Exclusif. Gaz Naturel : les mises en garde alarmantes d’un grand cabinet américain à propos de la gestion dangereuse du gisement de Hassi R’mel

0
143

Le gisement gazier de Hassi R’mel, le plus grand gisement gazier en Algérie qui assure plus de 57 % de la production du gaz naturel de notre pays, est géré dans des conditions dangereuses qui menacent sa survie, avertit un rapport détaillé et confidentiel réalisé par un prestigieux cabinet américain au profit de la compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. 

Ce rapport est le fruit de l’expertise du cabinet DeGolyer and MacNaughton (DMN), cabinet de conseil indépendant spécialisé dans l’industrie pétrolière. Basé à Dallas au Texas, ce cabinet est réputé mondialement pour  ses évaluations de ressources, des conseils sur les réserves, la modélisation de réservoirs, des analyses géologiques et pétrophysiques. Il réalise depuis plusieurs années pour le compte de Sonatrach des rapports sur la planification du développement des gisements des hydrocarbures, des conseils sur l’amélioration de la production, des conseils sur les problèmes de rapports financiers et des prévisions financières pour les découvertes pétrolières ou gazières.

Selon nos investigations, le plus récent rapport transmis par DMN aux services de la direction générale de Sonatrach a lancé de sérieuses mises en garde contre les conséquences néfastes de l’actuel mode de gestion du grand gisement gazier de Hassi R’mel. Selon ce rapport d’expertise, le gisement de Hassi R’mel a besoin annuellement de « consommer » 30 milliards de M3 de gaz réinjectés pour pouvoir continuer à produire environ 74 milliards de M3 de gaz naturel que Sonatrach peut exploiter commercialement pour les besoins de la consommation nationale ou dédier aux exportations à l’étranger pour honorer ses contrats gaziers avec ses plus importants clients européens comme l’Italie ou l’Espagne.

La technique de la réinjection de gaz concerne la réinjection de gaz naturel dans un réservoir souterrain, généralement dans un réservoir contenant déjà à la fois du gaz naturel et de pétrole brut, afin d’augmenter la pression dans le réservoir et ainsi augmenter le débit de pétrole brut ou encore séquestrer le gaz qui ne peut pas être exporté. Après que le brut ait été pompé, le gaz naturel est une fois encore récupéré. Comme bon nombre des puits découverts partout dans le monde contiennent du pétrole brut lourd, ce processus augmente leur production.

Cependant, il s’avère que Sonatrach a diminué dans des proportions inconscientes les quantités du gaz réinjecté dans le réservoir du gisement de Hassi R’mel, déplore ce rapport de DMN. Cette source révèle ainsi que la Sonatrach a réinjecté uniquement 14 milliards de M3 en 2021 et depuis le début de cette année 2022, les volumes de gaz réinjecté pour les besoins vitaux de préservation du gisement de Hassi R’mel sont inférieurs à 10 milliards de M3. Une quantité insignifiante qui ne permet nullement d’assurer l’entretien et la sécurisation du plus important et grand gisement gazier en Algérie.

Ces pratiques de Sonatrach sont de véritables dérives qui menacent l’intégrité du gisement de Hassi R’mel et compromet dangereusement l’avenir de la production nationale du gaz naturel dans notre pays. Il faut savoir que les réserves restantes de ce gisement tourneraient autour 900 milliards de mètres cubes, soit 32% des réserves de gaz du pays, et à ce rythme de production, ce gisement cesserait de produire dans une douzaine d’années. Il est donc évident que dès lors que ces deux méga-gisements en déplétion contrôlent l’essentiel de la production nationale, cette dernière doit décliner du fait que les nouvelles découvertes n’arrivent pas à compenser les quantités produites et commercialisées. Et si les volumes de gaz réinjectés sont encore tirés vers le bas dans les mois à venir, la durée de vie de Hassi R’mel risque d’être réduite encore plus dramatiquement. L’actuelle direction générale de Sonatrach joue ainsi avec l’avenir de la plus importante richesse nationale.