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dimanche, janvier 29, 2023

Enquête. Plus de la moitié des chômeurs algériens sont persuadés de l’inexistence d’opportunités d’emploi dans leur pays

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Les jeunes algériens se plaignent de l’impossibilité de trouver un travail et déplorent un chômage permanent qui les empêche de s’épanouir dans leur propre pays. Mais pourquoi ils peinent réellement à trouver du travail ? Pour répondre à cette question, la Rédaction d’Algérie Part s’est appuyée sur les résultats d’une vaste enquête internationale qui nous dévoile de nombreuses données sur la problématique de l’emploi et du chômage en Algérie. 

Cette enquête a été réalisée entre novembre 2018 et mars 2019 le cadre général du projet « Building Algerian Youth’s Future – BAYF », proposé et mis en œuvre par Education For Employment en Europe (EFE-Europe) avec l’appui et le financement du gouvernement du Royaume Uni. L’ONG d’Education For Employment est une ONG internationale à but non lucratif motivée par la forte volonté d’améliorer les opportunités d’emploi offertes aux jeunes chercheurs d’emploi dans les pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord. Depuis plusieurs années, cette ONG s’est spécialisée dans le traitement de la problématique de l’employabilité des jeunes dans la région MENA avec une approche axée sur la demande du marché de l’emploi.

De novembre 2018 à mars 2019, 2 160 personnes ont ainsi participé à une étude du marché de l’emploi dans les villes cibles de Ain Salah, Béchar, Bordj Bou Arréridj, Ghardaïa, Illizi (In Amenas), Oran, Ouargla, et Tamanrasset. L’étude s’est développée autour d’un axe de recherche classique et un axe innovant qui a fait appel à un logiciel d’intelligence artificielle adapté spécifiquement pour le projet. La recherche classique a consisté en l’organisation de focus groups et d’entretiens individuels qualitatifs avec des parties prenantes représentatives du secteur privé, institutionnel et académique, et la distribution d’enquêtes quantitatives auprès de 1 475 demandeurs d’emploi. L’outil d’intelligence artificielle a permis de recueillir et d’analyser plus de 30 000 offres d’emploi actuelles en Algérie dont 4 824 dans les wilayas ciblées par l’étude, en termes de répartition géographique, métiers, pro- fessions, compétences demandées et niveaux d’éducation requis.

Que nous apprend précisément cette vaste étude sur le marché de l’emploi en Algérie ? 

Les chômeurs approchés déclarent suivre ou avoir suivi des études supérieures à hauteur de 55% pour les hommes et 64% pour les femmes. 2% des hommes déclarent avoir quitté le système éducatif au niveau du fondamental, contre 1% pour les femmes. La principale langue d’enseignement que les chômeurs ont connue est l’arabe à 88%, le français à 10% et l’anglais à 2%. Selon le rapport mensuel publié par l’Agence Nationale de l’Emploi (ANEM) en février 2019, sur un total de 1 444 328 demandeurs enregistrés dans leur base de données, seulement 30% sont des diplômés universitaires, contre 61% de diplômés du cycle secondaire et moyen de l’éducation nationale.

Ces chiffres sont en accord avec les résultats de l’étude BAYF, qui a de plus permis de faire la distinction entre les personnes ayant fait un parcours universitaire sans pour autant obtenir un diplôme. Cette différence18 de 29%+/-3% est induite selon les résultats de notre étude par la rigidité des procédures de l’ANEM lors de l’enregistrement des demandeurs d’emploi dans leur base de données (le diplôme est l’unique référence reconnue) ainsi que les limites du système d’information actuel. Cet écart est également un indicateur qui démontre que la majorité des universitaires ne se dirige pas vers l’ANEM durant leur période d’études.

Un premier constat évident est dans le fait que 88% des demandeurs utilisent et préfèrent l’arabe comme langue de communication / lecture / écriture, or, la grande majorité des offres d’emploi publiées sur inter- net le sont en français. Ceci indique que les entreprises ne sont pas tournées vers des logiques de marketing des ressources humaines, où les candidats sont des prospects-internes de l’entreprise qui deviendront dès leurs recrutements des clients-internes.

L’une des premières questions posées aux demandeurs d’emploi avait pour objectif d’analyser la cause de leur chômage : Pourquoi n’ont-ils pas trouvé d’emploi ?
Plusieurs causes étaient proposées aux demandeurs pour leur permettre de faire une distinction claire et nette entre les différentes situations qu’ils auraient connues. 51% d’entre eux ont clairement identifié comme première cause de leur chômage l’inexistence d’opportunités d’emploi dans leur région respective. Ceci est un fait étonnant sachant qu’au même moment l’intelligence artificielle nous a permis de faire ressortir sur toutes les villes du projet 4 829 opportunités d’emploi disponibles (au minimum 100 par ville).

Il était donc possible d’envisager que ces demandeurs, ayant déclaré qu’il n’existait pas d’offre d’emploi au moment de l’étude, n’ont pas eu connaissance de ces opportunités car ils n’avaient pas accès à internet ou ne connaissaient pas les sites web où furent publiées ces offres d’emploi. Cependant, 52% des répondants disent avoir un smartphone et 27% d’entre eux déclarent avoir accès à un ordinateur portable.

Les demandeurs ont démontré un pessimisme quant à leur chance de trouver un emploi ainsi qu’un manque de confiance-en-soi dû à la forte pression sociale qu’ils subissent en raison de leur chômage et de la nécessité de trouver un travail. Cette piste a été totalement confirmée par les dires des demandeurs, car 72% déclarent n’avoir eu qu’un seul entretien d’embauche depuis le début de leur recherche d’emploi, voire aucun. Les causes qui ne leur ont pas permis de décrocher un entretien d’embauche sont à 67% le fait de n’avoir postulé à aucune offre d’emploi.

Cet état d’esprit de manque de confiance en soi et de pessimisme n’est pas pour autant ancré dans l’esprit de tous les chômeurs car 57% des chômeurs ayant réussi à décrocher un entretien d’embauche ont vu leur niveau d’optimisme augmenter, se sentant portés par la chance d’avoir décroché un entretien au point de penser avoir de facto le poste.
Il est évident que l’euphorie de décrocher un entretien d’embauche est si grande qu’elle influence sur l’état d’esprit du candidat / de la candidate (chômeurs) et le (la) rend ainsi plus optimiste.

Les demandeurs sont ainsi une population très sensible aux quick win, des actions rapides et simples qui permettent de réali- ser des victoires rapides et ainsi encourager à avancer dans un processus à moyen ou long terme, ce qui les rend réceptifs aux actions qui peuvent être mises en place pour faciliter leur accès à un entretien d’embauche ou à une formation courte et certifiante, afin de garder espoir dans l’avenir sans pour autant être déconnecté(e) de la réalité du marché de l’emploi. D’un autre côté, cette sensibilité exacerbée lors des entretiens d’embauche et le manque de discernement dans l’interprétation des signaux des recruteurs dé- montrent le manque de préparation (en termes de formation) aux méthodes et déroulements des entretiens professionnels de recrutement.

Les résultats de cette vaste étude sur l’emploi et le chômage en Algérie dans le cadre du « Building Algerian Youth’s Future – BAYF » ont démontré enfin que les demandeurs d’emploi ne maitrisent pas les éléments du marché de l’emploi, n’ayant jamais fait le premier pas vers leur futur emploi et adoptant une attitude passive. Cette passivité peut trouver sa source dans un manque de confiance-en-soi qui rend les demandeurs d’emploi pessimistes envers leurs chances de trouver un emploi.

 

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