Exclusif. Fortes tensions entre Anadarko et Sonatrach : les américains craignent un nouvel incident dangereux à El Merk

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El Merk, le deuxième gisement pétrolier en Algérie, est au coeur de vives tensions entre la compagnie américaine Anadarko et la compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach. La compagnie américaine Occidental Petroleum Corporation, la maison mère de la société Anadarko Algeria Company (AAC) depuis août 2019, a adressé récemment une sévère mise en garde à la direction générale de Sonatrach la prévenant des conséquences fâcheuses si un nouvel incident ravage pour la deuxième fois successive les installations pétrolières du gisement d’El Merk, a appris Algérie Part au cours de ses investigations. 

Dans cette correspondance, la maison mère d’Anadarko Algeria Company a demandé à la direction générale de Sonatrach de prendre la responsabilité de couvrir tous les frais d’un futur incident au niveau des installations de traitement des hydrocarbures d’El Merk. Cette mise en garde est intervenue, a-t-on encore appris au cours de nos investigations, à la suite des décisions du PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, concernant le maintien partiel des activités de forage et de traitement des hydrocarbures du gisement d’El Merk alors que ce dernier risque une deuxième explosion similaire à celle du 21 octobre 2020 qui a provoqué des pertes matérielles considérables pouvant coûter jusqu’à plus de 150 millions de dollars.

Depuis cet incident, une mission d’inspection composée par plusieurs experts relevant du département Hygiène, Sécurité, Environnement (HSE) de Sonatrach a confirmé dans son rapport d’expertise que les origines de cet incident ayant ravagé entièrement le four du train 2, une importante chaîne de production du centre de l’usine de traitement (CPF) construit par la compagnie britannique PETROFAC de 2009 jusqu’à 2017 à El Merk, sont liées aux déficiences constatées dans la maintenance et entretien des installations classées sensibles de ce site pétrolier. Les travaux de maintenance et d’entretien n’ont pas été effectués depuis 2019 au niveau des installations pétrolières d’El Merk.

Les experts de cette même mission d’inspection avait reconnu également dans son rapport que les systèmes d’alarme de l’usine CPF d’El Merk ont été volontairement désactivés pour les empêcher de sonner l’alerte immobilisant au passage les équipements de production. Ces systèmes d’alarme interviennent lorsque les délais de maintenance n’ont pas été respectés et rappellent aux gestionnaires du site de production que les installations pétrolières sensibles encourent un danger d’incendie si des travaux de maintenance ne sont pas menés dans les délais fixés par les cahiers de charges encadrant les activités du site.

Il s’avère, a pu constater également Algérie Part au cours de ses investigations, que la direction générale de Sonatrach n’a pas du tout pris en en compte ces consignes strictes continuant ainsi à exploiter le gisement d’El Merk sans observer les pauses nécessaires à la maintenance des équipements du CPF. Les partenaires américains de Sonatrach avaient réclamé à maintes reprises l’observation stricte de ces pauses de maintenance, mais malheureusement l’inconscience de la direction générale actuelle de Sonatrach qui s’est aveuglée à maintenir la production continue du gisement d’El Merk a fini par provoquer l’incident effrayant du 21 octobre 2020. Depuis cet incident, le gisement El Merk a perdu 50 % de sa capacité de production quotidienne, soit au moins 50 mille barils par jour. Une véritable catastrophe financière pour l’Algérie.

Or, désormais, les experts HSE recommandent l’arrêt total de la production en attendant l’achèvement des travaux de réparation du train 2 du CPF d’El Merk. Les partenaires américains de Sonatrach ont fait la même recommandation pour éviter que le train 1 ne soit ravagé par un autre incendie qui portera un coup fatal à l’ensemble des installations de ce site pétrolier. Malheureusement, l’aveuglement de la direction générale actuelle de Sonatrach obscurcit toute lucidité. Sonatrach a refusé l’arrêt du gisement El Merk pour ne pas impacter la production nationale qui est d’ores et déjà ridicule, moins de 850 mille barils de pétrole par jour, et l’une des plus faibles des pays de l’OPEP. Pour masquer les résultats chaotiques de son bilan 2020, le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar refuse d’immobiliser El Merk afin de ne pas provoquer une nouvelle chute de la production pétrolière qui priverait l’Algérie de profiter de la remontée des prix du baril du pétrole.

Cette posture irrite les partenaires américains qui ont lancé un avertissement sans précédent à Sonatrach qui devra ainsi assurer sa responsable en cas d’un nouveau incident majeur à El Merk.

Notons enfin que la compagnie Anadarko est associée à SONATRACH, en consortium avec Total (12,25%) et Eni (12,25%), à hauteur de 24,5%, dans le contrat de Recherche et d’Exploitation des hydrocarbures sur le périmètre Berkine au sud du pays. Il s’agit d’un contrat qui avait été conclu le 23 octobre 1989 entre Anadarko et Sonatrach. Ce contrat porte sur l’exploitation d’un périmètre comportant pas moins de dix-sept (17) gisements en exploitation. Le groupement Berkine avait auparavant une production journalière moyenne de 265 000 barils. La part exacte de production d’Anadarko est de 25.000 barils/jour.

Situé dans le bassin de Berkine, ancien Ghadames dans la wilaya d’Illizi, El Merk, est devenu le pivot de la stratégie de développement engagée par Sonatrach pour augmenter, en partenariat, ses capacités de production de brut, de condensat et de GPL. En 2013, Sonatrach et son partenaire Anadarko, la compagnie pétrolière américaine, ont investi plus de 3,5 milliards de dollars en espérer obtenir une production globale de ce gisement à plus de 300.000 barils par jour, soit la deuxième plus importante production après celle de Hassi Messaoud, plus grand champ pétrolier du pays.

Au total, le gisement d’exploitation d’El Merk comprend 80 puits, dont 30 pour la production du pétrole et 8 pour l’extraction du gaz. Le coût du développement de ce gisement a coûté environ 4 milliards de dollars. Il regroupe le développement en synergie de quatre champs du gisement El Merk, El Khit Timissa, El Merk Nord et El Merk Est. Malheureusement, le grave incident du 21 octobre 2020 a compromis dangereusement les horizons naguère prometteurs de cet important projet pétrolier en Algérie.

2 COMMENTS

  1. Il faut arreter de dire que Petrofac est une entreprise britannique. C’est une entreprise emiratie. Le probleme n’est pas avec la maintenance mais plutot avec la conception et l’installation de la chaine de production. La Sonatrach subit du sabotage technique et commercial depuis longtemps. Les emirates, par exemple, ont besoin d’augmenter leur exportation d’hydrocarbures pour alimenter leur economie gourmande. Ils cherchent a augmenter leur quota au sein de l’opep et ils songent meme a quitter cette organisation. C’est pour cela qu’ils essaye de detruire l’algerie a travers la sonatrach, l’iraq, l’iran et la libye. Une fois la sonatrach detruite, l’algerie devient une proie facile.

    La seule solution a tous ces problemes est de mettre la sonatrach sous la tutelle du ministere de la defense.