministre de l’emploi et sécurité sociale, ainsi que Abdelghani Zaalane, ex-wali d’Oran et ex-ministre des Transports et des Travaux Publics. Ensuite, le parquet du tribunal de Chéraga décide d’inculper l’ex-patron de la DGSN, Abdelghani Hamel et 12 autres personnes dont le fils de l’ex-ministre Mohamed El Ghazi, Chafi El Ghazi.

Malheureusement, force est de constater que la justice a totalement bâclé cette affaire pour ne pas attirer les projecteurs sur la figure de Maya B., l’énigmatique fille cachée du Président Abdelaziz Bouteflika.

Lorsqu’il avait été auditionné par des magistrats de la Cour Suprême en juillet 2019, Mohamed Rougab a reconnu qu’il connaissait parfaitement la fameuse Maya B. Il avait révélé dans sa déposition que cette femme venait régulièrement à la Présidence de la République pour rencontrer Abdelaziz Bouteflika. Mohamed Rougab révèle même aux juges qu’elle s’habillait de façon très provocante et aguichante. L’ex-secrétaire particulier à la Présidence a raconté qu’il avait suggéré à Abdelaziz Bouteflika de ne plus tolérer la présence de cette femme au Palais Présidentiel en raison de ses tenues jugées trop « incorrectes ».

Comme par hasard, Mohamed Rougab ne s’est jamais expliqué sur ce qu’il racontait à Hamel, l’ex-patron de la DGSN, ou les autres ministres du gouvernement lorsqu’il leur disait que cette Maya était la fille cachée du Président Bouteflika ! Rougab a raconté aux juges une version des faits totalement tronquée qui l’innocente totalement et lui confie le « bon rôle ». Les juges n’ont pas fait leur travail en confrontant le récit de Rougab aux faits dévoilés par ce dossier délicat.

Toute l’enquête judiciaire a été, par la suite, biaisée et des coupables furent rapidement trouvés. Il s’agit notamment de l’ex-ministre Mohamed El Ghazi et son fils Chafi ainsi que de l’ancien Wali d’Oran Abdelghani Zaalane. Mohamed El Ghazi est accusé d’avoir octroyé un terrain en concession à Chlef à cette Maya. B qui voulait développer un parc d’attractions. Or, cette affaire remonte, selon nos investigations, à 2005 et le terrain a été récupéré par l’Etat à partir de 2017. Et c’est l’ex-secrétaire particulier de Bouteflika, Mohmad Rougab, qui avait appelé Mohamed El Ghazi, ce dernier était le Wali de Chlef au moment des faits, pour lui demander de « prendre en charge » les doléances de cette femme issue de la « famille du Président ». Pourquoi la justice algérienne n’a pas réclamé des explications à Rougab ? Parce que ce dernier a été protégé par le nouveau régime mis en place par Ahmed Gaid Salah dés avril 2019.

Quand à Chafi El-Ghazi, il a été inculpé et incarcéré pour avoir conduit seulement des « amis » à Maya B. jusqu’au bureau d’Abdelghani Zaalane à la wilaya d’Oran en 2016. Abdelghani Zaalane est accusé d’avoir octroyé un terrain à des hommes d’affaires amis de Maya B. Mais cette concession fut rapidement annulée avant la fin de l’année 2017. Aucun préjudice financier n’a été donc déploré par le Trésor Public. Et comme Mohamed El Ghazi, c’est Mohamed Rougab qui avait introduit Maya B. auprès de l’ex-Wali d’Oran, Abdelghani Zaalane. En dépit de tous ces faits vérifiables par les juges, le tribunal de Chéraga comme la Cour Suprême ont épargné étrangement Mohamed Rougab, l’homme qui arrangeait tous les rendez-vous à Maya. B, l’homme qui l’introduisait au sein de toutes les institutions du sérail algérien.

Zaalane, El Ghazi et son fils ont été « sacrifiés »  et se retrouvent en prison. Mais la vérité n’a jamais éclaté et aucun juge n’a pu élucider le mystère de cette Maya. B ou Zoulikha Nechnach de son vrai nom. Est-elle la véritable fille cachée de Bouteflika ? Ou s’agit-il d’une simple comédienne formée et manipulée par Mohamed Rougab pour l’instrumentaliser dans des affaires d’enrichissement illicite ? Malheureusement, au regard du traitement judiciaire accordé à ce scandale par la justice algérienne, on risque de ne jamais trouver les réponses à ces questions.