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jeudi, février 2, 2023

Enquête. Pourquoi les Algériens sont si fragiles face à l’augmentation des prix des produits alimentaires

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La cherté de la vie et l’augmentation des prix des produits alimentaires de large consommation représentent depuis des années un danger majeur pour stabilité économique et financière de l’Algérie. Pourquoi ? Parce que le pouvoir d’achat algérien est si faible et la production industrielle algérienne est si dérisoire qu’à la moindre tension, le pays sombre dans une inquiétante instabilité. 

Il faut savoir qu’en Algérie,  45% des dépenses des ménages sont consacrées à l’alimentation : Les produits céréaliers constituent la première dépense chez les ménages avec 17.5% de la dépense alimentaire globale. Les légumes frais (13,4%), la viande rouge (13,3%), les produits laitiers (8,4%), la viande blanche (8,3%), les huiles et graisses
(7,1%) et les fruits frais (5,1%) complètent la grille. Quant aux autres dépenses alimentaires (restaurants, sandwichs, cantines scolaires, gâteaux de cérémonie…), elles représentent 7,6% des dépenses globales alimentaires. Les produits alimentaires constituent ainsi la première dépense pour les foyers algériens. C’est la première des préoccupations de la population algérienne. Et c’est pour cette raison qu’à la moindre augmentation des prix, c’est toute la société algérienne qui est fortement ébranlée.

Il y a aussi des spécificités propres au marché algérien qui rendent le pays très fragile face aux poussés inflationnistes. En effet, en Algérie, les achats alimentaires sont souvent réalisés auprès des petites épiceries et superettes pour ce qui est des produits de longue vie (Farine,pâtes,huile etc….), des bouchers et poissonniers pour la viande et le poisson, et des marchés pour les fruits et légumes. La consommation en Algérie se distingue également par l’absence de légumes épluchés ou coupés et conditionnés , pas de salades préparées sur le marché Algérien et le consommateur algérien tend à privilégier les
légumes frais et saisonniers.   Il en va de même pour ce qui est de la viande, la volaille et le poisson, avec une consommation de produits transformés très faible, le consommateur
affiche sa préférence pour un produit frais découpé mais autrement dans son état naturel.

En termes de tendances de consommation de viande en Algérie, la viande blanche est la plus consommée (40%) dans le pays car elle est la moins chère. Viennent ensuite la viande ovine consommée partout sur le territoire, la viande bovine surtout en Kabylie pour sa disponibilité, la viande caprine dans les hauts plateaux et la viande cameline notamment dans le Sud. Les œufs et la charcuterie sont des substituts fortement demandés par les familles modestes.

Il est à noter également que les Algériens sont largement dépendants du commerce de proximité pour acheter les produits de première nécessité. La Grande Distribution est faiblement implantée en Algérie ce qui augmente les risques de pénurie faute d’un circuit de distribution commerciale digne de ce nom. En effet, l’Algérie un pays de presque 45 millions d’habitants, ne compte que 3000 surfaces commerciales dont 52 hypermarchés, 347 supermarchés et 2600 supérettes.

Pour s’approvisionner en  produits alimentaires, les Algériens recourent ainsi aux  825 116 détaillants. Et ces derniers s’approvisionnent auprès des 89 375 grossistes qui fournissent la filière en se ravitaillent eux-mêmes chez 47 230 importateurs ou chez des entreprises industrielles ou agricoles locales. Les Algériens font aussi leurs courses auprès de 150 000 épiceries, dont 99 % appartenant à des personnes physiques

Ce circuit commercial est ainsi un peu archaïque et demeure fragile face aux risques de perturbation de la distribution des produits alimentaires faute de Grande Distribution capable de couvrir les besoins du vaste territoire national.

A ces dysfonctionnements commerciaux, il faut rajouter une autre faiblesse criante en Algérie : la capacité de production nationale encore insuffisante dans l’agroalimentaire. Ce secteur est, pourtant, la 2ème industrie du pays : 40% du total du chiffre d’affaires des industries nationales hors hydrocarbures. Il représente jusqu’à 13% du PIB du pays et représente jusqu’à 23% des emplois. Officiellement,  47 200 entreprises forment le tissu agroalimentaire en Algérie, 95% sont gérées par le secteur privé et le pays compte encore 300 entreprises publiques dans ce secteur.

L’Agroalimentaire algérien a enregistré un taux de croissance de 6.8% en 2019. Ceci dit, ces performances demeurent trompeuses car l’Algérie est totalement dépendante de l’étranger pour ses besoins en matières premières. Preuve en est, l’Algérie est le premier pays importateur de denrées alimentaires du continent Africain : La production locale en Algérie subvient à peine à 55% de ses besoins en lait, entre 25 et 30 % de ses besoins en céréales et 45% de sa consommation de viande bovine.

L’Algérie est le 1er importateur mondial de blé tendre et 7 ème importateur mondial de tous types de blé. Notre pays est aussi le 1er consommateur de produits laitiers en Afrique du nord et 3 ème importateur mondial de lait et produits laitiers. Cette forte dépendance des importations en devises expose l’Algérie à un grand danger. Et pour cause, à chaque fois que les recettes des exportations des hydrocarbures sont en chute et à chaque fois que le dinar algérien perd de la valeur face à l’euro et au dollar, la facture des importations en devises explose et les prix des matières premières deviennent si élevés que les coûts de la production locale des produits alimentaires deviennent excessivement chers provoquant ainsi inévitablement des augmentations vertigineuses des prix sur le marché national et semant un vent de panique au sein de la population algérienne.

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3 COMMENTS

  1. Le couple production vivrières et petite distribution limite toute productivité. Le régime mortifère devrait imposer à sa clientèle dans les industries de produire aussi dans l’agroculture intensive pour baisser les coûts moyens de production. La distribution peut être organisée par les mêmes gros producteurs ou bien rentrer dans l’actionnariat.

  2. Le drame économique de l’Algérie c’est le marché noir. Ceci dure depuis… la gestion socialiste des entreprises. Derrière ce marché noir, il y a des barons bien protégés, par ceux qui sont en haut, qui font tout pour que rien ne changent. Et que les crises durent. Ils sont dans leur rôle. Et nos augustes dirigeants nous la joue « compliquée ». L’huile, le poulet, etc. des problèmes pour occuper le ghachi que nous sommes afin qu’ils continuent leur pillage, à l’échelle nationale, sans être inquiété.