Exclusif. Le milliardaire Abdelmalek Sahraoui a versé chaque mois des sommes colossales pour « acheter » le silence de plusieurs officiers de la gendarmerie algérienne

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De tous les oligarques de l’ère Bouteflika, il est le seul qui a survécu à la purge menée par la justice algérienne et les services de sécurité. En effet, le milliardaire Abdelmalek Sahraoui a conservé en impunité toute son immense fortune qui avoisine les 1 milliard de dollars alors qu’il s’est enrichi illicitement durant les 20 dernières années en profitant des mêmes largesses ou mécanismes de corruption qui ont permis l’enrichissement d’Ali Haddad, Mourad Oulmi, Mahieddine Tahkout, Mohamed Laid Benamor ainsi que tous les autres richissimes oligarques incarcérés à El-Harrach depuis la chute des Bouteflika le 2 avril 2019. 

Comme tous ces oligarques emprisonnés et sous enquête, Abdelmalek Sahraoui s’est enrichi grâce à des lignes de crédits évaluées en plusieurs milliards de Da, des concessions agricoles qui lui ont permis d’exploiter des milliers d’hectares à Mascara, Saida, El-Bayadh ou Adrar, ou des facilités déconcertantes qui lui ont permis de fonder la première chaîne privée de stations-service. Il s’agit effectivement de Petroser qui a raflé des parts de marchés importants à NAFTAL, la société nationale de distribution des carburants et filiale de Sonatrach, notamment dans les wilayas de l’ouest du pays. Petroser est l’entreprise la plus prospère du groupe privé dirigé par Abdelmalek Sahraoui et ses frères appelé le groupe Promo Invest.

Algérie Part avait publié de nombreuses enquêtes au cours desquelles nous avons apporté de nombreuses révélations sur les pratiques illicites, immorales et illégales d’Abdelmalek Sahraoui. Et malgré cela, aucune instance judiciaire n’a daigné inquiéter Abdelmalek Sahraoui. Ce dernier se cache même derrière son immunité parlementaire acquise en mai 2017 lorsqu’il avait été élu dans des conditions troublantes député FLN de la wilaya de Mascara.

Une immunité parlementaire qui ralentit et bloque, pour l’heure, toute action judiciaire. Cependant, nous avons découvert au cours de nos investigations que le milliardaire Abdelmalake Sahraoui ne s’est pas contenté de s’armer de son immunité parlementaire pour se prémunir contre la machine judiciaire. Abdelmalek Sahraoui a arrosé de nombreux officiers de la gendarmerie nationale, le corps sécuritaire chargé essentiellement par la justice algérienne de mener les investigations sur les gros scandales de corruption. En effet, si la gendarmerie nationale n’a épargné aucun oligarque de l’époque d’Abdelaziz Bouteflika, mais Abdelmalek Sahraoui a été étrangement oublié. Pourquoi ? Parce que le sieur Abdelmalek Sahraoui a sorti rapidement le chéquier pour acheter le silence des officiers de la gendarmerie nationale.

A titre d’exemple, dans la wilaya de Mascara, le colonel de la gendarmerie nationale Hichem Benzahira alias Youcef, du groupement territorial de Mascara, touchait chaque mois un pot-de-vin de « 500 millions de centimes » pour acheter le silence et la complicité de plusieurs enquêteurs et brigadiers de la wilaya de Mascara, le lieu de résidence du milliardaire Abdelmalek Sahraoui et de ses frères qui font officiellement objet d’une enquête judiciaire diligentée par le parquet du tribunal de Sidi M’hamed depuis le mois de juillet 2019.

La justice a officiellement demandé à la brigade de recherches de Bab Jedid de lancer leurs investigations sur la fortune suspecte d’Abdelmalek Sahraoui et de ses frères. Or, cette enquête de la brigade de recherches de Bab Jedid a traîné durant de longs mois notamment en raison des complicités internes au sein de la gendarmerie nationale dont plusieurs hauts responsables ont intervenu régulièrement pour tenter de protéger Abdelmalek Sahraoui.

Oui, le député milliardaire de Mascara ne s’est pas limité à acheter le silence des brigadiers de sa wilaya natale. Il s’est également rapproché des enfants du premier patron de la Gendarmerie Nationale, le général-major Abderrahmane Arar. L’un des fils du patron de la gendarmerie algérienne est associé secrètement à Abdelmalek Sahraoui dans l’exploitation d’une carrière à Relizane à l’ouest du pays. C’est avec cette alliance secrète que l’un des plus corrompus oligarques de l’ère Bouteflika a pu survivre à la purge organisée par la justice algérienne depuis avril 2019.

Rappelons enfin que le 29 mai dernier, la gendarmerie nationale a pondu un communiqué pour répondre à notre précédent article concernant la protection dont jouit Abdelmalek Sahraoui de la part des enquêteurs de cette institution sécuritaire censé investiguer sur les conditions troublantes de son enrichissement.

Selon la cellule de communication de la gendarmerie nationale, la police judiciaire qui a enquêté sur l’affaire sous la supervision directe de l’autorité judiciaire compétente confirme que le dossier d’enquête a été préparé et présenté au niveau de l’autorité judiciaire habilitée à statuer dans l’affaire. La gendarmerie nationale a voulu ainsi se laver les mains dans cette affaire en renvoyant la balle au ministère de la Justice qu’elle accuse indirectement de camoufler le dossier d’Abdelmalek Sahraoui. Mais Algérie Part a obtenu encore de nouveaux éléments sur les complicités en haut lieu dont bénéficie encore aujourd’hui le dernier des oligarques algériens. Nous y reviendrons dans nos prochaines révélations.