Erdogan absent de la cérémonie d’accueil réservée à Tebboune à Ankara : un couac diplomatique ?

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, est arrivé ce dimanche 15 mai à Ankara, pour une visite d’Etat de trois jours en Turquie à l’invitation du président de la République de Turquie Recep Tayyip Erdogan. Cependant, dés les premières minutes de cette visite d’Etat, un couac diplomatique s’est produit gâchant malheureusement le caractère solennel de cette visite vantée pour ses enjeux stratégiques par les autorités algériennes et turques. 

En effet, le Président Erdogan a brillé par son absence lors de l’arrivée d’Abdelmajdid Tebboune à Ankara. Le Président algérien  a été accueilli, à l’aéroport international d’Ankara, par le vice-président de la Turquie, Fuat Oktay, à savoir un représentant de l’Etat turc de rang inférieur ce qui est contraire aux usages diplomatiques qui régissent les protocoles stricts et sensibles des visites d’Etat. L’absence remarquée d’Erdogan a même suscité de nombreuses spéculations et soulevé des interrogations car le programme de cette visite d’Etat de Tebboune en Turquie est censé avoir été confectionné et approuvé plusieurs semaines avant la date officielle de cette visite d’Etat.

« Monsieur le Président aura avec son frère le président de la République de Turquie, des entretiens sur les relations algéro-turques et les moyens de les renforcer au mieux des intérêts des deux peuples frères, ainsi que sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun », a indiqué samedi un communiqué de la présidence de la République. Il s’avère que l’accueil réservé à Tebboune à Ankara ne traduit pas la profondeur de cette « fraternité » décrite par la présidence algérienne puisque le président turc Erdogan n’était même pas présent à l’aéroport d’Ankara pour accueillir son invité et l’accompagner tout au long du cérémonial qui est prévu traditionnellement à l’occasion de l’arrivée d’un Chef d’Etat étranger.

Il faut savoir que dans le Protocole diplomatique international, on peut distinguer quatre types de visites: les visites d’État, les visites officielles, les visites de travail et les visites privées. De cette classification découleront l’organisation de la visite et le type d’honneurs qui seront rendus au visiteur étranger d’un pays déterminé. Traditionnellement,  la visite d’État est considérée comme la plus importante dans la hiérarchie protocolaire car elle se veut le symbole de l’amitié entre les deux chefs d’État et leurs pays respectifs.

Une visite d’Etat ne s’effectue qu’entre chefs d’Etat, à la différence des visites officielles qui peuvent impliquer des chefs de gouvernement, ministres ou encore des diplomates. Le chef d’État reçu en visite d’État a, au préalable, été invité par son homologue. La visite est ensuite organisée d’un commun accord. Des visites de repérage ont lieu avant la visite afin de fixer précisément son déroulé. Chaque visite d’État débute, après l’arrivée dans le pays visité du chef d’État invité, par une cérémonie d’accueil marquée par son caractère militaire. À ce moment-là, l’invité passe en revue les troupes militaires du pays hôte et reçoit les honneurs militaires. Dans le cas d’une visite d’État, cette cérémonie se tient obligatoirement en présence du président de la République du pays accueillant un hôte étranger.

Ce qui n’était pas le cas lors de l’arrivée ce dimanche 15 mai de Tebboune à Ankara. Cette absence du Chef d’Etat truc constitue donc un manquement au protocole diplomatique pouvant être traduit par une attitude irrespectueuse à l’égard du président invité, en l’occurence le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Pour l’heure, aucune source officielle algérienne ou turque n’a commenté l’absence d’Erdogan ni fourni la moindre information pour l’expliquer. Le département des communications de la présidence turque a déclaré, dans un communiqué, que la visite de Tebboune durera 3 jours, du 15 au 17 mai. La même source a noté que la première réunion du Conseil de coopération de haut niveau entre les deux pays se tiendra à Ankara, demain lundi, sous la présidence d’Erdogan et de Tebboune. Elle a indiqué aussi qu’au cours de la réunion à laquelle participeront les ministres concernés, un examen des relations turco-algériennes basées sur des liens historiques profondément enracinés dans tous ses aspects aura lieu.

Cette visite intervient après une série de visites et de rencontres menées par de hauts responsables des deux pays, notamment depuis la visite de travail et d’amitié effectuée par le président turc en Algérie les 26 et 27 janvier 2020, immédiatement après l’élection de Tebboune comme Président de la République. Or, lors de la visite d’Erdogan à Alger, Abdelmadjid Tebboune était bel et bien présent à l’aéroport international d’Alger pour lui réserver tous les honneurs dignes de son rang. A Ankara, force est de constater que le président algérien n’a pas reçu le même traitement honorifique.