Exclusif. Emmanuel Macron a sauvé la tête de Rebrab et permet sa réhabilitation par le régime algérien

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Le milliardaire et homme d’affaires Issad Rebrab revient de loin, de très loin. Après avoir été au cœur de la tourmente pendant de longs mois en raison d’une vaste enquête qui a été déclenchée à son encontre par plusieurs services de sécurité au sujet des conditions de son enrichissement et la gestion opaque de son empire industriel, Issad Rebrab vient d’être réhabilité officiellement par le régime algérien. Une réhabilitation qui a été négociée, préparée et orchestrée dans les coulisses de la visite d’Emmanuel Macron en Algérie du 25 au 27 août dernier, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. 

La réhabilitation d’Issad Rebrab a été actée lors d’une annonce faite officiellement par Abdelmadjid Tebboune. Lors de la rencontre Gouvernement-walis qu’il a présidée dimanche, Abdelmadjid Tebboune a annoncé le déblocage d’un projet d’une usine de production d’huile de table qui permettra à l’Algérie de produire ses huiles localement dans 6 à 7 mois.

Sans donner de détails sur le projet ou l’investisseur, le président Tebboune a indiqué que c’est un projet qui couvre toutes les étapes, allant de l’agriculteur producteur de colza en passant par la trituration puis le conditionnement. En réalité, il s’agit du projet du groupe Cevital d’Issad Rebrab qui cherche depuis 2017/2018 à mettre en production une usine de trituration des graines oléagineuses qui va permettre au groupe Cevital d’importer directement des graines pour alimenter son huilerie de Béjaïa. Il s’agit d’un investissement de plus de 150 millions d’euros qui vise le traitement de 11 000 tonnes de graines par jour pour la production d’huile brute, ainsi que la production de farine animale pour satisfaire le marché local et dégager des parts pour l’exportation.

Déjà propriétaire d’un grand complexe de production d’huile et de sucre à Béjaïa, le groupe Cevital espère pouvoir renforcer ses activités dans ce secteur qui lui procure des revenus considérables. Si le groupe d’Issad Rebrab est présent dans l’électroménager, la logistique, l’industrie ou la grande distribution, c’est de ses activités agroalimentaires qu’il tire l’essentiel de son chiffre d’affaires (environ 1,2 milliard d’euros en 2020) grâce à son unité de production de corps gras, la plus importante du continent, et à sa raffinerie de sucre toutes deux situées dans le port de Béjaïa. Avec ce nouveau projet industriel, Cevital espère dépasser les 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans la filière agroalimentaire.

Ce projet ambitieux de Cevital a été empêché par les autorités algériennes depuis 2018 à l’époque du régime Bouteflika. En 2021, Issad Rebrab a voulu le relancer profitant de l’avènement de la « Nouvelle Algérie ». Mais Abdelmadjid Tebboune, le Président algérien, était en colère contre le magnat des affaires âgé de plus de 77 ans et il avait instruit les services de sécurité de lui communiquer les résultats de plusieurs enquêtes sur ses affaires florissantes. Une colère qui s’explique par certains propos jugés déplacés par l’entourage de Tebboune et qui auraient été tenus par Issad Rebrab au début de cette année 2022 lors d’une soirée privée comme il a été révélé avec des informations très précises par notre Rédacteur en Chef sur sa chaîne Youtube. 

Exaspéré par cette liberté de ton excessive et craignant des complots futurs contre ses ambitions de briguer un second mandat présidentiel, le locataire du Palais Présidentiel d’El-Mouradia ordonne la « neutralisation » d’Issad Rebrab et le démantèlement de son empire.  Le premier coup de grâce fut la fermeture du quotidien francophone Liberté début avril 2022, l’un des fleurons de la presse algérienne et principale arme de lobbying de Rebrab en Algérie.

Les enquêtes de divers services de sécurité se poursuivent jusqu’à ce que le Palais Présidentiel d’El-Mouradia ordonne leur gel brusque suscitant l’étonnement général. Issad Rebrab ne sera finalement ni convoqué, ni jugé ni malmené. Pourquoi ? Parce que son son nom est évoqué avec insistance dés mai 2022 dans les coulisses des négociations franco-algériennes lancées pour aboutir à une réconciliation entre l’Elysée et El-Mouradia après un froid diplomatique qui aura duré presque 2 ans.

Côté français, Issad Rebrab est très apprécié et il compte de nombreux soutiens dans l’entourage du président français Emmanuel Macron. Les autorités françaises sont très sensibles au sort de cet homme d’affaires qui investit depuis plusieurs années en France.  En 2013 et 2014, Issad Rebrab avait racheté les entreprises Oxxo (fabricant de fenêtres de Saône-et-Loire) et Brandt, spécialisée dans l’électroménager.

Dans le cas d’Oxxo, le groupe Cevital avait repris 288 des 406 salariés de l’époque. Outre le nombre de salariés, le contrat avait valu les bons augures d’Arnaud Montebourg, député du département où est implanté l’entreprise et ministre du Redressement productif de l’époque, qui a précédé Emmanuel Macron à Bercy. Le rachat d’Oxxo permet alors une entrée en matière pour Rebrab, puisqu’un an plus tard, Arnaud Montebourg met l’homme d’affaire algérien sur la reprise de Fagor Brandt. L’Algérien ne rachète finalement que la filiale Brandt et deux ans plus tard, l’entreprise d’électroménager affiche de bons résultats. En 2016, Les Echos publie « Plus petit, Brandt réussit le pari de la relance. » En tout, l’homme d’affaire algérien promet de reprendre 1 225 employés sur les 1 760 qui y travaillaient avant le rachat. Promesse quasi tenue puisque 1 200 d’entre eux officiaient dans l’entreprise en 2016.

Rebrab représente ainsi un enjeu important pour la France officielle. Les émissaires de Macron insistent beaucoup auprès de Tebboune pour épargner le milliardaire algérien et lui permettre de poursuivre ses affaires dans des conditions sereines. En contrepartie, Issad Rebrab s’engage à ne jamais formuler la moindre critique à l’encontre du régime Tebboune et se retirer définitivement de l’arène politique en promettant de ne jamais apporter le moindre financement à un éventuel candidat aux élections présidentielles algériennes de 2024 que le président Abdelmadjhid Tebboune veut transformer en un simple processus de confirmation de son futur deuxième mandat présidentiel.

Les émissaires d’Emmanuel Macron ont assuré à Tebboune que l’Elysée garantira la neutralité politique de Rebrab et de son empire afin que nul ne puisse troubler les calculs politiques de Tebboune en prévision de sa fin de mandat présidentiel. Ces négociations aboutissent rapidement à un accord tacite entre El-Mouradia et l’Elysée. Issad Rebrab aura « la vie sauve » et les enquêtes dirigées à son encontre ont été stoppées. Tebboune enterre la hache de guerre et oublie sa colère. Et pour démontrer sa bonne foi et rassurer son ami Emmanuel Macron, le président algérien ordonne officiellement le déblocage du projet de l’usine de trituration des graines oléagineuses du groupe Cevital.