Exclusif. Le beau cadeau offert par les autorités algériennes pour convaincre Total de ne pas se retirer d’un important projet pétrochimique à Arzew

0
418

Les autorités algériennes ont fait des pieds et des mains pour persuader le géant français Total de ne pas se retirer d’un important projet pétrochimique prévu depuis 2018 à Arzew dans la wilaya d’Oran. Fait inédit dans les annales des négociations autour des investissements étrangers dans le secteur des hydrocarbures en Algérie, la direction générale de Sonatrach est allée jusqu’à proposer un rabais exceptionnel de 30 % sur les prix de fourniture du gaz naturel, la matière première qui sera principalement utilisée pour faire fonctionner le complexe de production de polypropylène à Arzew à l’ouest du pays, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. 

Il s’agit effectivement d’une réduction de 30 % des prix du gaz naturel par rapport aux actuels cours mondiaux que Sonatrach a proposé à Total pour le convaincre de ne pas se retirer du projet « STEP » pour la Réalisation et l’Exploitation du complexe de déshydrogénation du propane et production du polypropylène (PDH – PP) prévue dans la Zone Industrielle d’Arzew. 30 % de rabais sur les prix du gaz est une option unique dans son genre qui n’a jamais été proposée auparavant par la direction générale de Sonatrach à un groupe étranger. C’est la première fois que l’Algérie consent à des diminutions de prix aussi significatives. Cette proposition a, d’ailleurs, suscité un véritable tollé au sein de certaines directions du groupe de Sonatrach où des cadres dirigeants ne comprennent pas le bien-fondé de cette démarche commerciale jugée « suicidaire ».

En effet, au moment où les cours mondiaux du gaz naturel ne cessent d’augmenter en raison d’une conjoncture mondiale très tendue à cause des évolutions alarmantes de la guerre en Ukraine, la direction générale de Sonatrach « brade » son gaz à moins de 30 % dans le seul but de maintenir son association avec le géant français Total dans un projet pétrochimique qu’elle aurait pu réaliser avec un éventuel autre partenaire étranger beaucoup plus flexible.

Pour rappel, Algérie Part avait révélé le 18 juin 2022 que le géant français Total avait adressé un courrier à la direction générale de Sonatrach pour l’informer de sa volonté de se retirer du projet pétrochimique d’Arzew estimant qu’il n’était plus rentable  en raison de la hausse des coûts de production et de la matière première notamment le gaz naturel. Au lieu des 1,4 milliard de dollars USD prévus initialement pour financer ce projet, Total estimait que ce projet va coûter finalement nettement plus de 2 milliards de dollars USD en raison de la nouvelle conjoncture économique et financière mondiale.

Prévu depuis 2019 et qui devait entrer en production à partir de septembre 2022, ce projet commun entre Sonatrach et Total avait connu de nombreux retards à la suite de gels des investissements dans le secteur des hydrocarbures décidés par les autorités algériennes et l’actuelle administration de Sonatrach en 2020 et 2021. Ces retards ont suscité des dysfonctionnements majeurs qui ont compromis la réalisation de ce projet, avait laissé entendre Total dans son courrier à travers lequel le géant français veut préparer son partenaire Sonatrach à un désengagement progressif de ce projet pétrochimique ambitieux dont l’économie algérienne avait cruellement besoin.

Lors de la signature du 17 janvier 2019 des statuts de la nouvelle société commune SONATRACH Total Entreprise Polymères « STEP » pour la Réalisation et l’Exploitation du complexe de déshydrogénation du propane et production du polypropylène (PDH – PP) dans la Zone Industrielle d’Arzew, la Sonatrach s’était engagé à fournir au profit de ce projet pétrochimique du gaz naturel facturé à 15 % moins cher que les prix internationaux. En dépit de cet avantage commercial alléchant, Total avait décidé de se désengager ce projet prétextant des difficultés avérées pour rentabiliser dans les délais impartis ce projet industriel.

Prise de panique, la direction générale de Sonatrach riposte en relançant les négociations avec Total pour lui proposer un nouveau deal alléchant visant à « fidéliser » le partenaire français afin de pouvoir concrétiser enfin ce projet de production de synthèse du polypropylène à partir du propane. Ce dernier sera fourni par les installations existantes de séparation du GPL sur un site voisin. Les délais de réalisation de ce projet devait être de 36 mois avant de connaître des retards incessants. L’Algérie a importé en 2017 près de 89 000 tonnes de polypropylène. Grâce à une capacité de production de 550 000 tonnes par an, la future usine STEP devait permettre à l’Algérie de devenir un exportateur de cette matière première pour la plasturgie.

Signalons enfin que cette nouvelle proposition de Sonatrach aurait visiblement convaincu Total de ne pas de désengager de ce projet pétrochimique en Algérie. Et pour cause, le 24 août dernier,  TotalEnergies avait démenti dans une déclaration à l’agence de presse Reuters l’information selon laquelle il avait décidé de s’en retirer du projet. Le groupe français a assuré, selon l’agence Reuters, poursuivre son engagement dans le projet de construction d’un complexe pétrochimique à Arzew (wilaya d’Oran). C’est dire que les nouveaux avantages offerts par Sonatrach ont incité le géant français à changer de position.