Exclusif. Comment les partenaires turcs ont fait du chantage à Sonatrach pour étouffer un méga-scandale de corruption de 300 millions de dollars USD

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Ce scandale est certainement pire que les scandales Sonatrach 1 et 2 qui ont émaillé le long règne de l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, de 1999 à 2010. Depuis 2019, Sonatrach est associé à un important projet pétrochimique en Turquie. Or, en 2020, les partenaires turcs de la compagnie nationale des hydrocarbures ont découvert des manoeuvres de corruption impliquant directement les hauts responsables algériens avec la complicité d’un important groupe sud-coréen. Et pour ne pas ébruiter le scandale, les dirigeants de Sonatrach ont été contraints par leurs partenaires turcs d’accepter un deal qui porte un énorme préjudice à l’économie nationale : des livraisons de quantités très considérables du gaz naturel au profit de la Turquie pendant une période de 20 ans à des prix cassés nettement inférieurs aux cours mondiaux de cette énergie très précieuse. Révélations. 

Le 9 août 2017, les groupes turcs Rönesans Endüstri Tesisleri lnşaat Sanayi ve Ticaret A.Ş. et BAYEGAN avaient conclu, en présence d’Abdelmoumen OULD KADDOUR, Président Directeur Général de SONATRACH, et Erman ILICAK, Président Directeur Général de Rönesans Endüstri, un Mémorandum d’entente (MoU) pour la réalisation d’une étude de faisabilité pour la conception, l’ingénierie, l’approvisionnement, la construction et l’exploitation d’une installation de déshydrogénation du propane et la production entre cinq cent (500) mille tonnes et sept cent cinquante (750) mille tonnes/an de polypropylène en Turquie . Les Parties avaient indiqué souhaiter mener conjointement l’étude de faisabilité détaillée relative au projet et évaluer ensemble la possibilité de créer une société conjointe aux fins de son développement.

Le développement en partenariat de ce projet en Turquie peut assurer un débouché à long terme au propane algérien, qui sera utilisé comme matière première pour ce projet de taille mondiale. Ce projet peut assurer également à SONATRACH des dividendes à hauteur de son taux de participation. Le projet devait bénéficier également de la proximité par rapport au marché turc qui se caractérise par une forte demande en produits pétrochimiques.

Plus tard, le 28 novembre 2018, la compagnie pétrolière publique SONATRACH et le groupe turc RONESANS HOLDING avaient officiellement un pacte d’actionnaire afin de créer une coentreprise qui devra produire du polypropylène dans la région de CAYHAN en Turquie. Cette nouvelle usine devrait coûter 1,2 Md USD avec une capacité de production annuelle de 450 000 tonnes de polypropylène. SONATRACH fournira, à partir de ses installations en Algérie, 550 000 tonnes/an de propane qui serviront de matière première.

Le 9 octobre 2021, le Groupe Sonatrach et la société turque « Renaissance » ont signé officiellement trois contrats pour le développement du projet pétrochimique de production de polypropylène dans la ville de Ceyhan (Turquie), en présence du Président turc, Recep Tayyip Erdogan. Le PDG du groupe Sonatrach, Toufik Hekkar a participé à la cérémonie de signature de trois (03) contrats pour le développement du projet pétrochimique de production de polypropylène dans la ville de Ceyhan, avait précisé un communiqué émanant de la direction générale de Sonatrach.

Le premier contrat concerne la réalisation du projet EPCC (ingénierie, équipement, construction, mise en service) dans toutes ses étapes. Le second contrat concerne les travaux de maintenance périodiques des matériels et équipements, alors que le troisième est dédié aux services de vente et commercialisation. « La cérémonie de signature s’est déroulée en présence du président turc, Recep Tayyip Erdogan, des ministres turcs de l’industrie et des transports, des Directeur exécutifs de la société turque Renaissance, partenaire de Sonatrach ainsi que des représentants des parties signataires et de l’ambassade d’Algérie en Turquie », avait fait savoir à l’époque Sonatrach d’après laquelle la signature de ces contrats est le « fruit de deux années de travail et de négociations continues » et constitue « une importante étape dans le processus de recherche de financement international de ce projet stratégique ».

En vérité, dans ce méga-projet où Sonatrach détient 34% en assurant la fourniture de la matière première, à savoir le propane, en vertu d’un contrat à long terme, la direction de la compagnie nationale des hydrocarbures a tout fait pour cacher la vérité aux Algériennes et Algériens.

D’abord, il faut savoir que le projet est effectivement stratégique. Et pour cause, le polypropylène (PP) est un composé chimique classé comme plastique . Il appartient au groupe des polyoléfines et est obtenu dans le processus de polymérisation du propène. En raison de leur durabilité et de leur dureté extraordinaires, les produits en polypropylène sont utilisés dans de nombreux secteurs et industries. Le polypropylène est apprécié dans de nombreux secteurs de l’économie en raison de ses paramètres physiques et chimiques.

De l’industrie agro-alimentaire en passant par le textile jusqu’à l’industrie automobile, nous retrouvons le polypropylène dans tous les domaines clés de l’industrie. Mais ce méga-projet a été, malheureusement, caractérisé par une énorme supercherie provoquée par la cupidité cruelle des dirigeants de l’actuelle administration de Sonatrach.

Il faut savoir que le chef de projet de ce complexe pétrochimique pour la production de propylène et de polypropylène (PDH-PP) à Ceyhan en Turquie est depuis 2016/2017, Toufik Hakkar, l’actuel PDG de Sonatrach. A l’époque, il était l’un des collaborateurs les plus proches et fidèles d’Abdelmoumen Ould Kaddour, l’ex-PDG de Sonatrach extradé depuis les Emirats et emprisonné à Alger le 4 août 2021.

Début 2019, bien avant le limogeage d’Ould Kaddour de la direction générale de Sonatrach le 24 avril 2019, la Sonatrach et ses partenaires turcs ont établi un accord commun leur permettant de lancer les procédures nécessaires pour le lancement d’un appel d’offres international afin de sélectionner le groupe international qui devait réaliser le futur complexe pétrochimique de Ceyhan. Dés 2018, la Sonatrach avait persuadé ses partenaires turcs de lui céder l’exclusivité de la préparation et du lancement de cet appel d’offres international pour se conformer à ses exigences de performance, mais aussi de transparence dans la gestion de ces projets stratégiques en raison de l’utilisation de fonds publics provenant de ses caisses étant donné que Sonatrach est une entité publique.

A la surprise générale, cet appel d’offres n’a jamais été lancé dans les délais impartis. Et en 2019, la Sonatrach décide de privilégier la procédure du gré à gré pour accélérer le lancement du projet et la mise en oeuvre de la production du précieux polypropylène.

Lors du premier trimestre 2019, la direction générale de Sonatrach sous l’impulsion du chef de projet Toufik Hakkar, qui occupait à l’époque les fonctions de Vice – Président Business Développent & Marketing de SONATRAC et membre du Comité Exécutif et du Conseil
d’Administration de la Société, s’était contenté de travailler seulement sur le mémoire technique qui, dans un appel d’offres de marché public, est un document personnalisé au marché qui permet à l’acheteur public (ou privé) de juger de la valeur technique d’une offre. La valeur technique est un des critères cruciaux d’attribution d’un marché important lié à des entités étatiques ou publiques.

A la suite de cette procédure, trois groupes étrangers ont été sélectionnés par la direction générale de Sonatrach : l’espagnol Técnicas Reunidas, GS, un conglomérat sud-coréen, et le japonais  Mitsubishi Heavy Industries. Dans des circonstances totalement opaques et sans aucune justification très convaincante, la direction générale juge que le sud-coréen GS était le mieux outillé et préparé pour construire le futur complexe pétrochimique de Ceyhan (Turquie).

Avec la bénédiction de ses partenaires turcs, la Sonatrach lance le négociations commerciales avec GS pour conclure avec ce conglomérat sud-coréen présent dans l’Énergie comme le Commerce de détail, Construction et Sports, un accord financier lui permettant de rafler le marché de la réalisation et conception du futur complexe pétrochimique de Ceyhan. Malgré les bouleversements politiques majeurs ayant ébranlé l’Algérie en 2019 à la suite du Hirak et le départ de pas moins de 4 PDG entre avril 2019 et février 2020, la Sonatrach et GS concluent un accord à hauteur de 1,3 milliard de dollars UDS pour lancer les travaux de construction du complexe pétrochimique de Ceyhan.

Cet accord n’a jamais pu entrer en vigueur. Pourquoi ? Parce que tout au long de l’année 2020, la pandémie de la COVID-19 et ses conséquences sur l’économie mondiale vont tout ralentir et paralyser. Ensuite, à partir du premier trimestre de 2021, les partenaires trucs de Sonatrach,  à savoir la société turque « Renaissance » et l’opérateur turc de commerce de matières premières pétrolières et gazières et de produits chimiques BAYEGAN, se réveillent de leur torpeur et crient au scandale.

1,3 milliard de dollars pour réaliser un complexe qui nécessite un investissement de 1 milliard de dollars, est une dépense jugée trop élevée, douteuse et suspecte par les partenaires trucs. Ces derniers saisissent la direction générale de Sonatrach et demandent l’annulation de ce marché qui soulève de nombreux soupçons de corruption. Les partenaires trucs ont même menacé les hauts responsables de Sonatrach d’alerter le président turc Erdogan pour lui demander d’intervenir auprès du président algérien Abdelmadjid Tebboune afin de dénoncer cette passation douteuse de marchés.

Terrifiés par ces menaces, les dirigeants de Sonatrach calment le jeu et font marche arrière. Toufik Hakkar, PDG de Sonatrach depuis février 2020, annule le protocole d’accord le sud-coréen GS et s’enferme dans son bureau pendant de nombreuses semaines en compagnie de Fatiha Neffah, vice-présidente activité commercialisation au sein de Sonatrach, et Rachid Si Mohamed, le Secrétaire Général de Sonatrach, pour retravailler entièrement le cahier des charges de la réalisation et conception du méga-projet de Ceyhan.

Un nouvel appel d’offres international a été ainsi lancé en juin 2021 et les trois précédentes multinationales ayant concouru en 2019 pour la réalisation de ce complexe pétrochimique en Turquie ont été une nouvelle fois retenues. Mais, cette fois-ci, la Sonatrach va octroyer ce marché stratégique à partir d’août 2021 au groupe espagnol Técnicas Reunidas. Les trucs applaudissent et valident la procédure puisque le marché a été évalué à près de 1 milliard de dollars USD  comme il était prévu initialement en 2017/2018 lors des premières évaluations accomplies par des expertises fiables. Cette fois-ci, aucun soupçon de corruption n’a été exprimé par les partenaires turcs et le lancement du méga-projet pétrochimique est devenu imminent. Octobre 2021, la Sonatrach et ses partenaires turcs apportent les derniers réglages à ce méga-projet.

Mais le secret autour des livraisons du gaz propane, un gaz obtenu à partir de la purification du gaz naturel ou alors grâce à la séparation des gaz qui proviennent de la distillation du pétrole brut, de la Sonatrach au profit de ses partenaires turcs pour les besoins de ce méga-projet n’a jamais été levé. La Sonatrach a prétendu qu’elle vendra ce gaz selon les prix en vigueur sur les marchés mondiaux. Ce qui est totalement faux car les trucs ont maintenu leur « chantage » jusqu’à la dernière minute pour arracher à l’actuelle direction générale de Sonatrach des rabais importants sur une période de 20 ans en contrepartie de leur silence sur les manoeuvres indélicates autour  de l’accord conclu en 2019 avec le conglomérat sud-coréen GS pour obtenir potentiellement des rétro-commissions de…. 300 millions de dollars USD. Jusqu’à aujourd’hui encore, la direction générale de Sonatrach garde jalousement dans son « coffre-fort » le contenu de l’accord confidentiel ayant été conclu pour assurer la livraison du gaz propane au profit du complexe pétrochimique de Ceyhan.

Algérie Part publiera dans la deuxième partie de son enquête des détails troublants sur cet accord. Des informations qui révèlent clairement l’existence d’un méga-scandale de dilapidation des richesses nationales. Un scandale pire que celui de SAIPEM-SONATRACH entre 2007-2009.